DE LA FRANGE
Cet oavrage, dont ie projet a été exposé, par ordre du Ministre , dans la séance du i& juin i858, est le complément naturel du dictionnaire des noms de lieux de la France que viennent d'entreprendre , sous les auspices de Son Excellence, les membres de la section d'histoire et de philologie. Gomme le titre l'indique, ce sera le répertoire des monuments de tous genres et de tous âges, disséminés dans toutes les parties de l'empire; en un mot, ce livre sera un guide, à la fois pratique et scientifique, de l'archéologue en France. Bien qu'au premier abord ce projet paraisse immense, un examen sérieux et la lecture du programme démontreront qu'il est facilement réalisable, ail ne s'agit pas,» comme la très judicieusement fait observer im membre du Comité, dans la discussion qui suivît l'exposé du projet, «il ne s'agit pas de rédiger des descriptions minutieuses de tous les monuments répandus sur la surface de la France, mais bien de composer un guide archéologique qui fasse connaître l'existence des monuments de chaque localité , en renvoyant aux ouvrages spéciaux où ces monuments sont décrits plus amplement. »
C'est là, en effet, le but que les rédacteurs de cet ouvrage devront s'efforcer d'atteindre. Le pbn peut être exposé en peu de mots : sous chaque nom de lieu, le lecteur trouvera l'indication sommaire, mais précise, des monuments de toutes dasses de l'antiquité, du moyen âge, de la Renaissance et des temps postérieurs, qui s'y trouvent aujourd'hui, ou dont il existe des traces, soit dans les livres, soit dans les estampes. L'ouvrage au ta
(') [Cesinslraciîoiu «rédigées par M. Chabouillet , éuient jointes aune drcolaire da 3o mars 1 85g; le spéâmen, dû à M. Roaenjweig, archiviste du Morbihan, accompagnait celle da lo décembre soivanft.]
donc la forme d un dictionnaire ; mais les noms de lieux ne seront pas rangés dans Tordre alphabétique pour toute la France ; ils seront groupés par départements, et classés, dans chaque département, suivant Tordre administratif. On a reconnu que ce système offrait plusieurs avantages : il permet de £aiire paraître Touvrage par fescicules comprenant un département ; il réunit les monuments dune même région; enfin, et cest là son principal mérite, il facilitera le concours, indispensable à une pareille œuvre, des correspondants du Ministère et des savants qui composent les Sociétés académiques des provinces.
Il est à peine utile d*ajouter qu*il ne peut être question d'énumérer tous les monuments deTantiquité qui se rencontreront dans chacune des localités; il est évident qu'on ne mentionnera que ceux qui mériteront d'être signalés , soit sous le rapport historique, soit sous celui de fart. On ne fera pas Thistoire, même abrégée, des localités; il suffira de dire à quelle époque présumée remonte Tendroit nommé; puis, après l'indication du nom an* tique, viendrait une. description des monuments et objets d'art très brève, mais cependant assez précise pour que le lecteur puisse savoir facilement tout ce que la France renferme ou a renfermé jadis de richesses archéologiques. La concision de chacun des articles n'ira pas jusqu'à faire négliger les renseignements importants; ainsi, toutes les fois que la chose sera possible, Tâge des monuments sera indiqué; mais on comprend que les rédacteurs ne pourront consigner dans leur travail que le résultat de leurs recherches, sans jamais le grossir de dissertations.
Chacun des articles sera terminé par des citations bibliographiques, c'est-à-dire qu'on y donnera Tindication des ouvrages dans lesquels ces monuments seraient décrits in extenso et surtout figurés. Les notes bibliographiques seront accompagnées, toutes les fois que cela semblera nécessaire, d'une appréciation de Tautorité des livres cités. A Tégard des livres rares, ainsi que des manuscrits ou chartes, il serait utile d'ajouter la désignation des dépôts publics ou particuliers dans lesquels ils se trouveraient aujourd'hui. On n'omettrait pas, toutes les fois que faire se pourrait, la désignation des tableaux, des estampes et même des lithographies offrant des représentations fidèles des monuments existants ou disparus.
La collection topographique du département des estampes à la Bibliothèque impériale sera consultée utilement. On y trouve des estampes et même des dessins de monuments qu'on chercherait vainement ailleurs.
La rédaction doit être exempte de toute recherche littéraire; il s'agit de dresser une table des matières méthodique et raisonnée des antiquités de h France. La clarté, la simplicité et la concision, telles sont les qualités qui doivent faire remarquer le style d un tel ouvrage.
On suivra f ordre chronologique, c'est-à-dire qu'on commencera, sous chaque nom de lieu, par les monuments de Tépoquc celtique; la seconde division comprendra ceux de l'époque romaine, et la troisième ceux du moyen âge et temps postérieurs.
li est di£Eicile de déterminer Tépoque à laquelle finissent ce que nous appelons la Renaissance et temps postérieurs; toutefois, la Commission a pensé qu'en général il conviendrait de s'arrêter au règne de Henri IV. A partir de cette époque, on ne mentionnerait plus que les monuments et ciuîosités de haute importance. Les collaborateurs de l'ouvrage, correspondants ou membres des Sociétés savantes , sauront bien faire un choix , de plus en plus sévère, à mesure qu'on se rapprochera de l'époque contemporaîne.
Les monuments ou objets d'art célèbres et déjà décrits dans des ouvrages dignes de confiance pourront et devront occuper tnoins d'espace que d'autres qui, peut-être moins importants, seraient pour la première fois signalés à lattention publique; ainsi, telle chapelle ignorée, telle église de village, négligée jusqu'à ce jour, devra être décrite avec plus de détails que telle cathédrale sur laquelle il existe des ouvrages auxquels on peut renvoyer le lecteur. On joint ici une nomenclature des principaux objets à décrire ou à mentionner, sous chacun des noms de lieux. Les collaborateurs ajouteront nécessairement bien des articles à cette liste qu*on n'a dressée que pour faire mieux comprendre le plan de l'ouvrage.
Époque celtique.
Dolmen.
Fontaines consacrées par d'antiques su
Menhirs.
perstitions.
Pierres levées.
Cimetières, tumulus» tombes.
AligiiemeDls.
Armes.
Mardelles.
Epoque romaine.
Voies.
Forlifications.
Bornes milliaires.
Camps.
Murs,
Ponts.
ni.
IHmiiSMt ■ATIMIAI>B.
Arcs.
Aqueducs.
Théâtres.
Amphithéâtres.
Cirques.
Temples.
Palais.
Tombes.
Edifices privés.
Statues.
Bas-reliefs.
Ustensiles.
Ornements.
Inscriptions.
n n*y aura pas lieu de donner ie texte des inscriptions; il suffira de signaler leur présence et de renvoyer aa recueil qui va être publié par ordre dn Ministre de l'instruction publique et des cultes.
Moyen âge, Renaissance et temps postérieurs.
Murs.
Remparts.
Ponts.
Aqueducs.
Edifices religieux, civils et militaires, c'est-à-dire :
Eglises.
Abbayes.
Cloîtres.
Chapelles.
Hôpitaux.
Hôtds de ville.
Châteaux.
Palais.
Maisons.
Hôtels.
Colombiers.
Moulins.
Bornes limitatives, surtout celles portant des inscriptions ou armoiries.
Fourches patibulaires.
Croix de carrefour ou de cimetière, etc. Objets d'art et de mobilier, c'esl-à-dire : Statues.
Bas-reliefs.
Châsses.
Reliquaires.
Croix.
Calices.
Chandeliers.
Bénitiers.
Vitraux.
Bijoux.
Étoffes et tapisseries.
Peintures.
Armes.
Médailles et monnaies , etc.
Les musées, bibliothèques et archives départementales, communales et hospitalières doivent être mentionnés; les catalogues de ces divers établissements, soit imprimés, soit manuscrits, signalés. On citerait les objets les plus remarquables dans chacun de ces établissements, toujours avec indication des ouvrages où ils seraient décrits et représentés. On dirait par quelle série d'objets tel ou tel musée, telles ou telles bibliothèques ou archives se distinguent des autres. On mentionnerait même les collections particidières, lorsqu elles renfermeraient des objets trouvés dans la localité ou
se rapportant à Thistoire locale. Les collections de sceaux, monnaies, médailles et jetons seraient mentionnées; on pourrait même citer les grandes raretés, mais surtout on indiquerait les ouvrages où ces précieux vestiges des âges écoulés seraient décrits et figurés. On citerait également, sous chaque nom de lieu, quand faire se pourrait , la collection de la France ou de Tétranger où se trouveraient réunis im ou plusieurs objets de cette classe ou de toute autre se rapportant à la localité. Ainsi , à larticle Saint-Ouen , de Rouen, je suppose, on dirait que le sceau en argent de cette abbaye est conservé à . . . , dans le musée ou dans les archives, etc., etc.
L'ouvrage sera complété par deux tables alphabétiques qui seront préparées au fur et à mesure de Tachèvement de chacun des fascicules. La première comprendra les noms de toutes les localités citées et qu*on ne pourrait trouver promptement sans cet auxiliaire, puisque les noms de lieux ne seront pas raogés suivant Tordre alphabétique dans le Répertoire.
La seconde table comprendra les choses, c'est-à-dire les monuments et objets de tous genres mientionnés dans l'ouvrage. Cette seconde table sera à la fois alphabétique, méthodique et raisonnée. Que Ton prenne par exemple le mot autel; il devrait être ainsi rédigé à la table:
Autel romain. Voyez Marseille, Nîmes, etc.
— du xu" siècle. Voyez Lyon, Sens, Reims, etc.
— du xvi* siècle. Voyez Brou, Orléans, etc.
— etc. , etc
Que Ton suive rigoureusement ce système pour tout le vocabulaire de l'archéologie, et cette table, à elle seule, formera l'inventaire complet des antiquités de la France.
La liste de tous les collaborateurs, avec l'indication de la part de chacun d'eux dans le travail, terminera l'ouvrage. Ce sera le dénombrement de l'élite intellectuelle et scientifique de nos provinces au moment présent, après le recensement des richesses de leur passé. La publication de cette liste apportera au Répertoire l'autorité si nécessaire à une pareille entreprise, en montrant réunies dans cette œuvre patriotique, comme en un faisceau, les forces vives de l'érudition de toutes les contrées de la France.