POÉSIES ROMANESQUES
C'est k cette classe qu'appartiennent le plus grand nombre des ballades écossaises, allemandes ou Scandinaves, et des romances espagnoles. La France possède aussi une certaine quantité de chants populaires qui roulent sur quelque aventure, telle qu'un enlèvement ou quelque tragédie do-
mestique, quelque catastrophe causée par la jalousie ou par f amour. G*est à ces chants surtout que s'appliquent les observations que Ton peut faire sur les poésies populaires qui ont pour objet de raconter.
Le récit est, en général, brusque, coupé; il laisse les détails secondaires dans Tombre, et ne s*arrête quaux traits saillants. Les mêmes formes de langage sont reproduites plusieurs fois ; les discours des personnages sont répétés textuellement comme dans Homère. On fait grand usage des nombres déftnis : tout va trois par trois ou sept par sept. Les objets les plus communs sont d*or ou d'argent. Le refrain est quelquefois sans rapport avec le sujet du récit. G est à ces caractères et à quelques autres, surtout h une physionomie naïve et à un certain tour d'imagination à la fois simple et singulier, qu'on reconnaît la poésie vraiment populaire. On y remarque aussi un art involontaire, heureuse inspiration de la nature, qui se montre dans la gradation des événements et la préparation des catastrophes. La rime est remplacée souvent par la simple assonance, c est-à-dire par la présence de la même voyelle dans les syllabes finales de deux vers. Quelquefois on trouve alternativement un vers qui rime et un autre qui ne rime pas. Ces traits dominants sont les mêmes dans les chants écossais, allemands, Scandinaves, espagnols, et se montrent également dans nos chansons populaires françaises. On pourra en juger en comparant les suivantes à un des recueils de chants populaires étrangers qui ont été publiés. En voici deux que le Comité doit à M. le docteur Boulin et qui sont chantées en Bretagne ;
J'ai fait un rêve cette nuit ^^\ J ai fait un rêve cette nuit.
Que m*amie était morte ,
Que m*aaiie était morte.
Sellez, bridez -moi mon cheval (his) Que j'aille voir m'amie (bis).
Son cheval il s'est arrêté (bis) Près d'un buisson de roses (bis).
De trois l'amant prit le plus beau (bis) Pour donner à s'amie (bis),
— Tenez, belle, prenez mon coeur ((û), Ce bpau boulon de roses (bis).
«Voyez p. 383.»
La bdr je viens vous convier (hit) De venir à mes noces [his).
La bell\ la beli\ si vous m*aimez (Var. si vous venez) (bis). Ne changes pas de robes (his).
La bdle a bien entendu ça (bis), S*est fait faire trois robes (his):
La première est de satin blanc (bis).
L'autre est de satin rose (bis)^
La troisième est de beau drap d*or (bis) Pour fair* voir qu'elle est noble (bis).
Du plus loin qu'on la voit venir (his) : — Voici la mariée (bis)\
La mariée, point ne la suis (bis).
Je suis la délaissée (bis).
L'amant vient, la prend par la main (bis). Et la mène à la danse (bis).
Après le quatrième tour (bis), La belle est tombée morte (bis);
Elle est tombée du côté droit (bis) , L*amant du côté gauche (his).
Tous les gens qui étaient présents (his) S' disaient les uns aux autres (bis):
Voîl le sort des amoureux (his) Qui en épousent d'autres (bis),
M. le docteur Roulin a entendu quelques personnes ajouter deux couplets avant les deux derniers.
Il y était question d'un rosier qui pousse sur la tombe et à la plus haute branche duquel chante le rossignol. Ce détail se rencontre fréquemment dans les ballades danoises et suédoises.
En clievaucbant mes chevaux rouges, Laire laire laire loure ma lan laire.
En chevauchant mes chevaux rouges.
J'entends le rossignol chanter (his), ni. Sa
IH»«fHtKIS lAttMlLC.
Qui me disait dans son laoguAÎge^ .
Laire bire » , , .
Tu ris quand tu devras pieurer
De la mort de ta pauver Jeanne Qu*on est à et* heure à enterrer.
— Ten as menti, maudite langue « '
Car j*élas hier au sa au lé (au soir avec elle) ,
Où c qu'ai* filait sa quenouiUette * Su* r billot dans 1* coin du fouyer.
Là, quand je fus dedans les landes,
Je sentis les doches hober ;
Et quand je fus dans le ceum*tarrc J'entendis les prêtres bûcher;
Et quand je fus dedans Téglise , Je vis un corps qui repensait (bis). •
Je daubis du pied dans la chasse :
— Réveill* ous Jeanne s' ous dormez?
— Non, je ne dors ni ne sommeille; Je sis dans Tenfer à brûler.
Auprès de moi reste une place.
C'est pour vous Piar qu'on l'a gardée.
— Ha, dites-moi plustÀt, ma Jeanne, Comment fair pour n'y point aller.
— 11 faut aller à la grand* messe Et aux vêpres sans y manquer;
Faut point aller aux fileries Comm* vous aviez d'accoutumé ;
Ne faut point embrasser les fiBcs
Sur r bout du coffre au pied du lect (lit).
La chanson narrative qui suit, recueillie dans le Blésois, a été remise par M. de la Saussaye, membre du Comité :
COMPLAIMTE DE RENAUD.
Quand Renaud de là guerre vint, Portant ses' tripes dans ses mains, ' Sa mère, à la fenêtre, en haut Dît : Voici v*nîr mon fik Renaud.
LA MBRB. Renaud, Renaud, réjouis-toi,
Ta femme est làccouchée d*un roi.
RBNâUO. Ni d* ma femme, ni de mon fils. Mon ccBur ne peut se réjoui*.
Ou on me fasse vile un lit blanc , Pour que je m y couche dedans.
Et quand il fut mis dans le lit, Pauvre Renaud rendit Tesprit.
' (Letdodiet tottnènt le trépaisement.)
LA REINE. Or, dites-moi, mère m*amie,
Qu est-c* que j*entends sonner ici ?
LA MBBB. Ma fdle, o* sont des. procédions Qui sortent pour les jrpgationf .
^ (On qlooele ceicaol^]
LA REiNB. Or, dites-moi, mère m*amie,
Qu est-c* que j*entends cogner ici ?
LA MÈRE. Ma fille, c* sont les charpenliers Qui raccommodent nos greniers.'
(Lcf prMfoî eittèvot le oorpc)
LA REINE. Or, dites-moi, mère, m*amie,
Qu est-c* que j*entends chanter ici P
LA vikE. Ma fille, c* sont les processions
Qu*on fait autour de nos maisons. .
LA RBiNB. Or, dites-inoi, mère m^amie,
Queir robe prendraî-je aujourd*huî ?
LA MfcRE. Quittez le ros*, quittez le gris.
Prenez le noir, pour mieux choisi*.
LA nBifiE. Or, dites-moi, mère m*aniie, .
Qu*ai-je donc k pleurer ici ?
LA MBRE. Ma {ili\ je n* puis plus vous 1* cacher,
Renaud est mort et enterré.
LA BEiKE. Terre, ouvre-toi, terre, fends-toi. Que j* rejoigne Renaud, mon roi I Terre s'ouvrit, terre fendit, Et la belle fut enj^utie I
Dans la romance narrative quon va lire , un sentiment vraiment tragique se fait jour à travers les trivialités de certains détails. Elle a été recueillie en Auvergne, par M. Mérimée, membre du Comité.