LE CARÊME ET M. AYMES
annonces gastronomiques et catholiques, qui enseignent aux Parisiens Part de jeûner et de bien vivre pendant le carême.
C’est ainsi que nous voyons revenir périodiquement le fameux pâté de thon à la chartreuse, plat maigre et délicieux, d’une ressource inouïe pour les familles chrétiennes, — dit le prospectus. — M. Aymès fait remarquer que ce plat joint la délicatesse à l’économie, et qu’on en mange peu parce qu’il rassasie très-vite. — Je le crois volontiers, et il est même possible qu’on n’achève pas le morceau qu’on tient au bout de sa fourchette.
Puis vient le miel aromatique de Provence, composé par des abeilles qui ont été le puiser exclusivement dans le calice de la royale fleur de lis, sur les coteaux delà Provence. — Voyez toujours ie prospectus.
Puis arrive le merveilleux vin de Noé , ici nous copions textuellement :
« Vin de Noé. — Ce vin, inconnu dans la capitale , cousin-germain ou plutôt frère de celui de Constance, se récolte dans un petit hameau habité par quelques familles patriarcales, qui cultivaient et buvaient ce vin sans jamais avoir su en apprécier tout le mérite, et sans autre ambition pour son débouché que celle de s’en faire mutuellement des cadeaux à certaines époques de l’année. Le cep qui le produit, d’après le rapport de ces bonnes gens, remonte, par le canal de la tradition, à celui que planta le bon père Noé sur le mont Ararat, en Arménie, lorsqu’il sortit de l’Arche.
>• La bouteille, 3 fr. »
Nous passons sous silence les haricots des princes, ainsi nommés parce qu’ils pourraient en manger, — mais ils n’en mangent pas; — et la merluche à la provençale.
Nous avons encore certaines andouillettes qui, lorsqu’on les fait griller, forcent les passants à s'arrêter sous les fenêtres de votre cuisine, tellement elles exhalent un arôme délicieux ( voyez toujours le prospectus, car vous pourriez croire que nous cherchons à inventer du comique, nous pillons tout bonnement M. Aymès). Par exemple, ces andouillettes nous semblent un mets peu catholique en carême, à moins toutefois que M. Aymès ne consente à en vendre que le jour de Pâques. — Mais quel blasphème avons-nous prononcé ! notre saint épicier se ferait lui-même hacher menu comme chair à andouillettes plutôt que de vendre une once de cassonade un dimanche ou un jour férié ! (Voyez plus que jamais le prospectus.)
Enfin le catalogue des objets merveilleux et des plats chrétiens que l’on ne trouve que dans le Bazar gascon, non, je veux dire provençal, deM. Aymès serait infiniment trop long; aussi nous contenterons-nous de vous citer encore les calissons d'Jix, le tauron de Marseille, et le supion de la Méditerranée, qui doivent être des mets fort agréables, pour peu qu’ils ne ressemblent pas à leurs noms !