DISCOURS PHILOSOPHIQUE ENTRE DEUX LAMPIONS
Premier lampion. — Ah ! jeune homme, vous êtes ambitieux ! vous enviez peut-être le sort d’une de ces fusées volantes qui viennent de s’élever audessus de nos têtes et qui nous regardaient avec un air de pitié?
Deuxième lampion. — Oui, je l’avoue, j’aimerais assez cette position sociale, je la trouve élevée; un peuple idolâtre vous suit de l’œil dans l'espace , on va rejoindre les nuages... les étoiles!
Premier lampion. — Ta, ta, la .. Ah! mon bon ami, je parie que vous avez été lampion à la porte de M. de Lamartine... Laissez-moi donc tranquille, avec vos nuages et vos étoiles... Tenez, voilà tout justement une fusée qui part... elle brille... et puis la voilà qui retombe éteinte. Demain matin, quand on nous emportera chez M. Germain Delavigne, rue Poissonnière, nous foulerons aux pieds le cadavre de cette malheureuse fusée tout souillé de boue; tandis que pendant longues années nous continuerons à embellir Paris de notre personne, jusqu’à ce qu’un jour le vent de l’adversité nous pousse dans le néant, abîme où vont toutes choses : les empires les plus puissants et les vieux lampions !
Deuxieme lampion. — Adieu, mon ami, au plaisir de vous revoir; je sens que je m’évanouis !
Premier lampion. — C’est comme moi ; dans le fait, il y a trois quarts d’heure que nous sommes allumés... et on comptait sur la pluie. Encore une fête de passée; au revoir, ménagez -vous bien et tâchez de vous glisser à côté de moi à la prochaine réjouissance, nous causerons encore un petit brin... je vous ferai des révélations politiques très-import .
[Ici nous prêtâmes l'oreille encore plus attentivement pour ne pas perdre un mot de cette conversation palpitante d'intérêt ; mais le vieux lampion avait senti la parole expirer sur ses lèvres : — il n’y avait plus mèche J)