‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents)Chapitre 1 sur 155 · GENERAL LIBRARY · texte numérisé non relu

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sciences positives, qui est le caractère distinctif de notre siècle, a dit avec beaucoup de raison M. Gabriel Monod, correspond, dans le domaine que nous appelons littéraire ^ le développement de l'histoire, qui a pour but de soumettre à une connaissance scientifique et même à des lois scientifiques toutes les manifestations de Tètre humain. Les créations originales de Tesprit sont devenues de moins en moins nombreuses, la contemplation purement esthétique des œuvres intellectuelles a été de plus en plus négligée pour faire place à des recherches historiques. Histoire des langues, histoire des littératures, histoire des institutions, histoire des philosophies, histoire des reUgions, toutes les études qui ont rhomme et les phénomènes de Tesprit humain pour objet ont pris un caractère historique. Notre siècle est le siècle de l'histoire W. .»

Ceci revient à dire que la méthode historique , qui n'est autre , en définitive, que la méthode d'observation à travers le temps, doit s'appliquer à toutes les sciences et peut leur servir de lien à toutes. Cette vérité théorique a eu dans la pratique du Comité les conséquences les plus fécondes et les plus heureuses. Pour conduire au succès l'œuvre qu'il s'était proposée, M. Guizot avait besoin d'auxiliaires, de collaborateurs. Il n'avait plus à sa disposition, comme au siècle dernier, la grande puissance des corporations savantes, des associations religieuses. Les Bénédictins avaient disparu; comment les remplacer? L'application de la centralisation administrative aux recherches historiques , facilitée par la concentration des archives et des bibliothèques que la Révolution avait opérée , ne pouvait manquer de donner d'excellents résultats; mais à une condition, c'est que le zèle individuel secondât faction publique. Or le zèle individuel est toujours insuffisant s'il n'est pas soutenu par une forme quelconque d'association. M. Guizot fut donc très vite amené à chercher le concours qui lui était nécessaire, non seulement auprès des savants isolés qu'il avait rattachés au Ministère de l'instruction publique comme correspondants,

^^) Du progrès des études historiques en France depuis le xvf siècle ^ dans la Revue historique, 1. 1, p. a&>a7.

mais encore auprès des Sociétés savantes qui étaient déjà en nombre fort appréciable et qui depuis, en se multipliant, ont couvert de plus en plus le pays. Les Sociétés savantes répondirent immédiatement à son appel; et, pour donner un but précis, un plan raisonné à leurs efforts, le Comité dut leur accorder sa direction. Dès lors, il ne fut plus uniquement le Comité des travaux historiques, il fut aussi le Comité des sociétés savantes : révolution ou plutôt évolution grosse de conséquences, car, à mesure que les Sociétés savantes ont pris de Textension, à mesure qu'elles ont agrandi le champ de leurs études, passant de l'histoire nationale à Thistoire universelle, et bientôt, sui* vant la remarque de M. G. Monod, faisant tout entrer dans Thistoire ou appliquant l'histoire à tout, à mesure qu'elles se sont élevées et multipliées, le Comité a été entraîné à les suivre, à se développer luimême en proportion de leurs développements. Il n'a fallu qu'un demisiècle pour que cette transformation du Comité des documents inédits de l'histoire de France en Comité des travaux historiques et scienli* fiques s'accomplit tout entière, et pour que la pensée de M. Guizot produisît ses derniers effets.

Il nous a semblé que la meilleure manière de célébrer le cinquan* tenaire du Comité et d'en perpétuer le souvenir était de réunir les documents de son histoire, si courte encore et pourtant si remplie. Nous avons obéi à l'idée même qui a présidé à sa création en publiant, an lieu de cette histoire , à laquelle on ne saurait songer encore , les matériaux qui permettront de la composer un jom*. Assurément ils ne sont pas tous inédits, bien qu'un très grand nombre d'entre eux paraissent au jour pour la première fois; mais nous les avons rap* proches, classés, mis en ordre, disposés de manière à ce qu'ils puissent s'éclairer les xms les autres, à ce qu'il suffise de les parcourir pour avoir tout de suite une idée exacte de ce qu'a été le Comité et de Tœuvre qu'il a accomplie. En un mot, nous avons voulu faire pour lui ce qu'il fait si bien pour la France, rassembler les titres et les monuments de son existence, qui jusque-là étaient restés épars.

Il nous a paru aussi que notre travail serait incomplet si nous

ne remontions pas au delà de i834- Quelle que soit Toriginalité de Tentreprise de M. Guizot, elle a été précédée, avant la Révolution, de tentatives de même genre qui n^ont point été sans mérite, ni sans succès. Nous n'avons pas la prétention de faire connaître chacune d'elles et d'indiquer tout ce qui a pu, depuis la Renaissance, préparer le grand réveil des études historiques dont les cinquante dernières aimées nous ont donné le spectacle. Ce serait vouloir assigner au Comité des origines beaucoup trop anciennes et beaucoup trop peu directes. Nous nous sommes arrêté seulement à la fin du siècle dernier, et à un mouvement de recherches qui a trop de rapports avec celui que M. Guizot devait inaugurer plus tard pour qu'on ne soit pas amené à penser qu'il en a été le prélude et comme l'introduction. On en jugera par les détails qui vont suivre.

Rien de plus modeste que les commencements de l'œuvre dont nous nous proposons de résumer l'histoire. Elle n'a pas débuté , comme celle de M. Guizot, par im admirable programme, assez précis pour empêcher les premiers travailleurs de s'égarer, assez vaste pour pouvoir se développer à l'infini sans changer de caractère. Elle est née sans bruit, sans éclat, au Contrôle général des finances, sous Thabile inspiration d'xm homme qui jouait alors un rôle médiocre , mais qui devait grandir avec elle, au point qu'on pourrait parfois supposer qu'il la regardait comme un moyen personnel de parvenir. Ce jugement trop sévère serait d'ailleurs superficiel. L'avocat Jacob<Nicolas Moreau, auquel revient l'idée première de la création d'une bibliothèque historique, législative et administrative, avait été d'abord conseiller à la Cour des comptes, aides et finances de Provence. Jeune encore, la passion des lettres le fit renoncer à la magistrature et le décida à se rendre à Paris, où il fit imprimer, pour ses essais, une ode sur la bataille de Fontenoy. Ainsi, comme poète, il se sentit tout d'abord porté vers les louanges officielles. Il ne subissait au reste à

aucun degré rentraînement des idées et des passions de son siècle; il n^en partageait pas les opinions et les ardeurs généreuses; et, lorsqu il eut, fort heureusement pour lui et pour nous, renoncé à la poésie afin de se consacrer à la morale, à la législation et à Thistoirc, il se montra Tim des défenseurs les plus acharnés du pouvoir, l'im des adversaires les plus constants des philosophes et des économistes, qui régnaient alors presque sans partage; il les cribla même de traits acérés, qui ne lui furent pas pardonnes par ceux qu^ils atteignaient. «C^esl, écrivait de lui Laharpe dans sa correspondance, c'est un homme d'esprit, mais qui s'en est servi beaucoup plus pour sa for* tune que pour sa réputation , et qui , avec quelque crédit à la Cour, n'a jamais eu de considération dans le monde et encore moins parmi les gens de lettres (^'. ■

Ce jugement est de ceux que l'esprit de parti a dictés et qui méritent» par conséquent, d'être revisés. Il est vrai que Moreau a paru tenir beaucoup plus à son crédit à la Cour qu'à sa « considération V parmi les gens de lettres, dont il ne partageait ni les doctrines, ni surtout les rêves ; mais rien ne prouve qu'il n'ait point obéi en cela aux convictions les plus honorables, et nous allons voir qu'il a fait, de la faveur dont il jouissait auprès du Roi et de ses ministres, le plus utile et le plus patriotique des usages. Écrivain officiel, il a mis sa plume au service du passé dans un temps où tout ce qui avait le don d'écrire travaillait presque uniquement à préparer l'avenir. Il n'avait point le génie d'un novateur, et c'est là une incontestable infériorité. Mais nous ne le jugeons pas ici comme homme politique; ce qui nous intéresse en lui, c'est uniquement l'organisateur d'une grande œuvre scientifique. Il faut reconnaître au surplus que, s'il a été constamment homme de Cour, il ne s'est jamais montré courtisan. Ses nombreux ouvrages, consacrés à la défense du trône et de l'autel, sont en même temps de consciencieux travaux de morale et d'histoire. Le Dauphin, père de Louis XVI, le chargea de rédiger,

^*^ Correspondance littéraire de Laharpe, t. II, p. aSy, a* édition, Paris, Migoeret, i8o4, in-ia.

pour rinstniction de ses enfants, un livre quUI publia, en 1 773 , sous le titre de : Leçons de morale, de politique et de droit public. Ce fut encore pour Louis XVI qu'il composa ses Devoirs (Tan prince réduits à un seul principe, ou discours sur la justice. Ses leçons ne furent point perdues, puisque Louis XVI, roi si faible et si malheureux, n'en eut pas moins les vertus que Moreau lui avait prèchées. 11 eut entre autres la reconnaissance; car, dès son avènement au trône, en récompense des services qu^il avait reçus de Moreau, il rétablit en sa faveur les fonctions d'historiographe de France et les lui confia, le 2 1 août 1774 '^^* Avec Marie-Antoinette , à laquelle il fut attaché comme bibliothécaire , Moreau eut moins de succès. Il avait entrepris de lui tracer tout un cours d'histoire et un plan d'études dans un ouvrage imprimé à son intention. «La bibliothèque de Madame la Dauphine, dit-il au début de cet ouvrage , est devenue mon asile. . . Là viendra quelquefois jouir en repos de ses pensées une princesse dontTàme est élevée, rimagination gaie et le caractère solide (^). » Pour la préparer à cette

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