‹ Le comité de salut public de la convention nationaleChapitre 4 sur 31 · P^OQ · texte numérisé non relu

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de la Révolution sont trop passionnantes pour qu'un pareil sujet n'ait tenté personne. Beaucoup ont dû songer à écrire cette œuvre. Ce qui les aura sans doute arrêtés, c'est la conviction trop vite acceptée que l'histoire du Comité de salut public se confond avec celle de la Terreur, et que, rapporter les faits à la Convention nationale ou à son Comité, c'est tout un.

Le Comité de salut public fait-il partie intégrante de la Convention au point qu'on ne puisse l'en détacher? Nullement. D'abord, il est toujours possible de considérer séparément les diverses scènes et les différents acteurs d'un grand drame historique. On Ta fait pour les Girondins et pour les Montagnards, qui ont été l'objet d'études particulières, bien que, dans la réalité, leurs destinées aient été étroitement liées. Le Comité de salut public s'y prête bien mieux encore. Il a son domaine propre, qu'il est facile de délimiter, et son action ne se confond pas absolument avec celle de l'Assemblée dont il émane. Ainsi, on peut classer dans ses attributions tout ce qui se rapporte à la police intérieure, à la guerre continentale et maritime et aux affaires étrangères ; là, son action est incessante et directe, tandis qu'il ne s'occupe que fort peu, et indirectement, des finances, de l'instruction publique, de la législation ou des travaux publics.

Non seulement il a son domaine propre, où Ton peut suivre les traces de sa dévorante activité, mais il a aussi sa physionomie particulière. C'est un organisme produit par un certain milieu, qui s'est développé et a évolué d'une façon spéciale. Issu do la Convention, il n'a pas tardé à acquérir une personnalité propre. Ce n'est ni une simple commission analogue aux autres comités de la Convention, ni purement une dictature, à 9 ou 10 tètes, telle qu'on nous le représente parfois, mais bien un véritable gouvernement.

Cette affirmation étonne tout d'abord. Lorsqu'on étudie la période aiguë de la crise révolutionnaire , — le regard troublé par la vapeur de sang qui couvre ce tragique champ de bataille, — les événements semblent être exclusivement produits par le déchaînement des passions delà foule; ils ont un caractère de désordre, de déraison, de nécessité et de fatalité tout à fait en opposition avec les idées d'ordre, de raison et de règle qu'implique la notion de gouvernement. Mais une observation plus attentive permet de démêler, sous ce chaos apparent, une impulsion énergique et soutenue dans une direction déterminée, direction qui n'est évidemment pas contraire au courant général de la Révolution, mais qui ne se confond pas non plus avec lui. Le mécanisme qui imprime cette action et cetto orientation, c'est le

gouvernement révolutionnaire, dont le Comité de salut public est l'âme.

Essayer de restituer sa vie autonome, en étudiant ses origines, son esprit, ses doctrines, ses moyens d'action, son œuvre enfin, — tel est le but poursuivi dans ce livre.

Il ne fallait pas songer à entrer dans le détail des mille événements de cette époque si prodigieusement remplie : c'eût été vouloir refaire toute l'histoire de la période conventionnelle. Je me suis donc borné aux faits essentiels, aux grandes lignes, me proposant moins d'écrire une histoire complète du Comité de salut public, que de présenter, dans un cadre restreint, un tableau d'ensemble aussi fidèle que possible.

Bien que ce ne soit pas là un ouvrage d'érudition pure, et qu'il ne s'agisse que d'une modeste étude de vulgarisation, j'ai mis à contribution les principales sources de cette histoire, et j'ai fait mon profit des travaux les plus importants publiés sur ce sujet, notamment du beau livre de M. Albert Sorel sur l'Europe et la Révolution française^ et des recherches de M. Aulard, le savant historien chargé de la publication du Recueil des actes du Comité de salut public.

Toulouse, mai i8q3.

LE

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