‹ Le comité de salut public de la convention nationaleChapitre 21 sur 31 · PRÉSENTS · texte numérisé non relu

PRÉSENTS

Hommes

Hommes

4° Armée de la Moselle

du Rhin

des Alpes

d'Italie

des Pyrénées-Orientales

des Pyrénées-Occident.

de l'Ouest

de Brest

de Cherbourg

de l'Intérieur (1)

Ce qui donne un effectif de près d'un million d'hommes (970.000) et seulement 752.000 présents. Ce dernier chiffre n'a guère été dépassé, en tout cas il n'a jamais atteint 800.000 hommes ; il n'était même que de 450.000 hommes présents sous les drapeaux lorsque la Convention se sépara. D'ailleurs, c'était bien suffisant. L'Europe ne nous en opposait guère plus; sans compter qu'un effectif plus considérable aurait causé des difficultés presque insurmontables pour la solde, l'équipement, l'armement, les subsistances. Enfin ne faut-il pas tenir compte de la valeur personnelle de ces hommes, de leur enthousiasme, de leur bravoure et de leur ardent patriotisme ?

On travaillait nuit et jour au ministère de la guerre

(1) L'armée révolutionnaire avait été supprimée quelques mois auparavant.

et au Comité de salut public pour nourrir, équiper et armer ces masses d'hommes. Un décret du 9 février 1793 avait affecté aux frais de la guerre les biens des émigrés : ils servirent d'hypothèque à la création de 800 millions d'assignats nouveaux. Le décret du 23 août affectait trente millions à la fabrication des armes, et mettait en outre cinquante millions à la disposition du ministre. En réalité, un crédit illimité était ouvert pour sauver la République.

La nourriture des troupes était une grave préoccupation. Le manque de vivres avait fait échouer diverses tentatives et occasionné de nombreuses désertions. La révolte de la Vendée nous privait d'une partie de la viandenécessaire à la subsistance des armées. Le Comité chercha d'autres lieux d'achat, surtout en Suisse. Ilmit en réquisition « la 8 e partie des cochons actuellement existants dans la République (I) ». Il avait même eu l'intention de faire décréter un carême civique d'un ou deux mois, mais il s'arrêta à l'idée d'inviter les républicains à la frugalité. Un décret du 15 novembre 1793 ordonna à chaque commune de livrer ses grains et autres denrées de première nécessité à toute réquisition faite pour les troupes. Le paiement des contributions put être fait en nature ; d'immenses greniers reçurent les grains des cultivateurs. On fit venir aussi du blé de l'étranger, de l'Amérique surtout.

Chaque commune avait habillé et équipé à la hâte son contingent aux frais de l'Etat ; mais il fallait réparer et entretenir tous ces effets. Dès juillet-août 1793, les agents de l'administration des habillements et équipements militaires, accusés de dilapidation, avaient été

(1) Arrêté du 10 novembre 1793.

arrêtés, et les marchés passés avec eux résiliés (1). Il fallut s'adresser à l'industrie privée, et recourir au travail des femmes dans des ateliers ou à domicile, sous la surveillance des municipalités et des représentants du peuple; Barras et Fréron écrivent qu'à Marseille 4.000 ouvriers travaillent nuit et jour à l'équipement et à l'habillement des soldats. En outre, le Comité invita les bons citoyens c à faire des offrandes à la patrie en chemises, bas et souliers ». Partout, les représentants en mission et les sociétés populaires provoquèrent ces dons patriotiques, qui ne tardèrent pas à affluer ; parfois, comme Saint-Justet Le Bas à Strasbourg, ils mettent en réquisition les objets indispensables ; ou comme ' Barras et Fréron, ils requièrent les 20.000 citoyens les plus riches de Marseille de donner chacun deux chemises pour l'armée d'Italie. Les sections parisiennes vont tout simplement prendre des matelas et des couvertures chez les citoyens ; le Comité leur fait remarquer que les pères de famille avaient déjà fait un grand sacrifice en se privant momentanément de leurs enfants, et qu'il ne fallait pas aggraver leur situation ; il valait mieux confisquer les matelas, draps et couvertures que l'on trouverait dans les maisons des émigrés (2).

Pour chausser les soldats, on mit en réquisition tous les cordonniers de la République, qui durent fournir tantôt deux paires par décade, tantôt cinq paires, tantôt même ne travailler que pour les soldats. Comme conséquence, ordre fut donné aux tanneurs de vider et rem

(1) Sauf pour * la section chargée du petit équipement, qui continuera à recevoir et à payer les effets dont elle a le plus besoin, comme marmites, bidons, selles, chapeaux, » etc.

(2) 25 vendémiaire an If.

plir leurs fosses sans interruption, sous peine d'être traités comme suspects ; une instruction rédigée par les soins du Comité leur servait de guide pour les opérations techniques. Au commencement de l'hiver, le Comité invita les volontaires à porter des sabots dans les moments où ils ne seraient pas de service ; son appel fut entendu, et on épargna de cette façon, d'après Barère, 150.000 paires de souliers.

Les églises et les hôtels d'émigrés servaient de magasins militaires. Les services des charrois militaires, vivres et ambulances, étaient placés sous la direction d'une régie dirigée par trois administrateurs en chef choisis par la Convention et surveillés par le Comité, spécialement par Robert Lindet,quesecondait Prieur de la Marne dans les courts intervalles que lui laissaient ses missions. Les services rendus par Lindet dans cette partie de l'administration étaient tels que, le 5 brumaire an II, Barère pria la Convention de le rappeler de mission, car il était indispensable à la bonne marche des affaires. Lindet revint donc de Normandie, et dès lors, pendant une année, il se consacra entièrement à sa tâche. Pour permettre d'effectuer un contrôle sérieux, toutes les administrations devaient fournir un compte détaillé de l'emploi des sommes affectées à l'habillement et à l'équipement des volontaires, ainsi que des dons patriotiques. Lindet eut à triompher de nombreuses difficultés, à vaincre de sourdes résistances; à diverses reprises, ses agents furent incarcérés comme accapareurs par des municipalités trop zélées; d'autres fois, les paysans cherchaient à le tromper sur la quantité ou la qualité de leurs marchandises. Ce n'est que par un labeur acharné, un travail de seize heures par jour, qu'il parvint à mettre de l'ordre, de la probité et de

1 activité dans l'administration des subsistances, de l'habillemfent, des ambulances et des transports.

L'armée équipée et habillée, il fallait la pourvoir de vivres et de munitions. La mise en réquisition pour le service de la République de toutes les armes de guerre que détenaient les particuliers était loin de suffire aux besoins (1). Le Comité résolut d'en organiser la fabrication sur une base très large. Il mit d'abord en réquisition le fer qui se trouvait dans les forges et hauts-fourneaux, celui des grilles extérieures et intérieures des églises, ainsi que le bronze des cloches. Pour utiliser ces matériaux, les manufactures d'armes existantes no suffisaient pas ; on y ajouta les ateliers privés, puis les maisons nationales et d'émigrés ;on s'établit même en plein air, sur les promenades et les places publiques. A Paris, on comptait 258 forges, dont 140 sur l'Esplanade des Invalides, 54 au Jardin du Luxembourg, et 64 sur la place de l'Indivisibilité; chacune de ces forgée put bientôt livrer 4 canons de fusil par jour ; 80 foreries, pouvant percer i.000 fusilspar jour, se trouvaient dans des bateaux sur la Seine. Pour les travaux délicats, on réquisitionna les horlogers et les ouvriers en instruments de mathématiques; pour les travaux grossiers, on s'adressa aux ouvriers en fer, aux armuriers (2) ; on passait des marchés avec ceux qui voulaient travailler

(1) 25 frimaire an II.

(2) Chaque district recherchera s'il existe dans son arrondissement des armuriers qui puissent fabriquer des carabines (12 nivôse an H).

chez eux, les autres venaient dans les ateliers publics Les ouvriers qui ne connaissaient pas la fabrication des armes allèrent rapprendre à la manufacture nationale de Charleville; ils dirigeaient ensuite eux-mêmes leurs camarades moins expérimentés. Le Comité chargea des savants de publier un petit traité sur la trempe de l'acier. On multiplia lés ateliers de réparation des engins de guerre ; au lieu d'une seule manufacture d'armes blanches, il y en eut bientôt vingt : Grenoble, Longwy, Châtellerault, Thiers, etc.

La France était ainsi transformée en une vaste mafacture d'armes, ayant son centre à Paris et ses succursales dans toutes les parties de la République. Certains couvents servaient d'ateliers, et, comme le disait Carnot, « ces endroits consacrés jadis au silence, à l'inaction, aux regrets, retentissent du bruit des marteaux».

Le Comité organisa de même la «fabrication révolutionnaire » du salpêtre, de la poudre et des canons (1). Des cours sur l'art de raffiner le salpêtre, de fabriquer la poudre, de mouler, forer et fondre les canons furent faits à 800 jeunes gens venus de tous les points de la République, par neu/* instituteurs que nomma leComité de salut public. Ces instituteurs s'appelaient Guyton-Morveau, Fourcroy, Berthollet, Dufourny, Carny, Pluvinet, Hassenfratz, Mongeet Perrier; les six premiers devaient s'occuper du salpêtre et de la poudre tous les jours, à onze heures, au Muséum; les trois autres, de la fabrication des canons à deux heures, à TÉvêché. Les cours devaient durer trois décades. « L'ancien régime, disait Barère, aurait employé trois ans pour une pareille préparation : la Révolution ne demande que trois décades I »

(1) Arrêté du 14 pluviôse an II.

Monge rédigea d'une façon très claire une instruction sur Yart de fabriquer les canons.Les armées républicaines purent ainsi être pourvues d'une bonne artillerie, surtout en pièces de petit calibre. Une levée extraordinaire de six chevaux au moins par canton fournit les attelages nécessaires.

Il fallait de la poudre. Le Comité engagea la municipalité de Paris à en employer le moins possible dans les représentations théâtrales, attendu « qu'il importe de réserver la poudre deguerre pour foudroyer les tyrans» ; toutes les matières premières concourantàla fabrication de la poudre, telles que le charbon, le soufre., étaient mises en réquisition(l). La plus précieuse de ces matières^ le salpêtre, nous venait jusqu'alors de l'Inde anglaise; il était nécessaire d'y suppléer. Le décret du 23 août avait mis en réquisition toutes les terres et matières salpêtrées de la République; tous les citoyens, excepté ceux dont les habitations étaient situées dans l'arrondissement d'un salpêtrier, étaient tenus de lessiver euxmêmes les terrains tirés du solde leurs caves, écuries, bergeries, pressoirs, celliers, ainsi que les décombres de leurs bâtiments (2). Une instruction sur l'extraction du salpêtre, rédigée par les ordres du Comité de salut public, devaitêtre lue sous l'arbre de la liberté de chaque commune pendant trois décadis consécutifs, et déposée à la municipalité pour y être consultée. Le salpêtre produit était envoyé par les soins des délégués de district à des préposés de département; ceux-ci le faisaient passer à la Régie des poudres, qui le payait à raison de 2i sous la livre et le faisait ensuite raffiner (3). A elle

(1) Décret du 21 septembre 1793.

(2) Décret du 14 tri maire an II.

(3) Les fougères, mousses, genêts et en général les plantes

seule, la poudrerie de Grenelle fournissait 30.030 livres de poudre par jour. Le Comité faisait aussi exécuter « au ci-devant château de Meudon » des expériences secrètes sur la fabrication des poudres fulminantes et des boulets creux. Il [donna une instruction pour la fabrication du goudron ; et, sur son invitation, Conté étudia la composition d'un crayon supérieur à celui des Anglais.

Le télégraphe de Chappe fut adopté, et son inventeur reçut le titre d'ingénieur télégraphiste, aux appointements de lieutenant du génie. Pour leslunettes que nécessitait l'emploi de ce télégraphe, le Comité fit faire dos expériences sur la fabrication du flint glass. La prise du Quesnoy fut le premier succès qu'il annonça : une heure après la reddition de la ville par les Autrichiens, la nouvelleen arrivait à Montmartre.

Le Comité reprit aussi les recherches faites sur les aérostats par Meunier, mort à Mayence ; les élèves de l'Ecole de Mars furent exercés à manœuvrer les nouveaux appareils. Pour la première fois, pendant la bataille de Fleurus, on vit, au-dessus de l'armée française, un ballon observant les mouvements de l'ennemi. Les expériences d'aérostation] militaire de Meudon furent longtemps dirigées par le savant Guy ton-Mor veau. Ainsi, les savants payaient la dette de reconnaissance contractée envers la Révolution, qui avait affranchi la pensée. Ils furent les collaborateurs les plus actifs de la grande œuvre de défense nationale.

On n'oublie pas les malades et les blessés. Les officiers

sèches devaient être brûlées pour fournir de la potasse destinée à remplacer celle que le salpêtre exigeait, afin de ne pas laisser dépérir les verreries, les savonneries et les industries du blanchiment. On essaya aussi de retirer la soude du sel marin afin de l'employer à la place de la potasse lorsque ce serait possible.

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