NUMISMATIQUE
Les monuments numismatiques qu'on découvre sur le sol de la Gaule appartiennent à diverses origines, et peuvent être distingués <en plusieurs classes. On y trouve des médailles grecques, des médailles gauloises et des médailles romaines.
Marseille doit être considéré comme la source et le point de départ de rémission des monnaies grecques dans la Gaule. Les autres villes grecques de la côte ou de f intérieur, telles qu'Antibes (Antipolis), Agde (Agatha), Rhodanusia, Béziers (Beterra), Avignon (Avenio), n étaient que des co-
ionies ou des dépeadances de la métropole phocéenne. Les monnaies à légende grecque de ces villes reproduisent en générai les types et la coupe des médailles marseillaises. Les villes de la côte indiquent le développement delà prospérité commerciale de Marseille; celles de l'intérieur, Taccroissement du territoire que Marseille dut à la faveur des généraux romains, Marins et Pompée, et dont la plus grande extension précéda d*un petit nombre d'années la ruine politique de Marseille. G*est là une opinion que M. le marquis de La Goy a développée avec beaucoup de talent et de vraisemblance dans une récente publication ^^), et qui nous parait devoir être consacrée par la science.
Autrefois on ne connaissait de Marseille que des médailles assez uni* formes de types, et dont presque aucune n'excitait Tintérét par la singularité des représentations et la rareté des exemplaires. Nous devons depuis peu d'années à M. le marquis de La Goy ^^^ la connaissance des plus anciennes monnaies de Marseille, dont les types et la fabrication rappellent l'origine asiatique des Marseillais. Le même savant a publié les médailles grecques de Glanum, aujourd'hui Sain t-Remy; de Gaenicense, peuple dont le territoire est inconnu; de Nîmes, de Sénas, et même des Tricorii, peuple du Dauphiné. La fabrication de ces dernières pièces est postérieure au don que César fit aux Marseillais d'une partie considérable du territoire de la Gaule , et antérieure à la prise de Marseille par le même général.
Toutes ces monnaies , ainsi que celles de Marseille , sont d'argent ou de bronze. On n'en a pas découvert en or jusqu'à ce jour.
Il est difficile de saisir la liaison qui a pu exister entre la numismatique grecque de Marseille et celle des Gaulois proprement dits : et même il est permis de douter que l'exemple des Marseillais ait été fructueux en dehors de l'influence directe de Marseille et des villes qui lui étaient soumises ^^^ Plusieurs siècles après l'établissement des Phocéens sur nos côtes, la conquête de la Macédoine par les Gaulois parait avoir propagé l'usage de la monnaie dans l'intérieur de la Gaule. Les conquérants ayant rapporté dans
(*> Notice sur t attribution de quelques médailles des Gaules, Aix, iSSj, in-4*» p* 3 et suivantes.
^ Description de quelques médaiUes inédites, Aix, i83^, m-4*.
^^ •Les monnaies d^argcnt qaon découvre principalement à Vieille-Toulouse, et au revers desquelles on remarque une espèce de croix avec divers attributs , paraissent plutôt appartenir à la civilisation ibérique qu'à la civilisation gauloise. Feu Tôcbon regardait ces pièces comme inriitées des monnaies d'argent de Rhoda de la Tarragonaise. M. Gbaudruc de Craxanne prépare un travail important sur cette question. >
la mère patrie un nombre prodigieux de doubles statëres en or de Philippe, fils d*Amyntas, le cours de cette monnaie s'établit dans la contrée et donna lieu à rétablissement d ateliers monétaires, dans lesquels on imita dabord grossièrement le type macédonien da lige au reven da buste d'Apollon, mais où le caprice des artistes gaulois introduisit bientôt une foule de variantes plus ou moins bizarres, et quelquefois tellement accumulées qu'on a peine à reconnaître la trace du modèle. Grâce à ces altérations, la diversité des types s établit enfin dans la Gaule; la monnaie d'argent, imitée des deniers consulaires romains, et celle de bronze furent frappées avec infiniment plus de liberté dans le choix des types que la monnaie d'or : les animaux sacrés de la Gaule, les emblèmes caractéristiques des divers peuples y trouvèrent leur place. Au moyen d'un alphabet en usage chez les Gaulois, et où l'on remarque le mélange des lettres grecques et des lettres latines, le nom, tantôt des chefs, tantôt des peuples, souvent de tous les deux ensemble, fut reproduit sur les médailles. On déterminerait difficilement l'époque à laquelle cet usage s'établit chez les Gaulois; mais c'est peu se hasarder que d'en placer f introduction après la réduction de la Gaule Narbonnaise en province romaine, l'an 121 avant Jésus-Christ. La plupart même de ces pièces paraissent avoir été frappées au milieu des circonstances critiques qu'amena l'entreprise de Jules César, et pour subvenir aux besoins de la guerre. On a lu avec certitude sur les médailles les noms d'un assez grand nombre de chefs dont César fait mention dans ses Commentaires, ceux d'Ambiorix, Litavicus, Adcantaanns, Daratias, Tasgetas. On s'est même flatté récemment, mais avec moins de probabilité, d'avoir retrouvé sur une médaille d'or le nom de Vercingetorix. Ces recherches , poursuivies autrefois avec plus de zèle que de lumières , prises récemment d'après des principes plus fixes ^^\ ont encore besoin de se régulariser pour produire tous leurs fruits. La fixation définitive de l'alphabet gaulois, les limites de l'emploi exclusif des caractères grecs , les règles qui ont dû présider aux désinences de mots, et qui doivent conduire à distinguer positivement les noms des peuples de ceux des chefs, quand les légendes ne sont pas mutilées, toutes ces questions réclament l'application d'esprits patients, méthodiques, et plus curieux d'accroître le domaine de la certitude que celui des aperçus sans consistance.
<*) « La Revue de la Namismatiqae française, qui a commencé de paraître à Biois en i836 sous ia direction de MM. Cartier et de la Saussaye, a notablement contribué aux progrès de celle étude.»
Cette étude philologique devra précéder et amener le classement régulier des types, et Tapprëciation des médailles sans légende, qui constituent la grande majorité des monuments numismatiques de la Gaule. On fera d'abord une large part à ce que les antiquaires ont appelé plagia barbaroram , c'est-à-dire à ces pièces qui ne sont qu'une contrefaçon plus ou moins habile , plus ou moins grossière , des monnaies rapportées de la Grèce. Le gisement de ces contrefaçons est extrêmement étendu; il comprend non seulement le territoire de la Gaule, mais encore tout le pays qui .s étend depuis le Rhin jusqu'à la Macédoine, en traversant la Norique, la Pannonie, la Thrace occidentale et llllyrie. Les pièces d*or au type de Philippe sont plus communes en Gaule; les tétradrachmes d'argent, imités des pièces du même prince , extrêmement abondants dans la Hongrie et les contrées plus au sud encore, sont, ou très rares, ou extrêmement grossiers de fabrication sur notre sol. Sans attribuer à des populations d origine gauloise toutes ces contrefaçons, on ne peut s empêcher de constater l'analogie de caractère qu'elles présentent toutes entre elles, et de se rappeler en même temps le long séjour des tribus gauloises à l'ouest et au nord de la Macédoine, séjour qui remonte à plus d'un siècle avant la conquête de ce royaume sur Ptolémée Géraunus (l'an 278 avant J.-G.).
Outre ces pièces d'or et d'argent, les Gaulois employaient, pour les transactions les plus ordinaires, des signes monétaires d'une nature spéciale, et particulièrement des roaelles évidées de bronze ou de potain, dont on retrouve fréquemment la figure parmi les accessoires des philippes d'or contrefaits dans la Gaule, et même de quelques monnaies de Marseille. Ces rouelles paraissent avoir constitué une des monnaies courantes ^^^ les plus anciennement usitées dans la Gaule; les pièces de bronze ou de potain appartiennent sans doute à un âge plus voisin de la conquête romaine; les pièces de potain en particulier sont reproduites par le même procédé que les rouelles , c est«>à-dire coulées ou plutôt soufflées dans un moule. Les pièces de potain ne portent jamais de légende, mais des attributs limités à chacun des peuples qui en faisaient usage. I^e classement des pièces de potain et de bronze sans légendes appartient aux antiquaires dispersés sur le sol de la France ; eux seuls peuvent constater rigoureusement les limites dans lesquelles on trouve principalement et en grande abondance des types
^ iM. F. de Sanlcy a dooné une excdlente notice sur les Rouelles monétaires des Gaulois, dans la Bmme munismatitfue française, 1. 1, p. 1 69-74. ■
identiques , et en inférer lattribution à tel ou tel peuple dont le territoire était contenu dans les mêmes limites. Le même genre de recherches, suivi avec persévérance et bonne foi , peut mettre sur la voie du classement des imitations des philippes, toutes les fois que ces imitations se distinguent par Taddition ou la substitution d'attributs bien déterminés. Les personnes éloignées du centre des études ont, quant au point que nous venons d^indiquer, un avantage signalé sur les antiquaires de la capitale. Les correspondants reconnaîtront à cet égard ce que leur position a de favorable, et ne négligeront pas d*en tirer parti.
MliOÂILLES ET MEDAILLONS GRECS, GAULOIS ET ROMAINS.
Bien que la monnaie romaine en Gaule ait été soumise aux r^ements généraux de Tempire, et que par conséquent il soit presque toujours impossible de distinguer les pièces frappées dans cette province de celles que les ateliers de l'Italie ont produites , il est certains types , tels que celui de Tautel de Lyon, sur les médailles d*Âuguste et de Tibère, qui présentent un intérêt local. Outre cela, on connaît, de Tépoque primitive, des monnaies coloniales de Gavailhon, Nîmes, Vienne, Lyon, et de la ville de Ruscino, qui a donné son nom à la province de Roussillon, et sur les débris de laquelle Perpignan s*est élevé.
Les monnaies de certains empereurs qui nont régné que sur la Gaule, tels qu Albin, Tétricus, Victorin, Marins, Postume, etc., sont évidemment l'œuvre des artistes gaulois. On remarque avec surprise, à Tépoque de Tétricus et de Postume, la grande supériorité des monnaies fabriquées en Gaule sur celles de Valérien , de Gallien et des autres princes qui possédaient alors ritalie.
On distingue les pièces d'or en médaillons et médailles. Les médaillons sont des pièces excédant le module ordinaire, d'un poids supérieur k la monnaie courante, et qui, fabriquées en petit nombre, pour des occasions solennelles, n'ont probablement jamais été mises dans la circulation.
Les médailles d'or du module de ïaareus, et qui plus tard ont servi de modèle au solidas ou soa d'or des empereurs cariovingiens , ont été si multipliées dans notre pays, qu'au commencement de la troisième race elles figuraient encore au nombre des monnaies courantes. Les grands bronzes de fabrique romaine continuent, dans le midi de la France, d'être reçus pour la valeur d'un décime.
Le sol de la Gaule a fourni à diverses reprises des médaillons très remarquables. Ceux qu*on avait découverts à Cherbourg et à Boulogne-sur-Mer avaient surtout fixé Tattention. Il ne reste plus, de ces précieux monuments, quun des médaillons trouvés à Cherbourg.
La tête de Laelianus, Tun des trente tyrans dont la vie a été écrite par Trébellîus Pollion , peut être considérée comme la plus rare de celles qui appartiennent en propre à la Gaule; on distingue ensuite, par ordre de rareté, celles de Marius, de Victorin, de Tétricus le fils, d* Albin, et les beaux revers de Postume représentant les travaux d'Hercule.
On ne doit nullement se régler, pour 1 argent et le bronze, sur les raretés de lor. Telle tête précieuse en or, par exemple celle de Tétricus le père , se rencontre par milliers en argent, ou plutôt en bronze scuicé. En général, on ne doit s'attacher, tant dans l'argent que dans le bronze , qu'aux médailles d'une bonne conservation , à celles dont les légendes et les types sont lisibles : les autres n'offrent ni intérêt, ni valeur.
Pour l'acquisition et le classement des médailles, les collecteurs des départements se règlent avec raison sur le livre de M. Mionnet, intitulé : Da prix et de la rareté des médailles romaines. Mais beaucoup, faute d'avoir lu avec l'attention convenable les observations dont ce livre est précédé, ignorent comment on doit faire usage des descriptions et des évaluations de M. Mionnet. Il faut toujours se rappeler, en prenant ce livre :
1* Que tout revers non décrit par M. Mionnet est commun et, par conséquent, n'augmente pas la valeur attribuée à la tête;
a* Que pour toutes les pièces dont l'évaluation ne s'élève pas au-dessus du taux moyen , cette valeur même ne peut être attribuée qu'aux échantillons dont la conservation est parfaite.
La chance des fouilles peut, il est vrai, donner un revers ou une tête entièrement nouveaux. Mais d'abord ces occasions sont infiniment rares; puis, pour quiconque a quelque peu manié les médailles romaines, les types inconnus présentent quelque chose d'insolite qu'on ne saurait confondre avec les types vulgaires. En cas de doute, on fera bien de ne pas s'en tenir à l'ouvrage de M. Mionnet; et si l'on n'a pas à sa disposition la Doctrine d'Eckhel , on devra consulter les anciennes collections de Tristan , de Vaillant, de Morell, de Banduri, de Beauvais, etc., moins rares dans notre pays.
Il est utile de noter avec soin, dans toutes les découvertes de médailles, m. 8
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même les plus communes, jusquà quelle époque remontent les pièces les plus anciennes, et jusqu'où descendent les plus modernes. Dans toutes les fouilles de monuments antiques, les médailles sont l'indice le plus sûr des limites chronologiques dans lesquelles se sont prolongés fusage et la fréquentation des édiBces.
Les médailles, comme les autres monuments de métal, sont exposées non seulement à être détruites par la fonte , mais encore à être altérées par des nettoyages ou des restaurations malhabiles. On peut tracer à cet égard quelques règles dont l'application ne présente aucun inconvénient.
Les pièces d'or peuvent être soumises à l'action de l'eau-forte ; c*est un moyen sûr d'en enlever le tartre, et de leur rendre leur fraîcheur primitive, sans leur faire subir la moindre détérioration.
L'argent, très souvent altéré dans le sein de la terre par une oxydation profonde, ne supporte alors d'autre mordant que le jus de citron ou une dissolution très étendue d'ammoniaque. Ces substances opèrent lentement, mais à coup sûr.
Tous les acides ou alcalis, même les plus faibles, altèrent le bronze. Pour nettoyer les pièces de ce métal , on n'a d'autre ressource que les agents mécaniques. L'emploi de ces agents réclamant une habileté et une expérience particulières, on recommande à ceux qui découvrent des monuments antiques de s'abstenir complètement de tout nettoyage des bronzes.
Les patines ordinaires, et surtout les patines vertes, les plus communes dans notre pays, n'ont rien à craindre de l'emploi de l'huile. On peut faire usage de ce préservatif quand la surface du monument est ferme et d'un beau poli; on doit s'en abstenir complètement si la patine est friable, ou sujette à l'exfoliation , si un séjour dans un terrain volcanique lui a donné cet aspect bleuâtre et grenu qui est le propre des monuments découverts aux environs du Vésuve.
L'huile siccative, au contraire, doit être immédiatement appliquée aux plombs, qu'elle empêche de se réduire en poussière.
Les vases qui portent une couverte métallique se nettoient convenablement à l'eau-seconde.
La surface des terres cuites offrant souvent des traces d'enduit et de peinture doit être respectée avec le plus grand scrupule.
Nous ne pouvons terminer ce qui concerne les monuments romains sans appeler l'attention sur les découvertes propres à éclaircir l'histoire des
procédés que les anciens ont appliqués aux ouvrages d'art. Caylus a décrit les vestiges d'une fonderie antique (^), trouvés en 1787 au revers de la colline de Montmartre; Grivaud de la Vincelle a fait connaître l'existence de fours à potier découverts dans les jardins du palais du Luxembourg, et consacrés à la fabrication de vases gallo-romains ^^^ Les débris d'ateliers monétaires et les coins qu on y rencontre parfois , les moules en terre cuite qui ont servi dans les camps à couler des deniers romains sous les règnes de Septime Sévère et de ses fils» ne doivent pas moins fixer l'attention; rien ne saurait être minutieux dans l'étude et la description des usines antiques.
(') Recneil d^antiipdtés , t. II, p. 390, et t« III, p. dgs-SgS.
t^) Antiquités gauloises et romaines recueillies dans les jardins du palais du sénat. Paris, 1807» in-4*, et atlas in-foi.
ARCHITECTURE DU MOYEN kGE^'\