‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 164 sur 196 · MONUMENTS RUINÉS, MAIS DEBOUT · texte numérisé non relu

MONUMENTS RUINÉS, MAIS DEBOUT

Le Contté a accueilli une réclamation faite par un de ses correspondants au sujet de-réglise Saint-Thomas, à Beauvais. La révolution de 1793 a défoncé les voûtes, détruit les sculptures, ébranlé les murs de cette église. Cependant, ce qui reste debout est encore considérable et n'est pas sans intérêt. Saint-Thomas est un monument de la transition où le cintre et Togive sont en présence. Les colonnes du portail sont surmontées de chapiteaux délicatement feuillages. Ces mines rasées rapporteraient peu; laissées debout, elles ne gênent personne et sont visitées avec intérêt par les étrangers.

Le Comité a donc réclamé contre l'intention de faire disparaître ces ruines ; il a demandé leur conservation. L'antiquaire, pas plus que le géologue, ne doit dédaigner un débris, parce que ce débris peut le conduire à la connaissance d'un fait important. Et puis d'ailleurs « c'est que les ruines, et les Anglais le comprennent mieux que nous, sont pour beaucoup dans la beauté des paysages.

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k. - MONUMENTS DÉLABRÉS.

Cest là que s'est représentée souvent, presque & chaque séance, la grave question des restaurations. Pour la cathédrale de Laon , pour Sainte-Madeleine de Vézelay, monuments de la plus haute importance et dans un état de délabrement complet; pour Notre-Dame de Mdun, qu'il ne sera peutiétre pas possible de réparer; pour Téglise de SainttGervais; pour la cathédrale de Vienne; pour les ^ises de la Couture au Mans, de Vivoin, de Ghanteoge, qui réclament des réparations urgentes, le Comité a appuyé des demandes de secours faifes par des maires et des préfets, par des prêtres et des antiquaires, et les a renvoyées aux Ministères des cultes et de f intérieur.

Sur la recommandation du Comité-, une subvention a été accordée au département de la Dordogne pour acquérir ie beau cloître de Cadouin et le faire restaurer. — Le secrétaire du Comité a rédigé un rapport qui a été envoyé au Ministère de l'intérieur, pour appeler l'intérêt du Ministre sur l'église et surtout sur les vitraux de Montfort-l'Amaury.

Les restaurations entreprises à Saint-Germain-l'Aux^errois et à Saint4)ems ont été l'objet d'une grave attention. Paris est un modèle que toute la France copie; ce' qui s'y pratique est imité par- les départements». Des restaurations faites à Saint-Germain*rAuxerrois^ et surtout à Saint-Denis, par des architectes de Paris et justement renommés, doivent donc avoir dans l'avenir une immense influence. Le Comité a dû s'en occuper. A cette occasion, il ne saurait trop répéter qu'en fait de restauration le premier et inflexible principe, c'est de rappeler ce qui était et non pas d'innover, quand même on serait poussé par la louable intention de compléter ou d'embellir. Il faut laisser incomplet ou imparfait ifo»t ce qui était dans cet état.

Les architectes ont de la propension à retrancher ou à ajouter dans- les édifices conGés à leurs soins, sous le prétexte de ies restaurer ou de les coiiipléier« On ne doit pas se permettre de corriger même les irrégularités, ni d'aligner les déviations, parce que les déviations bu les manques de symétrie sont des faits historiques pleins d'intérêt, et qui souvent fournissent des curf^ctères archéologiques propres à accuser une époque, une école, une idée symbolique.

Les réflexions nées de la restauration de Saint-Denis ont consacré qu'il ne faut ajouter aux monuments rien d'inutile ni d'étranger; celles qu'a provoquées la restauration de Saint-Germain, qu'il ne faut rien en détruire ni rien en retrancher. Ni adjonctions, ni suppressions, telles sont les doctrines archécdogiques soutenues par le Comité.

En fait de monuments délabrés, il vaut mieux consolider que réparer, mieux réparer que restaurer, mieux restaurer qu'embellir; en aucun cas, il ne faut

âupprimer. Ces .principes ont été .appliqués par Je Comité au sujet d'un sys* tème de restauration proposé pour la cathédrale de Laon et sur lequel on demandait avis. Ce bel édifice est ruineux et dans un délabrement qui fait peine. Le. Comilé, par L'organe de M. du Sommerard.et du secrétaire, insista pour que toutes les restaurations fussent exécutées dans le style du monument; pour que l'on débadigeonnât les jolies clôtures en pierre qui ferment les diapelles latérales et que «l'on oonserv&t à leur, place actuelle toutes les dalles tu«> malaires qui pavent la cathédrale; pour qu'on mit un soin minutieux dans la restauration des vitraux» Le débadigeonnage.généraU et spécialement celui des clôtures qui ferment les chapelles de Notre-Dame de Laon, doit se faire avec une éponge imprégnée d'eau seconde plutôt qu'avec une brosse. Si la brosse est indispensable quelquefois,, il faut ^en aervir avec légèreté; mais jamais il ne faut ôter le badigeon avec la râpe, te ciseau ou la pointe sache, qui altèrent les sculptures en les amaigrissant ou en les écornant, il faut une balustrade pour couronner les tours de Notre-Dame de Laon, parce que ces tours sont constamment rasées par un vent violent qui compromet les visiteurs. Il faudrait emprunter le motif de cette balustrade à la cathédrale de Paris qui est contemporaine de celle de Laon et lui est analogue de construction, et non pas à NotreDame de Reims qui est plus récéate et plus ornée» Il ne faudrait pas prendre ce motif dans la cathédrale de Laon elle-même, à un des étages où il y en a déjà^ parce que la répétition d'une même balustrade à des étages différents est contraire à l'esprit de l'architecture gothique qui varie ses motifs et ne les répète pas d'étage en étage.

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