‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 124 sur 196 · RONDE · texte numérisé non relu

RONDE

Derrière chez mon père , y a un ormeau fleuri , Tous les obeaux du monde y vont faire leur nid, La caille, la lourtVeiie, la jolie perdrix. Et la jolie colombe, qui chante jour et nuit. Ahl je ne puis là, iilarira, le soir m*endormi*.

Et la jolie colombe qui chante jour et nuit. Qui chante pour les fdles qui n'ont point leurs amis. Ne chante pas pour moi, car j*en ai un joli: Il est dan^ la Hollande; les Hollandais Tont pris! Ah ! je ne puis là , lilarira , le soir m*endormi\

Il est dans la Hollande ; les Hollandais Tout pris !

— Que donneriez-YOus , belle, à qui vous Tirait quVi*?

— Je donnerais Touraine, Paris et Saint-Denis, Et la claire fontaine qui est dans mon jurdin.-

Ah ! je ne puis là, lilalira, me lever le malin.

M. le docteur Roulin a trouvé la même ronde en Bretagne avec un autre rythme et un autre refrain. Il est à remarquer que toai Rennes remplace Touraine; c est le cachet du pays d où provient cette version.

Les rondes ont souvent conservé des traces évidentes de la poésie chevaleresque du moyen âge, et offrent un souvenir des héros que cette poésie a célébrés, par exemple d'Ogier le Danois :

Qui est dans ce château ?

Ogler [ier]^ Qui est dans ce château ?

Beau chevalier!

M. P. Paris a fait remarquer que ce refrain avait cela de curieux, quil se

^') Les vers de cette ronde psuvaat se dédoubler.

rattachait à une de nos grandes chansons de geste les plus populaires. Pendant la disgrâce et la captivité d^Ogier le Danois, Charlemagne avait menacé d'une mort honteuse quiconque prononcerait devant lui le nom d'Ogier. Trois cents éçuyers se donnent alors le mot; ils viennent devant le palais de Charlemagne crier, comme dune seule voix, Ogierl Ogierl Ogierl et Charlemagne, n osant punir la fleur de la chevalerie, aime mieux céder et pardonner à Ogier.

Les refrains isolés, quand le chant dont ils faisaient partie s'est perdu, ne devront pas être négligés.

Il en est de même des rondes chantées par les enfants, car elles peuvent contenir des traits qui prouvent, soit leur antiquité, soit une origine étrangère. Ainsi :

La tour prend garde De te laisser abattre. . .

semble remonter à une époque féodale.

La ronde

Nous n'irons plus au bois, Les lauriers sont coupés. . .

doit appartenir à un climat plus méridional que celui des environs de Paris, où les lauriers ne croissent pas dans les bois.

Enfin , on ne dédaignera pas les chansons de nourrices et de berceuses , appelées en anglais d un nom particulier, lallahy. M. Blanc a envoyé une chanson de nourrice en patois provençal, dont le sujet est assez singulier et le tour très populaire, bien que la rédaction ne semble pas ancienne.

Voici la traduction française :

Le roi a un* nourrice, Belle côinme le jour; Le roi a un' nourrice,

Grand Dieu d'amour, Belle comme le jour.

Elle s'est endormie, Le dauphin dans ses bras; Ellle s'est endormie, .

Grand Dieu , hélas I Le daupliin dans les bras.

Quand ell' f*est réveillée.

L'a trouvé étouffé.

Ëir le prend, Temmaillote , Eff dit qu'eir va laver.

Le roi est k la Tnètre , Le roi l*a vue passer.

Où allez-vous, noiuiice?

Le dauphin pleurera.

N'ayez pas peur quil pleure, J* Tai bien emmailloté.

EU* va fieiir* dire un* messe A Not'-Damc-de-Pilié.

Au premier évangile, L*enfant a soupiré.

Au dernier évangile , L'enfant s'est relevé.

Dans une chanson de berceuse originaire de la Corse, et communiquée par M. Graziani, se trouvent des imaginations étranges comme il s en rencontre dans les poésies populaires des peuples du Midi et de TOrient.

La mère parle à son enfant qu'elle endort par un refrain monotone et doux il Toreille; entre deux refrains, elle lui dit:

Quand enfin vous naquîtes >

On vous fit baptiser.

La lune fut la marraine ,

Et le soleil le parrain.

Les étoiles qui étaient dans le ciel

Avaient des coUiers d*or.

On n a pas voulu grossir inutilement ces instructions en y insérant tous les morceaux que les premières recherches du Comité, servies par le zèle (les correspondants, ont déjà mis à sa disposition, et qui pourront trouver place dans le recueil. On na voulu qu'indiquer le caractère de cette collection et donner comme des types des principales classes de chants populaires qu elle devra contenir. C*est pour le Comité un vif sujet d'espérance que d avoir déjà réuni plus de matériaux qu il n en pouvait employer. Quand un appel aura été fait aux collecteurs par la publication de ces instructions, on a lieu d'attendre que leurs investigations produiront un recueil abondant de chants populaires, où entreront h la fois les plus vieux et les plus grands souvenirs de notre histoire, aussi bien que les naïves fantaisies et les gracieux badinages de Tesprit français, et qui présentera une image fidèle et vivante du génie de notre nation.

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