‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 59 sur 196 · PLATES-PORUES , TOITS , ETC · texte numérisé non relu

PLATES-PORUES , TOITS , ETC

Ainsi qu'on t'a vu précédemment, les tours étaient les parties de la fortification qui contribuaient le plus efficacement à la défense d'une forteresse. Leur sommet devait donc recevoir un certain nombre d'hommes, ainsi que des machines et des provisions de pierres et d'autres projectiles. Aussi les tours étaient-elles couvertes par des terrasses, soit voûtées, soit soutenues par une forte charpente. Malgré le danger du feu, beaucoup de tours n'avaient que des plates-formes en bois.

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(StUl-Gilûi. Voir Dm C»p : IhiAnui.)

Les tours furent quelquefois couvertes de toits coniques, les uns portés sur le sommet des créneaux, les autres disposés en arrière, de manière & laisser un passage libre autour du parapet.

Fig. 68.

Toun du dittetu de Nogent-le-Rotrou.

Tour du palait d« Jnitica, k Pirif.

Ailleurs, une galerie circulaire, percée de nombreuses fenêtres, tenait lieu de plate-forme, et, comme dans les exemples précédents, la tour était surmontée par un toit conique.

Au reste, nous avons lieu de croire que ces toits coniques sont rarement des dispositions originelles, et nous 'pensons qu'on en trouverait difficilement des exemples avant le xv* siècle.

Sur le sommet des tours, et parfois sur les courtines, notamment aux angles saillants d'une enceinte, on trouve souvent de petites guérites en pierre, destinées à abriter les sentinelles chargées d'observer les mouvements de l'ennemi par des ouvertures perches de tous les côtés. On appelle échauguettes ces petites constructions , ordinairement de forme ronde, et terminées par une calotte revêtue de dalles.

Flg. 70. — Tour de Semor.

Fig. 71. — ÉchspgoeUe.

Il faut se garder de les confondre, soit ayec les lanternons qui surmontent les cages d'escaliers, et qui ont pour but d'empêcher la pluie de tomber

Fig. 71. — LaDlgmon an-dEunt d'un eKtlier, [Tour SÙDt-HÏGhel, à SatinKir.]

dans l'intérieur, soit avec les toareUes, placées aux angles des tours, et remplissant à l'égard de ces dernières le même office que celles-ci rendent aux murailles de l'enceinte. (Voir les figures 3& et 27.) D'ordinaire, les écbauguettes avancent en encorbellement hors du rempart, afin de permettre aux sentinelles d'en voir le pied.

Enfin, sur les plates-formes des tours, et surtout sur la tour la plus élevée, celle qu'on appelait la guette, il y avait une cloche, que l'on sonnait en cas d'alarme. Souvent la cloche était remplacée par un cornet ou oliphant , peutêtre aussi par un porte-voix avec lequel on annonçait la présence de l'ennemi.

•J. CODHTINBS.

On appelle courtine la partie du rempart comprise entre deux tours.

Les courtines sont les portions de l'enceinte où se rencontrent en moindre nombre les moyens de défense , le voisinage des tours suffisant pour les protéger. Au sommet un passage étroit, ou chemin de ronde, permet de circuler le long des remparts, et communique à des escaliers ou même à des plans inclinés qui conduisent dans la cour intérieure. (Voirie paragraphe 6.)

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Fig. ^3. — Courtine ia chStuu de Beancùre.

Quelquefois , mais rarement , c'est une espèce de galerie couverte qui sert de chemin de ronde; très-souvent on ne voit aucun vestige de passage, soit qu'il n'y en ait jamab existé , soit qu'il ait consisté en un échafaudage en chai^ pente. La difficulté qu'oQrait l'attaque des courtines explique d'ailleurs Teipèce de négligence qu'on a mise à les fortifier. Il est extrêmement rare de trouver un parapet au chemin de ronde du calé qui regarde l'intérieur de la

pièce, et cependant ce chemin de ronde est en général si étroit, que l'on a peine à comprendre comment les soldats qui le b<Hxlaient pouvaient faire usage de leurs armes; toute chute devait être martre. On en doit oondinre que des échafaudages temporaires remédiaient à cet inconvénient pendant les sièges.

On a remarqué sans doute que la base de certaines courtines, de même que cdle de quelques tours, formait nn plan incliné. Le but de cette disposition parait avoir été d'augmenter la force des murs sur le point oii l'on pouvait les saper, et en outre de faire ricocher avec force les projectiles que l'on jetait par les mâchicoulis. (Voir les figures 36, Sy et Sg.)

On voit, dit-on. dans les murs de quelques courtines, des arcades figurées à l'extérieur, qili, suivant un antiquaire anglais, n'auraient eu d'autre destination que de donner le change à l'assiégeant. Ces arcades devaient simuler à ses yeux d'anciennes ouvertures récemment bouchées , et lui faire penser naturellement que, sur ce point, la résistance de Ip maçonnere serait moindre'". De la sorte on prétendait l'engager à diriger ses attaques précisément du côté où 11 devait Irouver les plus grands obstacles. Nous signalons à nos correspondants cette observation, que nous n'avons point été à même de vérifier, et qui peut conduire à la découverte d'autres faits du même genre.

On ne peut guère établir de régie constante pour l'espacement qu'il convenait de donner [aux tours les unes par rapport aux autres, seulement il

"> No l'agirait-il pu, en effet dancenDcs brèches bonebéetîOn en voitiiD exemple m doDjoa

Fig. 74 — AoTieDiie bricbe au cbltetn de Chaangnj.

de CLaango) [Vieone). L« brèche Taile pu- le canon a éti bouchée avec de* brique* diipotéea en ■réte de poiiaoai

parait que, dans l'opinioD des ancïeDs ingénieurs, leur rapprochement ajoutait à ia force d'une place. Le moine de Marmoutier, pour donner une idée d'un château imprenable, et dont il attribue la constructioa à Jules- César, décric des tours tellement rapprochées, qu'entre elles il y avait à peine la longueur d'une pique. Enfin Richard Cœur-de-Lion composa le donjon de IGhâleau-Gaillard de segments de cercle presque tangents l'un à l'autre. C'est une muraille bosselée, ainsi que la nomme ir^s heureusement M. DeviUe dans son excellente monographie sur cette forteresse.

ilnCbâleau-Gaiilaxi.

En résumé, on multipliait les lours sur les poinis présumés faibles, tandis que la muraille d'enceinte passait pour une défense suffisante là où la. nature offrait è l'ennemi des obstacles matériels qui rendaient ses attaques peu probables. En pays de plaine, nous avons remarqué plus d'une fois que les tours sont assez près les unes des autres pour que les soldais placés dans deux tours voisines pussent lancer leurs traîls sur toute la courtine intermédiaire. On peut évaluer cette dislance à trente mètres environ, ce qui est à peu près la portée d'une flèche ou celle d'une pierre lancée à la main d'un lieu é\evé '". A mesure que les armes de jet se perfectionnèrent, l'espacement des tours devint plus considérable; en sorte qu'on pouirait tirer de cet espacement quelques inductions sur l'âge d'une forteresse; mais nous nous empressons de déclarer ici que les renseignements de cette espèce ne doivent être admis qu'avec une grande réserve.

Nous avons dit plus haut que la hauteurdes tours variait à l'infini. Tantôt, en effet, elles dépassent à peine les remparts qu'elles flanquent; et c'est le

''> (Ne loogiiM Mt «lia abilia (turrii) «agilte mUtione.* (Tilr., I, &.J

cas fort souvent pour celles qui sont placées le loi^ d'uae courtine en ligne droite et d'une certaine étendue. Tant6t elles s'tièvent à une liauteur considérable, et c'est surtout aux angles saillants d'une enceinte qu'on leur donne le plus d'élévation. On peut dire, en général, que, la hauteur d'une tour donnant de la force aux ouvrages voisins, on a muni de la sorte les parties de l'enceinte qui paraissaient les plus «xposées ou les plus faibles.

Lorsque les tours sont plus hautes que le rempart qui les Uc les unes aux autres, ia communication entre les différentes parties de l'enceinte a lieu, soit par un passage couvert ou découvert qui contourne la tour et continue le chemin de ronde, soit au travers des chambres des tours, dont le plancher est alors à la hauteur du chemin de ronde qui règne le long des courtines. Ce n'est point, au reste, une règle absolue; car quelquefois cette communication n'exisle point, et, pour passer d'une tour à une autre, il faut descendre dans la cour intérieure, où viennent aboutir tous les escaliers. Le motif de cette disposition a été, sans doute, d'isoler les tours et d'en faire comme autant de' forteresses indépendantes.

Les escaliers qui conduisent aux remparts sont ordinairement placés à

Fig. 76. — RemparU d'Aigue*-Mort«>.

rintérieur des tours<". Us sont faciles à défendre étant fort étroits, et fermés

'*' iltioen liai interioribafputibiutaniDtn caDtignatt.oeqneea ferro Gu. Hostïs enim liqnam partem muii oecopaveril , ()airept)gnabanl,re9dndBDt, et >i ceteriler adminiilraverint hod patieatnr rdiqnu parlai tarrinm murique hoctem pouctrare, niii le voluerit prj«|Htare.>(/i(r.,[. 5.)

par des portes basses et solides, en sorte que rassaillant, maître d*iine tour ou d'une partie des courtines , eût encore beaucoup de difficultés pour déboucher dans Fintérieur de la place.

On observe encore, mais plus rarement, les escaliers appliqués contre les courtines. Nous doutons que Ton trouve des exemples de cette dernière disposition avant le xrv* siècle.

La plupart des escaliers des tours sont en spirale , d'où leur vint leur de vis au moyen âge. Rarement deux personnes de front y monteraient facilement. Quelquefois Tescalier ne conduit pas jusqu'à l'étage supérieur, destiné généralement à servir de logement à un personnage de marque. On n*y accédait qu'au moyen d'une échelle , qui se retirait dans la chambre supérieure. Nous retrouverons ces dispositions de défense intérieure reproduites avec un surcroit de prudence dans les donjons.

On a vu que les tours servaient de logements et de magasins. Dans les constructions exécutées avec soin , et , si Ton peut s'exprimer ainsi , avec luxe, les étages sont voûtés; mais les planchers en bois étaient d'un usage beau^ coup plus fréquent. Tantôt les poutres qui les soutiennent s'appuient sur des corbeaux saillants à l'intérieur, tantôt elles s'engagent dans des cavités ménagées à cet effet dans la maçonnerie. (Voir, pour compléter cet article, le paragraphe i o.)

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