CHAPITRE II
L’expérience et la nécessité modifièrent peu à peu ce que ce règlement avait encore d’exclusif et d’étroit. La Société d’encouragement et de secours rejeta petit à petit de son sein toutes les parties religieuses qui la rattachaient' encore ou l’assimilaient aux Hebroth et qui avaient leur raison d’être quand la population juive était peu nombreuse, livrée à ses seuls efforts : elle allait devenir une administration uniquement chargée de secourir les malheureux et d’encourager le travail professionnel.
Cette révolution dans l’organisation du Comité de bienfaisance ne fut réellement opérée qu’en 1838. Elle était devenue urgente. La Société de secours, en effet, n’était plus régie par aucun règlement, les dispositions de celui de 1809 étant complètement tombées en désuétude. Ainsi, les membres de la Société, accoutumés à n’obéir qu’à l’impulsion du cœur , distribuaient, presque aussitôt reçus, les dons que Ton avait Thabitude de déposer en séance ; ils confiaient alter-
nativement leurs fonds de réserve au président du Comité ou dans la maison de commerce d’un de leurs collègues * ; ils s’interpellaient dans leurs réunions, se réclamant mutuellement le montant de la cotisation promise en faveur d’une quête spéciale, faite au nom du Comité ; il n’y avait point de contrôle de dépense, point de registres réguliers pour en indiquer l’emploi, etc., etc. ^ Telles étaient les mœurs administratives d’alors et qui peignent sous un jour si vif les habitudes paternelles des premiers administrateurs de la Communauté.
Tout cela avait besoin d’être réglementé. L’œuvre fut laborieuse. Ce travail, confié en 1836 à une Commission spéciale L qui fut chargée en même temps d’étudier un projet de centralisation des divers Comités régissant les institutions et établissements de la Communauté de Paris, ne fut pas de nature à satisfaire le Consistoire. Un nouveau projet lui fut soumis, le 9 juillet 1838, par MM. Benoit Cohen, S. Munk et Jeramec, accompagné d'un rapport dont M. Munk était l’auteur. Il n’eut pas plus de succès que le précédent. Le Comité, préoccupé, en effet, d’une mission qui n'était nullement dans ses attributions, avait « dé-
1 Les fonds furent déposés en 1853 à la. Banque de France ; mais des démarches furent faites auprès de M. de Rothschild qui, en janvier 1856, annonça que sa maison consentait à en être dépositaire.
2 La comptabilité ne commença à être tenue régulièrement qu'en 1836 et ne fut définitivement établie qu'en 1850.
C’est de 1836 que date la création d’un contrôleur. Celte charge fut supprimée le 5 août 1853 et remplacée par une commission de finances.
3 Elle était composée de MM. M. Ennery, grand rabbin ; S.-M. Dalmbert, membre du Consistoire ; Alkan, directeur de la Société de secours; B. Cohen, vice-directeur; C.-B. Weill, Philippe Simon, Brandon, Edmond Halphen et Jules Lan, membres de cette Société.
» naturé le principe de son organisation pour y subs- » tituer des plans de réforme du culte », qui étaient essentiellement du ressort du Consistoire, et ce projet fut rejeté.
Ce règlement général, qui prévoyait la constitution d’un Comité central dont le Consistoire lui-même aurait fait partie, et qui était accompagné de cinq autres règlements relatifs à la bienfaisance, à l’encouragement aux arts et métiers, à la fondation d’un hôpital, au temple et aux inhumations , embrassait en effet tous les intérêts moraux et religieux de la Communauté. M. Munk ne réclamait rien moins que la fusion des rits allemand et portugais ; la nomination d’une Commission compétente pour établir le règlement d’.un « nouveau rit uni »; l’abolition de la plus grande partie du Machsor ; un changement radical de prononciation dans les synagogues du rit allemand; l’abolition de la vente des honneurs religieux, « invention des temps barbares » ; l’introduction d’une fré- ‘ quente prédication, et enfin, l’organisation de cours religieux suivis d’une Initiation solennelle.
Le Consistoire ne pouvait consentir à se laisser dépouiller ainsi des « prérogatives de ses fonctions » et il fut d’avis qu’il fallait se borner à modifier l’institution du Comité, en étendant ses attributions sur tout ce qui se rattachait à la bienfaisance, « élément premier de sa création ». Un troisième projet fut élaboré dans ce sens, mais à la suite de difficultés, survenues relativement à la fabrication des pains azymes * , une scission se produisit au sein du Comité, et il fut dissous
1 Voir le chapitre : Azymes, p. 37.
2 Arrêté du 20 janvier 1839. Voici le considérant de cet arrêté ;
Un règlement général fat enfin adopté le 15 avril 1839, et les séances des 21 et 29 mai et du 5 juin furent consacrées à l’élaboration de règlements particuliers qui devaient compléter la réorganisation du Comité Ils étaient relatifs :
A la répartition des secours ;
2° A la surveillance des enfants mis en apprentissage d’arts et métiers ;
30 Aux secours aux malades ;
4° Au service des inhumations.
Ces règlements nouveaux constituaient une œuvre considérable : les anciens usages, les vieilles traditions empruntées aux sociétés particulières, furent définitivement écartées. En revanche les changements qui furent apportés, inspirés par une connaissance approfondie des choses administratives, furent conçus avec une si juste appréciation de ce que devait être cette institution, que ces principes organiques la régissent encore aujourd’hui.
. Considérant que, dans diverse^ circonstances, le Comité de secours et d’encourajçement s’est montre, soit dans ses actes, soit dans sa correspondance, animé de sentiments hostiles a l’autorite du Consistoire dont il émane, et que, notamment à l’occasion du traité à passer pour assurer la fabrication des pains azymes, cette autorité a été ouvertement méconnue »... arrête, etc.
^ Il fut réorganisé par un arrête en date du 6 février. 1839, qui nommait douze membres titulaires et instituait, pour la première fois, * un certain nombre de membres honoraires.
Composée de 7 membres en 1809, la Société fut portée à 9 le 7 mars 1813 ; à 15 en 1839‘. En 1849, le Comité fut composé de 24 membres ; en 1851, il ne l’est plus que de 15 ; en 1865, il l’est de nouveau de 24; en 1877, il l’est de 36. Il compte aujourd’hui 48 membres. Voir à l’appendice la liste des membres du Comité depuis 1809 (pièce n<’ 1, p. 155).
C’est de cette époque, en effet, que date le sectionnement des travaux du Comité ; la classification des secours en secours mensuels, temporaires et extraordinaires; la publication des comptes rendus moraux et financièrs ; l’inscription minutieuse des pauvres sur un registre spécial; l’institution de commissaires et de dames de charité C d’inspecteurs et d’inspectrices*, de quêteuses et de quêteurs ^ ; l’enquête et la distribution des secours à domicile; et, enfin, le partage en sections territoriales des indigents inscrits.
Ce règlement répondait non seulement aux besoins qui, depuis trente ans, s’étaient manifestés petit à petit, mais il devait même dans l’avenir faire face à toutes les nécessités qui pouvaient se produire. Bien d’autres règlements furent élaborés, en effet, mais ils s’inspirèrent toujours de celui de 1839 et en reproduisirent les dispositions fondamentales. Les principaux datent de 1849 3, de 1853, de 1855, de 1869 et de 18'77 ; et les modifications qui y furent introduites,
- Les premières Dames patronnesses ou de charité ne furent nommées qu’au mois de février 1842. Elles étaient au nombre de trente, savoir : M'"®* Léon (Alkan) ; Bénédict; Brandon,- Jacob Benjamin; Max Cerfberr ; veuve Joseph David ; veuve A. Haas ; Anselme Halphen ; Gustave Halphen ; Wolf Hirsch ; Lazard-Aron Javal ; Léopold Javal ; veuve Jacob Lazard ; Aron Marx ; Neubur^er ; M.-B. Oppenheimer ; Alphonse Oulman ; Mouleaux ; Pereyra Suarès ; Anspach ; James de Rothschild ; Gahen (docteur) ; Furtado ; Dumoulin ; Michel Abraham ; Todros ; et Ducas, Biag, Laurié et Neyman, présidentes de sociétés.
2 Les quêteurs et les quêteuses, dans l’acception où ils sont entendus ici, n’existent plus depuis au moins trente ans.
^ La réorganisation, en 1849, fut nécessitée par les événements de 1848 qui avaient gravement altéré la situation financière du Comité. Le Consistoire décida de faire participer les Hebroth à l’administration du Comité. Sur 24 membres qui en devaient faire partie, 12 furent' choisis sur une liste de candidats des différentes sociétés de secours mutuels. Chaque société, composée de 20 à 30 membres, fut appelée
exigées soit par l’organisation d’œuvres nouvelles, soit par le développement incessant que prenaient les premières œuvres, s’appliquèrent plus particulièrement à la création de commissions * que le Comité remania successivement, selon les besoins, et dont, finalement, il dut augmenter le nombre.
Après la mort de M. Albert Colin, quand, en 1877, le Comité procéda à sa réorganisation, il se partagea en deux grandes fractions : l’une, dite des receltes et l’autre, des dépenses. La section des recettes fut chargée de provoquer les dons efles souscriptions, de diriger les quêtes, etc.; et à la section de dépenses se rattachèrent les commissions, dans les attributions desquelles pouvaient rentrer toutes les questions relatives à la distribution des fonds du Comité. Ces Commissions sont au nombre de douze : L’assistance ; 2° les enfants assistés ; les enfants inscrits ; 4'^ les pauvres inscrits ; 5° les azymes ; 6® les convalescents ; 7'^ l’habillement des enfants ; S'" le fourneau alimentaire ; 9® les quêtes et les troncs ; 10» le vestiaire ; 11° les inhumations ; 12® le contrôle.
à présenter un candidat ; de 31 à 40, deux candidats ; et 41 et au delà, trois.
L’institution d'une réunion générale - bi-annuelle des commissaires de charité avec le Comité date de 1849.
^ En 1849, le Comité fut réparti en quatre Commissions : 1° la Commission de secours, des malades à domicile, et des orphelins et enfants abandonnés ; 2“ la Commission de la maison de secours ; 3° la Commission des arts et métiers ; 4° la Commission des inhumations.
En 1853, quatre Commissions : 1® secours, malades à domicile et orphelins ; 2° arts et métiers et instruction ; 3® inhumations ; 4° finances.
En 1865, quatre Commissions : 1® assistance et fourneau ; 2° orphelinat et écoles ; 3® inhumations ; 4® finances.
Eu 1869, cinq Commissions : 1° assistance; 2® fourneau et vêtements ; 3® orphelinat et écoles ; 4® inhumations ; 5® finances.
Cette énumération est assez éloquente pour qu’il ne soit pas nécessaire d’insister sur ce fait que trois Commissions suffisaient, il y a cinquante ans, pour diriger les services du Comité. Encore convienf-il d’ajouter que les Écoles, rHôpital* l’Orphelinat — qui constituaient alors les sections principales du Comité — ont été successivement détachés de cette administration pour être placés sous la surveillance de conseils spéciaux.