‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 137 sur 196 · DESCRIPTION GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉOLOGIQUE

Uétude de la constitution géologique du sol de la France a été entreprise depuis un grand nombre d'années. Sous la direction de M. Brochant de Villiers, deux savants ingénieurs des mines, MM. Dufrënoy et Éiie de Beaumont, ont exécuté une carte géologique générale, qui est destinée spécialement à faire connaître les grandes divisions que présentent les masses minérales constituant le sol de notre pays. Ce travail, commencé en 182 S et terminé en 18/10, constitue un magnifique monument scientifique, en même temps qu'il est une source féconde de renseignements utiles. On conçoit cependant que, dans les explorations quontdû faire les ingénieurs chargés de l'exécution de la carte géologique de la France, il leur était impossible de visiter en détail tous les cantons, toutes les localités dont se compose le territoire du pays. Ces recherches auraient détourné leur attention de l'objet principal, qui consistait à juger les masses minérales avec exacti* tude et à bien caractériser les terrains.

Pour compléter la description géologique de la France, il devenait donc n écessaire de rattacher à la carte générale les cartes géologiques des dépar* tements , ces dernières ayant pour but direct d'indiquer les limites des subdivisions des divers terrains, leurs contours, leurs accidents locaux, les

^*) [Ces instmcti ont , rédigées par une commission composée de MM. Belle, Chatin, Delambre, Hébert, Pasteur, Serret et G. Ville, étaient jointes à une circulaire adressée, le i*'juin 1860, aux correspondants et aux présidents des Sociétés savantes.]

variations que présentent les roches qui s*y trouvent, et de faire connaître enfin Tétendue et la position de toutes les substances minérales dont Tindustrie et lagriculture peuvent retirer quelque utilité.

L exécution des cartes géologiques départementales fut dès lors entreprise par les soins de ladministration des mines et avec le concours des conseils généraux. Quelques-unes d'entre elles sont aujourd'hui terminées; ces cartes ne sont pas toutes faites à la même échelle; les teintes qui ont été employées pour représenter les divers terrains varient de lune à Tautre, et quelquefois même il est arrivé quune grande formation géologique n*a pas été subdivisée d'après les mêmes principes dans deux départements voisins.

Le Comité, en demandant aux Sociétés savantes une description et une carte géologique de leur département, n'entend nullement exiger les détails que comporte une carte à grande échelle. Il désire seulement arriver h présenter dans un cadre , aussi restreint que possible , à l'aide de travaux exécutés d'après un plan uniforme, exempt des inconvénients qui viennent d'être signalés , un résumé homogène et exact de la constitution géologique de la France.

Le Comité pensé que ce résultat pourra être atteint , si les géologues chargés, dans chaque département, de l'exécution du travail se conforment aux indications qui suivent:

La description géologique d'un département devra être divisée en deux parties.

La première partie sera spécialement destinée à faire connaître tout ce qui se rattache à la surface du département, ses limites, son étendue, sa superficie, le rehef du sol, montagnes, plaines, vallées; les masses d'eau stagnantes ou courantes , de toute nature , qui s'y trouvent ; en un mot , tout ce qui concerne la géographie physique.

Les éléments de cette description devront être coordonnés de manière à montrer leur relation , à mettre en évidence les notions générales qui en réstiltent sur la configuration de la contrée , à faire connaître , par exemple , les formes et la direction des massifs montagneux ou des collines, des bassins ou des vallées,* leur rapport avec les bassins hydrographiques, qui diflerent quelquefois complètement des bassins orographiques , différence qu'on peut prouver par un exemple frappant, en citant la Meuse, qui traverse le plateau montagneux de l'Ardenne perpendiculairement à sa direction et dans une véritable fracture naturelle; il n'y a point de bassin orographique qui corresponde au bassin hydrographique de la Meuse.

La seconde partie sera spécialement consacrée à Fétude de la constitution du sol, c est-à-dire à la description géologique proprement dite.

On commencera par faire connaître d'une manière sommaire les masses minérales qui entrent dans la constitution du soi.

On signalera d abord les roches éraptives, qui seront, en général, en rapport intime avec les centres montagneux, puis les grandes masses calcaires, argileuses ou schisteuses , arénacées , qui doivent à leur disposition en couches le nom de masses stratijvées , à leur origine celui de roches sédîmentaires. On indiquera les zones superficielles occupées parles diverses masses minérales dans le département, leurs rapports avec le relief du sol, leur influence sur le régime des cours d eau qui circulent à leur surface ^^\

Après cet examen préalable, on entrera dans fétude détaillée des masses minérales. On sait que ces masses sont le produit de phénomènes successifs, et appartiennent à de longues périodes. On commencera par les plus anciennes; mais, comme fâge des roches stratifiées se déduit de caractères inhérents à ces roches elles-mêmes , tandis que fâge des roches éruptives dépend des masses stratifiées qu'elles ont traversées , il est naturel de commencer par ces dernières, c esl-à-dire par ies formations sédimentaires, La masse àes formations éraptives, dans un aperçu général, doit marcher en première hgne , p;irce que ces masses minérales ont plus d'influence que les autres sur la configuration extérieure du sol; mais, dans un examen plus approfondi, on voit que cette étude suppose la connaissance des lois de superposition des roches sédimentaires.

G*est en efiet la marche que le Comité propose de suivre dans la description géologique ; on décrira d*abord les roches sédimentaires , depuis les plus anciennes jusqu'aux plus modernes, celles qui sont aujourd'hui envoie de formation , et on terminera par l'étude des massifs éruptifs.

Les masses minérales sont loin de conserver aujourd'hui la position qu'elles présentaient à l'épocpie de leur dépôt; les mouvements du sol, qui sont la conséquence nécessaire du refroidissement séculaire de la masse du globe , autrefois incandescente , y ont produit de nombreuses dislocations ; il en est résulté des fractures à peu près verticales et des fissures plus ou moins profondes, que l'on désigne sous le nom défailles; quelquefois même les eaux, sortant des bassins qu'elles occupaient, ont traversé des contrées

'» Consulter, pour cette perfie, un excdlent travail de M. Bdgrand sur rarrondissement d'Aval! on (Yonne).

étendues , en produisant sur leur parcours des dénudations plus ou moins considérables; la description de tous ces accidents devra faire Tobjet d*une étude spéciale.

Les sources superficielles et les eaux minérales, dont Torigine est toujours en rapport avec les accidents que le sol présente , devront être également soumises à une étude très approfondie.

Les opérations agronomiques s exercent directement sur la terre arable ou la terre végétale, qui est ce qu*on appelle proprement le sol d une contrée; mais il ne faut pas confondre le sol avec le sous-soi , qui est la masse du terrain recouvert par la terre végétale.

Or le sol et le sous-sol ont entre eux de nombreux rapports , et le soussol influe souvent très puissamment sur la nature de la terre végétale et sur tout ce qui 3 y passe. C'est par suite de cette circonstance que beaucoup de contrées, telles que la Beauce, la Sologne, la Champagne Pouilleuse, etc., ont reçu, des populations qui les habitent, des dénominations indépendantes des divisions politiques. Elles forment des divisions naturelles par lensemble de leurs rapports physiques ainsi que par l'analogie de leurs productions.

Mais la nature du sol n influe pas seulement sur la production agricole, elle réagit souvent dune manière encore plus profonde sur les mœiu^, les habitudes et le caractère des populations.

Ces considérations générales trouveront naturellement leur place à la fin de la description géologique du département, et l'exposition des faits qui s'y rapportent sera de. nature à ofinr le plus grand intérêt.

La description géologique de chaque département devra être nécessairement accompagnée dune carte géologique coloriée. Cette carte, exécutée à réchelle de ^^^ , fera connaître les contours des grandes masses minérales , représentées par les teintes qui ont été adoptées par MM. Duirénoy et Élie de Beaumont, pour fexécution de la carte géologique de la France.

Enfin, il sera souvent nécessaire, pour donner une idée nette de la configuration de chaque département, d'établir, à la même échelle de nrsôQ* soit pour la surface entière, soit pour une partie seulement, une carte orographique, dont on trouve un excellent modèle dans celle du Forez et des contrées voisines , que M. Gruner, ingénieur en chef des mines , a jointe au texte de sa description géologique du département de la Loire.

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