SCIENCES
SCIBNGBS M ATBillAI^QOZS.
La géométrie, Yariikmétitiue et Yalgilre reçurent au moyen âge, en Orient, des développements inconnus des anciens. Les Arabes contribuèrent beau-
IHPUatttI MTIMAtl.
coup à ces progrès des sciences mathématiques. Les chiffres dont Tinvention leur est attribuée parurent dès ie yni* siècle; on voit eh Orient quelques inscriplioDS portant des dates antérieures à Tépoque à laquelle on en fit usage chez nous; Athènes en présente sur la façade d'une chapelle voisine du Gatfaolicon. Les équations algébriques du second degré furent trouvées en Orient vers le même temps.
L'astronomie, la gnomonique, étaient étudiées à Gonstantinople. Dès le v* siède, des tables horaires forent établies dans cette ville pour toutes les régions de l'empire; on en a trouvé jusqu'en Egypte.
Vhydraalique , ainsi qu'on l'a vu précédemment par Texamen des aqueducs , des fontaines , des bains , fot plus développée chez les Byzantins que par le passé , puisque ces constructions spéciales présentent en Orient des dispositions iuconnues^de lantiquité. Les vastes citernes de Gonstantinople, les aqueducs de Pyrgos, les sou-terazis ou balances d'eau des Arabes, en sont des exemples.
La stéréotomie fut indispensable aux constructeurs byzantins pour élever leurs vastes édifices en pierre, les pendentifs compliqués et hardis qui supportent les coupoles , puis les voûtes de tout genre , types caractéristiques de leur architecture. On peut donc espérer qu'un examen approfondi des procédés employés par eux dans la coupe des pierres mettra sur la voie, et de la partie de la géométrie descriptive qu'ils devaient aux traditions antiques , et des développements qu'ils lui donnèrent , pour résoudre les problèmes de stéréotomie que suggéra leur art nouveau. Les Arabes et les Turcs peuvent aussi , à cet égard, étendre nos connaissances.
La statique et la mécanique apparaissent comme des sciences avancées dès les premiers siècles chrétiens en Orient. Les bas-reliefs qui décorent le piédestal de l'obélisque de Gonstantinople montrent la machine qui servit à dresser ce monolithe. Le fondateur de cette ville fit venir de Rome l'immense colonne de porphyre encore en place de nos jours; lui, ses successeurs et particulièrement Justinien firent transporter d'Italie , d'Afrique et de toutes les parties de l'empire, dans la nouvelle capitale, d'innombrables colonnes monolithes qui ne purent être dressées que par de puissants moyens mécaniques.
SGIENCBS NATURELLES.
Comme les sciences mathématiques, celles qui oot pour but Tapplication des ressources fournies par la nature vinrent en aide aux arts et à Tindustrie. La minéralogie apprit iemploi qu*on pouvait faire des matériaux de tout genre à exploiter pour construire et décorer les édifices; la pierre « le marbre, les matières dures, sortirent des nombreuses carrières de TAsie, de l'Afrique et de la Grèce. Cette dernière contrée donna les marbres de- Proconèse, dans la Propontide, de Carystos, en Eubée, pour tailler les colonnes des temples; le Pentélique et Paros fournirent les marbres statuaires; bien que Constantin et ses successeurs dépouillassent les monuments antiques pour en appliquer les débris à leurs vastes constructions , on ne peut admettre que parmi les innombrables colonnes qui décoraient les deux étages de portiques de l'Augusteum et de la place de Constantin , les deux pabis de Tempereur, les thermes et autres édifices publics dont fut décorée la nouvelle capitale, il n y en eût pas qui fussent taillées exprès dans les carrières abondantes encore et dont l'Orient était si riche. Nos marbres d'Aquitaine, exploités sous les Mérovingiens, donnent la preuve de travaux analogues, et à la même époque.
Lorsqu'on songe â tout ce qu'il fallut de marbre pour couronner ces colonnes d'entablements complets, de chapiteaux, de statues, et le tout dans un style qui n'était plus celui des époques dassiques, on ne peut douter que l'exploitation des carrières antiques n ait été poursuivie jusqu'alors avec activité.
La même science minéralogique apprit à connaître l'utilité dans les arts des matières colorantes que renferme la terre : de là sortit la palette des peintres, à laquelle il faut joindre les substances végétales. Les anciens nous oot laissé des peintures et des descriptions assez abondantes pour apprendre qu'ils rendaient tous les efiets avec les couleurs en leur possession. Les Byzantins suivirent la même voie, et, plus heureux à leur égard qu'à celui de l'antiquité, nous connaissons par le livre de Pansélinos, le Guide de la peiniare, ouvrage ancien augmenté sans interruption par les moines de l'Athos, comment on préparait au moyen âge la plupart des substances qui formaient la palette. Le moine Théophile étend les notions dans le premier livre de son Essai sur les arts»
La chimie eut une grande part dans ces préparations de matières diverses,
dans la composition des encollages, des vernis et de Tassiette à dorer; elle en avait une grande aussi dans le mélange des chaux, des sables et autres matières dont on formait les ciments, les mortiers, les enduits, destinés soit à relier entre eux les matériaux de construction, soit à préparer la place réservée aux décorations du peintre. Pansélinos donne aussi plus d un renseignement à ce sujet. Il serait utile d'étudier les procédés qu'employaient les peintres byzantins, et dont les artbtes grecs font encore usage, pour dorer 'Certaines parties des vêtements de leurs personnages peints sur bois; le métal y prend plusieurs tons et y est appliqué de manière à produire des effets riches et variés, qu'il nous serait précieux d*imiter dans la décoration de nos églises du moyen âge, que nous commençons à couvrir de sujets et dornements dans le style ancien. On pourrait examiner aussi par quels moyens les miniaturistes orientaux, en appliquant Tor sur le parchemin, évitaient de produire, comme on le faisait en Occident, des reliefs épais, souvent nubibles pour fermer le volume, tant Tempâtement placé dessous était considérable.
La métallargie tint une place importante dans Tindustrie antique : Lemnos et les autres îles voisines de la Thrace, TËubée, l'Attique, et plus d'une contrée de l'empire oriental, ofiBraient de vastes exploitations de métaux divers, qui prirent toutes les formes que IW put imaginer. Cette industrie importante a dû laisser des traces de ses travaux , et les premiers siècles chrétiens, durant lesquels se développa pins près de nous l'ancien luxe de l'Asie, ne purent se passer de ses exploitations. Il est difficile d'admettre que les innombrables vases d'or et d'argent dont Constantin enrichit les églises, ainsi que nous l'apprend Anastase , que les meubles considérables en même matière que Justinien fit exécuter pour décorer les nefs et le sanctuaire de l'église de Sainte-Sophie, ne furent pas dus, en partie au moins, à des exploi-
tations métallurgiques contemporaines. Quant aux procédés employés au moyen flge pour fondre et travailler les jtnétaux , nous trouvons dans le troisième livre du moine Théophile de nombreux détails , dont plus d'un , sans doute , était dû à des traditions ou à des traités perdus aujourd'hui , et qui étaient Tceuvre des siècles antérieurs.
Aux travaux métallurgiques appliqués à la confection d'objets précieux se joignirent ceux qui étaient relatifs au cuivre et au fer, d'un usage beaucoup plus commun , et exigeant la construction d'usines. De nombreuses découveiies nous ont fait connaître, en Occident, des fonderies antiques; l'Orient
ne pourrait-il en produire de même pour les premiers siècles chrétiens? A cette question se rattachent la serrurerie byzantine et la serrurerie arabe, qui nous sont inconnues, et qui cependant durent être assez riches pour que des restes aient été conservés sur pluli d'un ancien édifice.
Poiu* plus de détails sur Tarchitecture chrétienne en Orient, consulter : i"" Le Mémoire de M. C. Texier sur les églises de Salonique, Bulletin orchéologûjae^ IV' volume, 5* numéro, i848;
2'' Le premier volume des Annales archéologùiaes , rédigées par M. Didron ,
y Le Rapport de M. L. Batissier à M. le Ministre de Tinstruction publique sur les églises de la Syrie et de Rhodes ;
&* Le Rapport de M. de Mas-Latrie à M. le Ministre de Tinstruction publique sur ille de Chypre;
5"* La première partie des Instractions sur ï architecture monastique, par A. Lenoir, i85a.