CHAPITRE
Le Comité de Bienfaisance est la première institution consistoriale qui fut créée dans la Communauté israélite de Paris. Avant qu’il existât, c’était dans les Confréries religieuses seules que les indigents pouvaient trouver un adoucissement à leur misère ; mais cette assistance était extrêmement limitée, car bien que ces « Confrairies » ou Heljroili eussent pour objet de pratiquer « la charité et la bienfaisance envers les pauvres et de rendre les derniers devoirs aux morts », les adhérents de ces Sociétés avaient seuls droit aux avantages qu’elles offraient : les malheureux, les in-
firmes, qui ne pouvaient apporter leur denier et les étrangers, en étaient exclus.
Pour obvier aux inconvénients que cette organisation présentait, car ces coutumes restrictives favorisaient la mendicité, le Consistoire chercha à concentrer les forces éparses de ces Associations afin d’exercer sur elles un contrôle actif et d’étendre les bienfaits de la charité à ceux qui jusqu’alors en avaient été privés.
Le Règlement du 10 décembre 1806, portant organisation du Culte Israélite en France, devait faciliter sa tâche. 11 avait en effet investi les Consistoires d’une autorité très étendue et les avait astreints en même temps à de grands devoirs. Il leur imposait, entre autres obligations, celle de surveiller toutes les assemblées de prières, et il donnait, particulièrement au Consistoire de Paris, la mission « d’encourager par tous les moyens possibles » les Israélites de la circonscription « à l’exercice des professions utiles et de faire connaître à l’autorité ceux qui n’avaient pas de
moyens d’existence avoués ».
Or, pour encourager les enfants à l’exercice des professions utiles, ne fallait-il pas d’abord subvenir aux besoins des parents qui, en raison de l’hostilité dont ils avaient été l’objet pendant tant d’années, devaient préférer les gains immédiats d’un état facile aux bénéfices futurs que peut procurer un métier ?
En faisant connaître à l’autorité ceux qui n’avaient pas de moyens d’existence avoués ne convenait-il pas de distinguer, pour leur venir en aide, les infirmes, les malades, les vieillards qu’une infortune réelle oblige de recourir à la charité publique ?
Une Société de bienfaisance, légalement organisée, ^ pouvait seule permettre alors d’atteindre ce double but. Le Consistoire résolut de la constituer.
Il y avait, à l’époque où il fut installé (12 mai 1809), sept Hebrotn ou Sociétés de secours mutuels qui s’intitulaient Comités de Bienfaisayice de la ville de Paris, Le Consistoire décida de les fusionner et, le 28 août 1809, il leur annonça d’abord qu’il allait réduire leur nombre à deux ou trois.
Ce projet souleva de nombreuses protestations de la part des Confréries ; il en souleva également dans la Communauté ; le Grand Rabbin Sintzheim, lui-meme, n’y était pas favorable L Mais le Consistoire persista dans sa résolution et il invita la députation . choisie par les Sociétés à lui faire connaître la voie qu’elle croirait la plus convenable d’adopter pour réaliser ses vues.
Les Sociétés, se rendant enfin au vœu du Consistoire, procédèrent, le 30 août, par voie de tirage au sort, à l’élimination de quatre d’entre elles. Mais ces opérations revêtant une forme définitive tandis que le Consistoire n’avait demandé que des « vues » à lui soumettre, il les annula par arrêté en date du 4 septembre et il décida que « les trois Sociétés les plus » anciennes seraient seules conservées, leurs admi- » nistrateurs maintenus dans leurs fonctions et que » les quatre Sociétés supprimées se réuniraient aux » trois premières ».
Ce fut M. Seligman (Michel), Grand-Rabbin, Ancien
* M. Sintzheim « revint sur le but de cette institution », et il se joignit à ses collègues « pour y donner son assentiment particulier ». (Lettre du Consistoire Central au Consistoire de Paris, en date du 13 novembre 1809.)
du Consistoire de Paris, nommé Commissaire pour cet objet, qui procéda à cette opération le 13 septembre 1809. Les administrateurs des trois Comités subsistants ^ furent chargés de dresser un plan de réorganisation ; mais trop profondément imbus des principes qui régissaient leurs confréries, ils ne réussirent qu’à élaborer un règlement où reparaissait tout entier, le vice de constitution contre lequel l’administration consistoriale s'était énergiquement élevée. En effet, en vertu de ce règlement, les membres contribuants seuls étaient appelés à bénéficier des avantages moraux et matériels qu’accordait la Société : tout « étranger » en était exclu.
Se voyant mal compris, le Consistoire, qui voulait établir un Comité destiné à venir en aide à tous les pauvres indistinctement, revint sur son arrêté du 4 septembre, prononça la dissolution de toutes les Sociétés et élabora lui-même un règlement qu’il adopta dans sa séance du 24 novembre 1809 : c’est dans ce projet que, pour la première fois, on prononça le nom de Société d'encouragement et de secours. Cette dénomination était déjà tout un programme et résumait bien la mission charitable qui allait échoir au Comité.
Le règlement fut mis en harmonie avec le principe dont le Consistoire poursuivait si énergiquement l’exécution. Par les articles 1 et 2, il consacra la nouvelle forme de la Société qu’il voulait fonder, en rapportant les arrêtés antérieurs relatifs à cet objet, et en décidant qu’il ne serait fondé qu’une seule Société d’encouragements et de secours. Par les articles 20 et 21, le Consistoire qui, comme nous l’avons dit, avait la mission
‘ MM. Isaac Bertlie, Moïse Schoubacli et Michel Lévi.
de surveiller les assemblées de prières, confia au Comité le soin de déterminer — mais avec la plus grande réserve — le nombre, le lieu et les conditions de ces réunions, relativement nombreuses alors, puisqu’il n’y avait pas de synagogue consistoriale. Enfin, placé sous l’autorité immédiate du Consistoire, le Comité dut (en vertu de l’article 24) lui rendre « ses comptes tous les trois mois par un état de recettes et de dépenses ».
Sauf l’application du principe relatif à la généralisation des secours, la réglementation des assemblées de prières et le soin qu’avait eu le Consistoire de faire sentir à la Société la dépendance dans laquelle elle était tenue vis-à-vis de lui, les dispositions organiques du Comité différèrent peu de celles qui régissaient les IlebroiU. Deux sortes de membres furent instituées : D Les membres honoraires ; et 2» les membres proprement dits ou membres de la Société, qui, conformément aux fonctions des anciennes Confréries, furent tenus :
D de veiller les pauvres malades;
2° de suivre, en cas de décès, le convoi au nombre de dix ;
3° d’assister, en même nombre, aux prières du matin et du soir ;
et 4*^ de laver les corps, veiller et creuser les fosses.
Le Comité dut en outre — comme cela se pratiquait également dans les associations particulières — attacher à son administration deux « prédicateurs », un « Schamass » ou desservant, un médecin et un secrétaire L
‘ L’un des deux prédicateurs, Lazard Philippe, avait la mission a d’expliquer un livre moral pendant les sept jours d’Abel dans la maison du défunt », si c’était un indigent. Son salaire était de 50 livres
Quelque incomplète que fut cette organisation, elle constituait cependant un progrès considérable dans la Communauté qui, éparse jusque-là, allait devenir une, grâce à ce premier effort.
Le règlement de la nouvelle Société fut soumis au Préfet de la Seine. En plaçant cette institution sous ce haut patronage, le Consistoire la mettait à l’abri des accusations que pouvait faire naître alors une telle
par an. S’il avait affaire à des personnes aisées, il pouvait « traiter de gré à gré ».
L’autre prédicateur était Aguilard, Eazan du temple de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arcs. 11 fut, moyennant 30 livres par an, appelé à remplir le même office auprès des Israélites indigents portugais.
M. Elie « Schamass » était chargé de faire rentrer les cotisations annuelles « des membres de la Société du Comité ». Il recevait pour cela 150 livres par an.
M. Elie Halévy fut choisi en qualité de secrétaire avec un traitement annuel de 120 livres. Il s’engageait à « être présent a chaque séance et à faire les écritures nécessaires ». Il était le père de Fromenthal et Léon Halévy. Léon Halévy fils cadet, comme on l’appelait alors, mort en 1883, fut nommé secrétaire du Comité en novembre 1826, en remplacement de son père décédé. Il donna sa démission le 10 janvier 1827.
M. Rodier, médecin-chirurgien, demeurant rue Saint-Martin, fut attaché, en cettô qualité, au Comité de bienfaisance. Il reçut d’abord 400 livres par an. 11 s’engageait Ji soigner les indigents et à « leur administrer tous les secours de son art sans autre rétribution ». Il eut 500 livres à partir du mois de décembre 1809 pour donner également ses soins aux Israélites portugais.
Le Comité eut un ou plusieurs médecins attachés à son administration jusqu’au mois de décembre 1853, où il décida de supprimer le service médical par suite de l’installation de médecins d’arrondissement : le D’’ Cahen père, qui employait son salaire tout entier à secourir les indigents confiés à ses soins, succéda à M. Rodier (22 janvier 1816)' et fut longtemps le seul médecin du Comité. En 1840, le service médical était fait par les D” Haas et Manuel; le D*' Cahen fils fut nommé médecin du Comité le 23 décembre 1846; le D*" Handvogel, le 24 novembre 1852. Il y avait alors 5 médecins pour le Comité et l’Hôpital.
création, et donnait en même temps à ces arretés une autorité que les Israélites de Paris, non encore disciplinés, auraient pu être tentés de méconnaître. Le Préfet, accueillant les motifs invoqués en faveur de cet établissement dans la lettre d’envoi du 26 novembre 1809 S approuva ce règlement le 31 octobre 1810, en même temps qu’une délibération ayant pour objet d’établir « un tarif pour les frais d’inhumation des personnes aisées ^ ».
Le Comité de Bienfaisance israélite de Paris, dont la formation « faisait le plus bel éloge de l’humanité » et des sentiments religieux du Consistoire départe- » mental » était définitivement fondé
^ Le Consistoire, en envoyant ce règlement au Préfet, se défendit de vouloir entrer en concurrence avec les bureaux de bienfaisance des arrondissements. Il constatait que les mœurs des Israélites, leur religion, les fêles du culte, rendaient cette création nécessaire, et que, en ce qui concernait les assemblées de prière et les arts et métiers, il ne faisait que se conformer aux vues de Napoléon I®"’ et au règlement organique.
2 Voir Cimetières et inhumations^ p. 125.
^ Lettre du Consistoire Central au Consistoire de Paris, en date du 13 novembre 1809.
Nulle institution consistoriale n’a, aussi fréquemment que celle-ci, modifié son titre distinctif. A sa première séance, elle prend la dénomination de t Comité de bienfaisance israélite de la ville de Paris ». Dans le règlement de 1809, le Consistoire 1 appelle « Société d encouragements et de secours », et le 8 novembre de la même année, il l'invite à prendre ce ^titre dorénavant. En 1825, ses lettres portent comme entête : « Comité de la Société israélite de secours et d’encouragements » ; en 1839, il s'intitule : « Comité consistorial de la Société israélite de secours et d’encouragements » ; en 1846 : * Comité consistorial de secours et d’encouragements ». Enfin, le 14 lévrier 1855, le Consistoire l’invite à prendre à l’avenir le titre de : « Comité de bienfaisance israélite de Paris ». C’est celui sous lequel il est connu depuis cette époque.