‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 35 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. — MONUMENTS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — MONUMENTS RELIGIEUX

STYLE LATL^.

PHEMIBRB PÉmOOE. DEPUIS LES PREMIERS SIECLES DU CHRISTIANISME

iUSQU*AU XI* SIECLE ^*K

EPOQUE MénOVINGIEINNE.

Lorsque sur le sol des Gaules les Romains construisaient la plupart des monuments religieux, civils et militaires décrits dans les instructions précédentes , une religion nouvelle s'élevait à côté du paganisme , qu elle devait renverser un jour. Poursuivis de toutes parts au nom des empereurs et de leurs préfets, les premiers apôtres chrétiens ne purent songer à construire. Aussi les persécutions qui ensevelirent les premières cérémonies religieuses dans les catacombes de Rome et de Tltalie en général produisirent-elles des eflets analogues dans les Gaules ; plus d*un évêque assembla les fidèles dans des réduits souterrains formés par la nature ou produits par une industrie antérieure. Ces lieux obscurs et isolés ne purent offrir aux pompes religieuses une étendue qui leur permit de se développer; à peine trouvait-on dans ces cryptes la place d'un autel et celle que devaient occuper quelques fidèles. Aucun style d'architecture ne décorait encore ces étroits

^') Cet instmctions ont été rédigées par MM. Anguste Leprévost, Albert Lenoir et Mërimëe. (* • Voir le Cosrj ^antiquités ehriûmnes de M. de Caamont. »

sanctuaires; de faibles essais de peinture y retraçaient d une manière barbare ie Christ et sa mère, les images des apôtres et des premiers martyrs.

Il est peu de villes anciennes qui n aient gardé le souvenir des persécutions, et qui ne renferment quelque saint lieu consacré par le sang des chrétiens. Lorsque ces souterrains présenteront seulement des excavations pratiquées dans la roche et n auront aucune trace de maçonnerie , MM. les correspondants en relèveront le plan avec soin à la boussole, en indiquant les divers niveaux du terrain , en examinant si dans les niches ou refouilleménts des parois , des bancs étendus ou des sièges isolés n ont pas été pratiqués dans le massif. Si quelques traces de sculpture ou de peinture, d'inscription et d ornement, sont conservées sur les parties travaillées de la montagne, on les étudiera avec soin; on recherchera les issues bouchées par des blocs de pierre, qui pourraient conduire à quelque catacombe, ossuaire ou charnier, pratiqué dans un caveau contigii. On devra chercher sur le sol remplacement que pouvait occuper i autel, soit qu'il ait été conservé dans la roche, soit qu'on Tait placé après le travail d'excavation.

Si la crypte se .développe au point de former plusieurs nefs, on indiquera sur le plan la direction de ces nefs, leur orientation, les chapelles qui s'y rattachent, les moyens employés pour leur donner de la lumière. On pourra trouver des traces du bassin destiné au baptême par immersion , et les rigoles pour y conduire les eaux et les détourner après la cérémonie. Les traditions populaires attachées à ces premiers monuments du christianisme doivent accompagner les dessins et les notes explicatives de l'état des lieux. Si des travaux de maçonnerie se présentent dans ces voûtes souterraines, on y reconnaîtra la fabrication antique à la présence des briques alternées. dans du moellon piqué avec soin et bien appareillé.

Lorsque la persécution présenta moins de rigueur, on osa construire quelques enceintes sacrées devant ces grottes converties en sanctuaires. Ces constructions, le plus souvent exécutées à la hâte, et sans les ressources de l'art de bâtir, présenteront plus d'une observation utile à consigner. On y pourra reconnaître plusieurs époques dans la maçonnerie, souvent refaite .en partie, ou modifiée dans ses formes générales.

Les apôtres et les martyrs, soumis k la loi qui fit placer les cimetières hors des villes romaines, furent ensevelis d'abord loin de l'enceinte, dans le lieu des sépultures communes ; un tombeau leur fut consacré ; il devint un point de réunion pour les fidèles. Sur ces monuments ou mémoires s'éle-

vaient des chapelles de peu d^étendue ; la sépulture conservée sous l'autel y prit le nom de mariyriam ou confession. GesX donc à quelque distance des anciennes enceintes de villes que MM. les correspondants doivent diriger leurs recherches pour trouver les fondations pieuses de Tégh'se primitive. L affluence du peuple fit bientôt augmenter la superficie des premiers édifices; auprès d*eux s*élevèrent des chapelles secondaires, qui formèrent un ensemble où Ton doit reconnaître forigine des basiliques, des abbayes et de leurs dépendances.

Du jour où Constantin permit au christianisme de sortir des catacombes, les temples s'élevèrent sur toute l'étendue de l'empire, une ère nouvelle s'ouvrit pour les arts, et l'architecture religieuse prit naissance. Mais l'antiquité exerça d'abord une grande influence sur les travaux des premiers chrétiens.

Cet art se divisa bientôt en deux rameaux bien distincts : le premier, quoû peut appeler style latin, fut adopté par l'Église latine, se développa grandement dans Rome, et se répandit dans le nord de l'Italie, dans les provinces illyriennes, l'Allemagne, les Gaules et l'Espagne, enfin dans tout l'empire d'Occident. Basé sur les principes sages de la construction antique , il fut adopté par les Goths, les Vandales, les Lombards, dans toutes les provinces soumises par ces peuples barbares. L'knitation presque servilc des détails de l'architecture romaine caractérise cette première période. L'autre style primitif, formé de même d'éléments romains, et transplanté à Constantinople, y prit 90us le ciel de l'Orient une physionomie particulière, qui lui valut le nom d'architecture byzantine; introduit en France par des relations fréquentes avec Byzance, ce style, riche en inventions nouvelles, ne fut chez nous qu'une importation.

Après les dévastations dont la France fut le théâtre pendant les vm"* et IX* siècles, on dut songer à réparer les pertes causées par la guerre. Les basiliques latines étaient incendiées, mais on n'avait pas oublié leurs dispositions premières, consacrées par les usages et favorables aux cérémonies; on reproduisit donc le plan latin. Quant aux chapiteaux, aux entablements transmis par l'antiquité à l'architecture latine, ils avaient disparu pour la plupart; dans les provinces méridionales de nombreux monuments païens servirent encore de modèles , mais partout ailleurs il fallut créer ou s'inspirer de formes étrangères.

C'est alors que les chapiteaux cubiques créés en Orient, les moulures profondément dessinées à l'instar de celles des Grecs, les coupoles et les

pendentifs inventés à Byzance vinrent se lier aux dispositions latines pour former un style mixte , nommé architecture romane.

Affranchis des règles de l'antiquité , les artistes chrétiens se livrèrent alors à toutes les combinaisons de Tart de bâtir; ils élevèrent les voûtes des temples à une hauteur prodigieuse, inventèrent des nervures pour les rendre durables, des contreforts et des arcs-boutants pour les soutenir, et lorsque Togive, plus élancée que le plein cintre, plus vigoureuse par la combinaison de ses claveaux, vint s*associer aux inventions antérieures, on vit naître un quatrième système, nommé style ogival ou gothique, développement de tout ce qui Tavait précédé, dernière période de lart chrétien.

Ces différentes phases de larchitecture seront développées dans les instructions suivantes jusqu'à Tépoque de la Renaissance, que caractérise le retour aux formes consacrées par lantiquité.

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