CHANSON DE LA MARIEE
M. de Corcelle Ta entendu chanter par des vendangeurs, près de Niort, sur un air différent de Fair de Bretagne ; il en connaît un trobième. Elle était accompagnée d^une pantomime. La mariée figurait sur un siège à part, et une jeune fille lui adressait ces couplets ^^^ :
Rossignolet des bois, rossignolet sauvage (bis), Rossignolet d*amour qui chante nuit et jour (bis).
Il dit dans son jargon, dans son joli langage (bis) : Filles, mariei-Yous, le mariage est doux (bis).
f*) Notice historique et archéologique sur la paroisse de Chavagnes-en-Paillers (Vendée) , p. 26.
^^ Note sur les usages et les traditions du Poitou, par M. Guerry, avocat à Tours. (Mémoires et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères, publiés par la Société royale des aotiquaires de France, t VIII, Paris, iSSg, in-8*, p. d62.).
t*) Les ver» de cette chanson peuvent se dédoubler.
Nous sommes v*nii8 ce soir, du fond de nos bocages ,
Vous faire compliment de votre mariage,
A monsieur votre époux, aussi bien comme à vous [his).
Vous voilà donc liée. Madame la mariée (bis). Avec un lien d*or qui ne délie qu à la mort (bis).
Avez-vous bien compris c* que vous a dit le prêtre ?
A dit la vérité, ce qu il vous fallait èlre :
Fidrîe à votre époux et Taimer comtne vous (bis).
Quand on dit son époux, souvent on dit son maître. Ils ne sont pas toujours doux comme ont promis d'être, Gir doux ils ont promis d*étre toute leur vie (bit).
Vous n'irez plus au bal. Madame la mariée, Voui nuirez plus au bal, à nos jeux d*assemblées ; Vous garderez la maison , tandis que nous irons (bi$l I
Quand vous aurez chez vous des bœufs, aussi des vaches. Des brebis, des moutons, du lait et du fromage. Il faut, soir et matin, veiller à tout ce train (bis).
Quand vous aurez chpz vous des enfants à conduire. Il faut leur bien montrer et bien souvent leur dire , Car vous seriez tous deux coupables devant Dieu (bis).
Si vous avez chez vous quelques gens à conduire.
Vous veillerez surtout qu'ils aillent à confesse.
Car un jour devant Dieu vous répondrez pour eux (bis).
Recevez ce gâteau que ma main vous présente :
II est fait de façon à vous faire comprendre
Qu'il faut, pour se nourrir, travailler et souffrir (bis).
Recevez ce bouquet que ma main vous présente :
11 est fait de façon à vous faire comprendre
Que tous les vains honneurs passent comme les fleurs (bis).
Voici maintenant la Chanson de la mariée, d après le texte poitevin, telle qu elle est connue dans une partie de la Vendée :
Le rossignolel des bois , Le rossignolet sauvage.
Le rossignolet plein d*amour.
Qui chante nuit et jour.
larsisiftit siTMaAit.
Il dit dans son beau chant.
Dans son joli langage, Fîllett*s mariez-vous, Le mariage est bien doux.
Il en est de bien doux (des maris) Tout comm* de bien volages; Ils ont bien des appas.
Ne vous y fi^ pas I . . .
Celui-là qu* vous prenez.
Ils dis*nt qu il est fort sage ; Il me semble être né Pour conduire un ménage; Celui qu* vous avez pris S*ra doux, il la promis.
Avez-vous remarqué
C que vous a dit le prêtre ?
Il a dit vérité ,
En disant qu*il faut être
Soumise à votre époux
Et Taimer comme vous.
Si vous avez chez vous
Des valets à conduire ,
Il faut veiller sur tous
Pour qu*il n*y ait rien à r*dire
Sur leur fidélité.
Leur sagesse et bonté.
Il faut veiller sur eux , S*ils vont bien à la messe , S*ils font bien leurs devoirs, S*ils vont bien à confesse ; 11 faut, soir et matin.
Veiller k tout ce train.
Vous n'irez plus au bal , Madame la mariée !
Vous n'irez plus au bal I Aux jeux ni aux veillées :
Vous garderez la maison , Pendant que nous irons.
^^) Variante :
Prenez donc ce gâteaa Que ma main vous présente.
Il esl Élit d*un* façon Pour vous faire comprendre Que tous ces vains honneurs ^'^ Passeront comme ces fleurs.
Où est-il votre époux , Madame la mariée ?
Où est-il votre époux ?
Est-il auprès de vous ?
S*il est auprès de vous , Faites-nous le connaître; S'il est auprès de vous.
Epoux, embrassez-vous.
LA MABIÉB.
Et n* le voyez-vous pas Là, qui vous verse à boire.
Qui boit à vos santés P C'est pour vous saluer.
LE CHOEUR
Payez-nous nos rançons ^*\ Madame la mariée, Donnez-nous nos rançons.
Après nous nous en irons.
LA MARiée.
Queir rançon voulez-vous.
Mes belles jeunes filles ?
Quell* rançon souhaitez- vous , Qui soit à votre goût ?
LE CHOEUR
Un gâteau de six blancs ,
Madame la mariée ,
Un gâteau seulement.
Et nos cœurs s*roni contents.
Qnll faut, poar m nourir, Travailler et looffrir. ^
<'' Rançon signîGe ici salaire, ce (pii est dû aux chanteuses pour leur peine.
bà'
LA MARlés.
Un gâteau de six blancs Cela n*est pas grand* chose ; Un garçon de vingt ans FVait vos cœurs plus contents.
LE CHOEUR
Nous vous souhaitons Y bon soir
Madame la mariée ;
Nous vous souhaitons Y bon soir
Et à la compagnie ;
Nous vous souhaitons Y bonsoir;
Adieu, jusquau revoir.
La première version est plus poétique et plus grave» la seconde est plus développée et plus rustique.
En Corse, on chante en Thonneur dun mort des couplets toujours composés ou plutôt Improvisés par des femmes, analogues aux myriologaes des Grecs modernes et aux coronachs écossais. Ces chants s'appellent, en Corse, vocero ou ballata. Dans le Béani, des chants analogues portent le nom diaârost.
Voici des fragments d'un vocero corse composé par une mère pour sa fille, et dont la traduction a été communiquée par M. Graziani, employé au Ministère de rinstruction publique.