LETTRE DU GARDE DES SCEAUX \ LA PORTE DU THEIL
A fémer 1783.
M. de Bréquigny, Monsieur, que j'ai chargé de l'édition des Chartes relatives à l'histoire de France^^\ dont la collection se fait sous mes yeux, et dans laquelle doivent entrer celles que vous rassemblez à Rome , vous a demandé pour adjoint à ce travail, m'assurant que vous consentiriez volontiers à l'aider et à suivre après lui l'édition, selon le plan qu'il a tracé et que j'ai approuvé. Cette assurance et la connoissance que j'ai de vos talens et de votre zèle m'ont déterminé à lui accorder sa demande. Je désire donc que vous reveniez le plutôt possible à Paris pour vous y occuper, conjointement avec lui, de ce grand ouvrage, auquel vos recherches actuelles vous ont préparé. Je vous continuerai pour votre traitement personnel les appointemens de i,5oo^, que vous avez touchés jusqu* ici.
Je suis, etc.
MlROMBSHIL.
Vous entendez bien , Monsieur, que si, par quelque motif qui eût rapport aux recherches que vous faites, vous croyiez nécessaire de différer votre retour, je m'en rapporte entièrement à votre prudence.
(CoUection Moreao, ■* 316, fol. io4.)
^) Recueil dont le titre définitif devait être : Diplomata, ckartm, epistolm et alla doeumetUa ad rts frandcas spectantia.
OBSERVATIONS DE BRI^QUIGNY SUR LES DECISIONS PRISES PAR LE COMITÉ DES CHARTES AU SUJET DE LA COLLECTION GÉNÉRALE DES DIPLÔMES ET CHARTES RELATIFS À L'HISTOIRE. DE FRANCE ^^\
3 juillet 178a.
A la dernière assemblée [ 1 9 juin 1 782] il a été arrêté :
1* Qu'on commenceroit le recueil général des chartes concernant Thistoîre de France au règne de Clovis, et quon les rangeroit selon Tordre chronologique ;
2° Quon en excluroit les capitulaires, les loix salique, ripuaire, etc., les autres loix civiles, et les loix ecclésiastiques renfermées dans les canons des conciles.
S"" On a décidé que, jusqu'à Philippe- Auguste , on admettroit les bulles et les brefs des papes, sans exception, lorsque ces pièces seroient relatives à la France, sauf à se restreindre par la suite.
à"* Quant aux formules anciennes qui ne sont que des protocoles d'actes, on a jugé qu'il suflfiroit d'imprimer celles qui seroient utiles pour caractériser les formes et les usages dans les divers siècles de notre monarchie.
5** Par rapport aux lettres missives qui peuvent servir à l'histoire , on a distingué celles des rois, princes et personnages considérables, et celles des simples particuliers. On a distingué aussi celles qui étoient déjà rassemblées dans des recueils, et celles qui étoient éparses dans divers ouvrages. On a pensé que les lettres des rois, princes, etc. , dévoient toutes être imprimées dans notre recueil jusqu'à Philippe-Auguste, en les plaçant chacune à leur date déterminée ou conjecturale. Parmi les lettres des particuliers, on a cru que, soit qu'elles fussent éparses, soit qu'elles fussent recueillies en corps, il faudroit faire choix de celles qui seroient utiles pour notre histoire, et les placer selon l'ordre chronologique, au milieu des chartes et autres pièces.
J'ai l'honneur de proposer quelques observations sur les trois derniers articles, les bulles et brefs, les formules et les lettres des particuliers.
I. Il est à craindre que les bulles et brefs, par leur nombre prodigieux,
(*) Cette pièce a été pabliëe par M. Ghampollion-Figeac, Lettres des rois et reines. Introduction ,
p. XXIII.
ne surchargent une collection dont les chartes et diplômes doivent faire le fond principal ; et ces diverses lettres des papes semblent mériter un recueil particulier, auquel il sufiiroit que cette collection renvoyât. Ce recueil a été commencé, il y a soixante ans, par D. Goûtant ^^^ Depuis ce temps, les savans en désirent la suite. Il y en a deux volumes prêts à paroitre; ils sont à Saint-Germain-des-Prés. D. Labbat seroit en état, non-seulement de publier ces deux volumes, mais de continuer cet important ouvrage. Ce travail est absolument analogue à celui qu'il a déjà fait, en préparant une nouvelle édition des conciles de France : en le chargeant d une pareille collection , ce seroit avancer la nôtre; elle y appartiendroit et seroit imprimée comme en faisant essentiellement partie.
n. Ma seconde observation regarde les formules anciennes. Baluze en a imprimé un recueil à la suite des capitulaJres. M. de Chiniac se propose d*y joindre, dans la nouvelle édition qu*il donne de ces capitulaires, toutes les formules anciennes qu*il pourra rassembler. Cette édition des capitulaires fait aussi une portion essentielle de notre collection : on pourroit donc y renvoyer toutes les formules.
III. Ma dernière remarque concerne les recueils épistolaires, tels que ceux de Fulbert, dTves de Chartres ^^\ etc., qui sont entre les mains de tout le monde. Ne sufiiroit-il pas, dans notre collection, au lieu d*y réimprimer tout au long les lettres que nous pourrions tirer de ces recueib, d'en rapeller seulement les titres à leur date, et de renvoyer aux éditions?
(Collection Moreaa, n* 315, (6i, 129.)
(') Dom Pierre Coustant, bënédictîii de la congrégation de Saint-Maur, né à Gompiègne en i654 « mort à Paris le 18 octobre 1731, avait voulu former une collection des lettres des papes des dooia premiers siècles, avec des observations sur Tautheoticité et la date de chaque pièce. Il n*en publia qu*un volume sous le titre de : Epislolm romanorum pontificum et çius ad eos scriptm snnt, a sancto Clémente ad Innocentium III, qnotquot reperiri potu/enuit, etc., Paris, 1731, in-folio; mais, avec dom Simon Mopinot et dom Ursin Durand , il réunit pour cette publication un nombre fort considérable de documents dont la plus grande partie est conservée en quatorze volumes à la Bibliothèque nationale, sous les n*** 16983-16996 du fonds latin, et une partie est au Vatican.
(*) Les lettres de Fulbert avaient été publiées, en i585, dans la première édition de ses œuvres par Papire Masson; les lettres d*Yves de Chartres furent publiées en i58d» 1610, etc.