‹ Le comic almanackChapitre 6 sur 76 · OHÉ! OHÉ · texte numérisé non relu

OHÉ! OHÉ

Figaro prétendait que le fond de la langue anglaise est Goddam! — Les Anglais qui voyagent en France, et surtout à Paris pendant le mois de février, doivent écrire sur leurs tablettes que toute la langue française se compose du mot Ohé ! Du moins dans tous les bals publics où règne la joie la plus vive et la plus expansive ; — du moins à ce que disent les réclames.

Cette expression excessivement spirituelle et horriblement divertissante forme le répertoire à peu près exclusif de tous les débardeurs, balochards ou chicards qui sont l’ornement obligé de tout bal masqué. — Avec ohé ! répété un nombre de fois illimité un jeune collégien fait une entrée non moins brillante que bruyante dans la meilleure société... du bal Musard.

Parcourez tous les lieux où l’on danse, depuis la Courtllle jusqu’à l’Opéra, et au milieu du bruit confus qui s’élève de toute cette foule bigarrée, flots qui mugissent comme ceux de l’Océan, — un seul mot viendra frapper distinctement votre oreille, et ce sera toujours l’inévitable ohé!

Il n’est même pas rare que des dialogues composés uniquement de ces fameux mots s’établissent d’un bout de la salle à l’autre, — car à peine un Français né malin (qu’d est changé depuis, bon Dieu !) a-t-il apostrophé un de ses amis par l’exclamation : Ohé! ohé ! que l’autre personnage, non moins Français et non moins malin, lui riposte immédiatement : Ohé! ohé! avec une présence d’esprit et une vivacité d’à-propos qui étonnent toujours tous les autres peuples de l’Europe.

Du reste il faut convenir que l’esprit de ce dialogue correspond merveilleusement bien avec l’esprit des tra\ estissements des héros du carnaval. — Des vêtements en lambeaux, de hideuses guenilles disputées au crochet du chiffonnier forment aujourd’hui des travestissements du meilleur goût. — Je ne prends pas ce mot dans l’acception d’odorat.

On se moque beaucoup du Turc et de l’ Espagnol qui, pendant vingt ans, firent invariablement les frais et l’ornement du carnaval parisien; mais quand, sur quatre cenls jeunes gens qui composent le public d’un bal travesti, trois cent quatre-vingt-sept portent le même costume de débardeur, je ne vois pas que l’aspect général gagne beaucoup en variété.

Ce qui fait que la plupart du temps un prétendu bal costumé est encore un peu plus monotone qu’un simple bal bourgeois, où du moins l’œil peut d’un habit noir passer sur un habit bleu, pour aller de là se reposer sur un habit marron.

Mais il est vrai que l’oreille n’est pas enivrée par trois .mille joyeux : Ohé! ohé !

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