‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 75 sur 196 · PEINTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE

La décoration peinte des chrétiens orientaux commence par la mosaïque, du moins quant aux monuments qui nous en restent; les basiliques primitives nous la montrent d'abord étendue sur le sol, comme Texécutaieut les anciens; les compartiments les plus variés, les tons les mieux harmonisés, s'y enlacent dans tous les sens ; des feuillages , des oiseaux , des animaux , y complètent l'ensemble ; passant de là aux parois des murailles , elle orne d'arabesques les tympans et les intrados des arcades, les murs de pignons et les trumeaux de fenêtres, la voûte et les courbes de l'abside. Les basiliques de Bethléem et de Salonique, réunissant leurs fragments de peinture en mosaïque, compléteraient une décoration, et donneraient les idées les plus exactes sur les grandes églises de la première période chrétienne.

Le règne de Constantin, qui produisit les temples circulaires , point de départ de l'architecture byzantine, nous montre la mosaïque couvrant les coupoles; l'église de Saint-Georges, à Salonique, possède la plus remarquable par son style et sa décoration : dans douze petits temples arabesques, oflrant, par leur disposition et l'art qui y a présidé, la plus grande analogie

avec les peintures décoratives de Pompéi, sont figurés douze saints rappeiaut chacun, par les inscriptions qui l'accompagnent, Tun des mois de l'année. Le sanctuaire, les chapelles groupées autour du temple, sont ornés de mosaïques du meilleur style.

Cet édifice remarquable, reproduit avec soin dans tous ses détails encore inédits, permettrait de reconstituer par le dessin le Saint-Sépulcre de Jérusalem, Fég^ise de TÂscension et autres temples circulaires de la première époque chrétienne, et dont les descriptions coïncident sous plus d'un rapport avec lui.

La période justinienne nous montre la mosaïque perdant le style archaïque conservé par Constantin, pour devenir entièrement chrétienne et byzantine. L'ornementation renouvelle ses formes, les figures quittent la toge pour le manteau couvert de broderies circulaires, de peries et de pierreries, comme les diptyques et les peintures sur Vélin nous les représentent.

Dans les édifices dun ordre secondaire, construits loin de la capitale, la peinture murale remplace la mosaïque; l'ornementation due au pinceau s'étend sur les moulures simplifiées par larchitecte : elle couvre de ses détails délicats les pilastres, les épaisseurs d'arcades, les panneaux qui séparent les sujets religieux; dans les soubassements elle imite les marbres, que les ressources restreintes des villes de province n'ont pas permis d'employer en nature. Quant aux tableaux sacrés, toujours composés avec gravité et disposés avec goût pour l'ensemble delà décoration, ils sont exécutés avec une simplicité qui s'harmonise parfaitement avec les lignes et les effets de l'architecture.

Les couvents du mont Âthos, des Météores et de la Grèce, les églises d'Athènes et de Salamine, la basilique de Bethléem, le Saint-Sépulcre à Jérusalem, le baptistère de Trébizonde et quelques églises de l'Asie Mineure sont les principaux édifices où se peut suivre l'histoire de la peinture en Orient, depuis une époque ancienne jusqu'à nos jours, les Grecs modernes étant encore dans la voie tracée aux premiers siècles byzantins.

Indépendamment de la peinture religieuse qu'ils exécutaient sur les parois des églises ou dans les manuscrits à l'usage du clergé et des fidèles, les Byzantins peignaient des sujets historiques , des portraits de souverains ou de personnages secondaires; plusieurs exemples se voient en Orient sur des murs d'édifices, et les manuscrits offirent plus d'un sujet profane et de la vie privée, plus d'une allégorie ingénieuse ; dans ces peintures on remarque m. 38

souvent des restes de Tart antique^ Au xi' siècle, les peintures des manu* scrits grecs se rapprochent assez du style de ceux de TOccident, aux costumes et à rornementation près, qui gardent encore la physionomie originale de rOrient. L'intérieur des monuments civils devait être décoré d'arabesques et des autres genres d'ornementation fournis par le pinceau.

La peinture sur bois, si commune de nos jours en Orient, et dont les procédés sont encore ceux du moyen âge, indépendamment du style byzantin qui s'y est maintenu, doit avoir son origine dans les siècles antérieurs.

L'Orient montre aussi quelques traces de peintures murales et autres dues h l'influence de l'Occident, à l'époque des croisades et du prolongement de notre puissance après cette période; on en voit un exemple à Rhodes, dans la crypte de l'église ruinée de Notre-Dame de PhUerme : des chevaliers de l'ordre y sont peints sur les muraiiles.

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