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L’OKGUEIL DE LA CHINE

roici ce qui enfonce complètement le chou colossal. — Vous vous rappelez ce fameux chou monstre qui, il y a trois ou quatre ans , poussa un beau matin comme un champignon dans la quatrième page de tous les journaux. Moyennant un franc, on avait trois graines de ce précieux végétal, qui atteignait la hauteur de dix-huit pieds, à ce que disait le prospectus, et qui suffisait pour nourrir pendant un mois toute une famille , y compris deux génisses et quinze lapins.,

Il se vendit énormément de cette fameuse graine, et il n’y avait rien d’étonnant à Cela, puisque c’était de la graine de niais, race excessivement nombreuse dans le pays le plus spirituel du monde. — Ainsi jugez des autres contrées d’après cet échantillon. C’est effrayant quand on y pense.

Après cela cet infortuné colossal vécut seulement ce que vivent les roses et les choux , parce que les Français commencèrent à s’apercevoir qu’ils étaient mystifiés quand, après avoir semé leur précieuse graine de chou vert , ils virent qu’ils ne faisaient pour toute récolte que chou blanc.

Mais cette année ils se sont bien consolés de cette petite mésaventure potagère en s’empressant d’acheter de la graine de l’arbor sancta, ou orgueil de la Chine.

Car ceci est bien différent. — - Il n’y a plus de mystification à redouter. — En effet , le chou colossal n’arrivait que de la Nouvelle-Zélande, tandis que l’ar&or sancta arrive de la Chine ; — le

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chou se semait au mois de mars , et l’ar&or sancta se sème en décembre ; — enfin la graine zélandaise ne se vendait qu’un franc la boîte , tandis que la semence chinoise coûte un franc vingtcinq centimes. — Vous voyez donc bien que c’est tout à fait différent.

Quant à l’origine chinoise de cet arbre, il n’y a pas à en douter du moment où il s’appelle arbor sancta , traduction dTi chinois en français : — orgueil de la Chine ; — il faudrait n’avoir pas suivi le cours de M. Rémusat au Collège de France pour ne pas recon- | naître immédiatement toute l’excellence de cette traduction.

Vous me direz peut-être que vous avez entendu parler vaguement de ces deux mots arbor sancta dans le temps où vous étudiiez la langue latine sur les bancs du collège. — Mais cela prouverait alors que les Chinois savent aussi le latin , et ça fait leur éloge.

Mais ce n’est pas là qu’est la question. — La Chine a en ce i moment beaucoup d’orgueil , voilà le fait, — et cet orgueil consiste , non pas à se laisser rosser par quatre mille Anglais , mais à cultiver un arbre qui fait l’admiration de tous ceux qui ont le bonheur de le contempler.

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Transporté de la Chine sur les bords du Mississipi , où il s’est j admirablement acclimaté , Yarbor sancta a été retransporté im- I médiatement des bords du Mississipi sur les bords de la Seine. (Voir le Constitutionnel et les journaux de toutes nuances.)

Son domicile actuel est rue Laffitte, 40.

Ahl quel arbre, monsieur, que Yarbor sancta t et surtout de quel excellent produit!

Il y a des arbres qui rapportent des poires, d’autres des pommes , ceux-ci des abricots , ceux-là des chenilles ; — mais Yarbor | sancta a déjà rapporté à son propriétaire cultivateur, rue Laffitte,

40 , plus de quinze mille petites boîtes en carton renfermant ! chacune sept ou huit graines et se vendant vingt-cinq sous.

En voilà un de rapport !

Ce fut au mois de septembre que Y orgueil de la Chine fit sa première apparition dans les journaux français, et les annonces engageaient vivement le public à acheter immédiatement cette précieuse graine , attendu qu’elle se semait précisément dans le présent mois de septembre.

En octobre mêmes réclames pyramidales, attendu que l’aréor sancta se semait décidément dans le courant du présent mois.

En novembre , même jeu.

En décembre, idem.

Décidément il est impossible d’être de meilleure composition ; que cet arbre , et il paraît qu’il se plaît encore bien plus sur les ! bords de la Seine que sur ceux du Mississipi ; car il y met une I bonne volonté extrême, pour se semer dans tous les temps.

Par exemple , l’annonce qui spécifie si attentivement l’époque à laquelle on doit semer l’ar&or sancta , — prononcez orgueil de la Chine , — se garde bien de spécifier avec le même soin l’époque à laquelle on verra sa tête aussi verte qu’altière s’élever au-dessus de tous les vulgaires arbrisseaux français.

Du reste , il pousse admirablement bien , gardez-vous d’en douter, — et dans tous les terrains encore. — À preuve le plan- I teur de la rue Laffitte , — le même qui a importé Yarbor sancta des bords du Mississipi sur les bords de la Seine , et même sur | les bords de la Garonne , vous montrera sur sa fenêtre un pot j

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