R^PONSB DE MOREAU AUX OBSERVATIONS DE BERTIN
id août 1763.
Si Ton vouloit donner au public une notice de toutes les chartes non imprimées, on feroit, j*en conviens, une chose non-seulement inaiile, mais dangereuse.
Si Ton vouloit ajouter une foi entière à toutes les notices particulières que les Bénédictins pourroient nous procurer dans le cours de leurs travaux et de leurs recherches , on courroit risque d'accréditer beaucoup d'erreurs.
Monseigneur ie Controileur général a donc saisi le véritable objet du plan qui lui est proposé, lorsqu'il a dit que 71005 recevrions dans noire dépôt les notices dont la congrégation de Saint-Maar est en possession, oa les copies des titres qu'ils nousfoarniront, mais pour en faire l'usage (ju ils en font, c'est-à-dire un usage particulier et intérieur pour nous et ^quelques savans de nos amis. Ce sont ses propres expressions que je répète.
Cet ami que nous voulons principalement obliger, est ie Gouvernement; il faut travailler à lui procurer successivement des lumières, .et de ce que nous ne pouvons lui donner tout d'un coup des connoissances exactes sur tous les objets qui intéressent la surveillance universelle, il ne s'ensuit pas que nous ne devions pas au moins commencer par celles qui sont le plus k notre portée* Nous avons par rapport à lui un avantage : nous sommes sûrs qu'il saura douter.
Examinons sous ce point de vue le projet conçu et proposé. Est-il possible d'avoir dans un dépôt et sous les yeux du Ministre des copies de toutes
(') En marge: Nota. «Je le regarderois comme important.
c Cet artide seroit un des objets A voir immédiatement après le Bon du Roy. >
les chartes et de tous les titres importans qui sont renfermés dans les différens dépôts du Royaume? Je conviens que rien ne seroit plus utile. Je conviens encore que c'est le but que nous devons nous proposer, sans trop le dire.
Mais je crois : i"" qu'il ne seroit pas prudent d'annoncer cet objet dans toute son étendue, en demandant aux Bénédictins des copies de tous les titres quils découvriront; a^ que le moien le plus sûr d'avoir par la suite toutes ces copies est de paroitre ne demander que des copies de ceux qu'ils jugent pins importans et des notices des antres.
Les Bénédictins travaillent et travaillent pour le public : pour cela, ils amassent une quantité prodigieuse de matériaux. Commençons par nous en saisir, puisqu'ils nous les offrent; ce ne sont ni les idées ni les systèmes de tels ou tels religieux que nous receuillerons, ce sontles pièces sur lesquelles ils ont bâti leur système, et cela pour les juger nous même. Nous ne bâtirona point, mais d'un côté nous aurons de quoi b.âtir un jour et, en attendant, de quoi apprécier et même de quoi démolir tous ces édifices que Ton élève contre le Gouvernement.
Les religieux qui nous aideront ne se douteront point de notre objet. Ils croiront ne travailler que pour Touvrage que chacun aura sur le métier. Or voici comment ils opéreront. Tel Bénédictin qui fait, par exemple, l'histoire de l'Anjou et de la Touraine, se transporte dans les dépôts où il croit trouver des pièces nécessaires à son travail. Il copie pour son but un très-grand nombre de titres. Il y en a d'autres dont il ne prend que des extraits et des notices. C'est déjà beaucoup; mais, encouragé par le Gouvernement, il fera quelque chose de plus : il copiera même des titres entiers dont il auroit pu se passer, et, au lieu de ne prendre que les notices qui entroient dans son plan, il prendra celles de tout ce qui se trouvera.
Si, en abordant le dépôt, il s'annonçoit comme devant tout copier, outre qu'un tel travail coûteroit des sommes énormes, les propriétaires du dépôt se mettroient bien en garde contre lui; on appréhenderoit des recherches dont on n'appercevroit pas ou même dont on soupçonnoroit l'objet.
Ces notices, il est vrai, peuvent être fautives, mais :
1° Gomme ces religieux sont assés indiOTérens à tous les systèmes d'administration, il y a tout à parier que nous n'aurons à craindre que les erreurs involontaires et non celles qui naissent de la prévention ou même de la mauvaise foi.
a* Cette notice, telle que nous la demanderons, ne peut pas donner lien k beaueoiq) d'écarts; la date d« jour, de Tannée et du lieti , le nom des parties et un mot de l'objet dé Tacte. Ainsi : charte d*un tel jour passée en tel lieu, el par laquelle Guillaume de ... . donne tel fonds .... à telle abboiye pour le repos da son âme. Voilà, atec une indication exacte du dépôt et de la place qu'elle y occupe, totit ce qu*il nous faut. Si les Bénédictins en iMttent davantage, nous écartonâ tous leurs raisonnemetis pour ne conserver que le substance du titre, et nous nous réserverons de la juger nous même.
3"" Et cecy me parott répondre à tout; nom ne regarderons jamais les notices qui nous seront envolées que comme des indications de titres, qui nous mettront en état de \ei avoir quand il nôts plaira.
J'ai dit qu*èn exécutant notre plan , nous parviendrions beaucoup plus st\rement à remplir Tobjet que Monseigneiu* le ControUeur générai se propose.
En efîél , d*un côté , nous aurons déjà toutes les copies entières des titres qu'ils auront receuillis; dom Housseau seul en offre dès à présent ii,900. O^un autre côté, munis de tous les extraits, indications, notices, qui nous seront envoyées, nous serons k portée de juger de Fimportance de tous ces actes et nous saurons où ils sont; il nous sera donc fiaicile et très-facile de houï procurer des copies exactes de tous ceux qui nous paroîtront mériter quelquattention.
Par là noils nous prooiiretons beaucoup plus que nous n'aurons demandé d^abord , mais noui aurions toujours beaucoup fait, si nous nous étions procuré autant de bulletins particuliers qu'il y a de chartes dans les différens dépôts du Royaume , avec une indication du lieu oh les titres existent. Car nous aurions déjà fiiit des routes daoâ un pais immense qu'il s'agit de défricher.
Kn un mot, ce n'est point une notice que nou» demandéns aux Bénédictins , mais des matériaux pour en fiâre une nous tnême » après que nous auix>ns bien examiné, bien comparé, bien jugé tout ce qu'ils nous enverront. Ce travail, on le vott, ne peut ni donner lieu è des disputes, ni étayer des erreui^s.
r II ne sera confié qu'à des gens attachés au Gouvernement et qui tra- \*ailleroDt sous ses yeux. Notre dépôt n'est pas un dépôt puUic et où les opinions puissent venir chercher du secours.
!i° Il n'en sortira wcun ouvrage de bien des années; mais îi conduira un jour à donner une collection d'actes dans le goût du Rymer. Gela ne pourra jamais s'exécuter qu après <]iie le Gouvern^xient aura fait tout examiner» tout revoir, tout peser. La notice que nous composerons ne sera faite que sur les titres dont nous aurons des copies entières, mais elle restera dans le secret jusqu'à ce que le Ministère soit en état de juger de son exactitude et de son utilité.
En attendant, elle ne sera quun indice pour le Gouvernement, à l'aide duquel il povrra ^e procurer des lumières sûres dont il a souvent besoin.
Tout ceci entre dans l'objet que Ton s'est proposé pour l'établissement du dépôt à la tête duquel j'ai l'honneur d'être placé, et dont les motifs sont exposés dans le mémoire au bas duquel le Roy mit son bon en 1769.
Depuis que l'abus de la raison a introduit celui de l'érudition , il n y a point en France de corps ou de compagnie qui n^ait mis en avant une foule de prétentions et qui n'ait disputé pour les soutenir.
Le Gouverjoefuent , qui $oi)y^n( ^e $ait apquel eqtçndre, ijie s'est pas toujours trouvé en état de détruire les sophisn^es par lesquels on a cherché à l'embarasser. L'autorité n'eût peut-être pas cédé, si elle eût connu tous ses titres.
Groit-on, par exemple, qu'il n'eût pas été très*facile de répondre solidement à la pluspart des remonfrances des Parlemens, si le Ministère eût eu sous les yeux les registres des Compagnies et sous ses ordres des gens qui les eussent aussi bien connus cjfàe les magbtrals?
Il en sera de même de toutes les autres questions qui peuvent naitre sur l'administration. Dans ce siècle, où le peuple juge tout et a tant de demi connoissance dont il abuse , il faut opposer aux opinions fausses des vérités utiles et prouvées. Il me semble que l'art de dispenser à propos ces vé* rites et la manière de les accrédifter méritent une partie des soins du Gouvernement.
Je puis me tromper, mais j'ai cru remarquer que ce qui perdoit tout étoit non la connoissance des faits , mais les fausses inductions que l'on en tire; dans toutes les hipodièses, le Gouvernement ne peut que gagner à connoitre les faits même dont on abuse.
Tout ce que je viens d'exposer est le résultat des observations de MM. de Foncemagne et <le Bréquighy. M. de Sainte-Palaye est à la campagne. Ces Messieurs ci'oiont que rien ne peut être plus utile au Ministère des
finances, et même au Ministère en général, que d*avoir dans un lieu sûr, et qui ne^sera accessible quh lui, un indice universel de toutes les chartes et titres du Royaume, et la facilité de se procurer des éclaircissemens sur toutes les questions qui intéressent les différentes parties de l'administration.
Au reste, pour nous procurer un plus grand nombre de copies entières des titres , j*ai changé quelque chose à la réponse que Monseigneur peut faire aux Bénédictins.
Ces Messieurs observent que le P. Général attend impatiemment cette réponse pour prendre les arrangemens nécessaires à l'exécution du plan.
(Collection Moreau, n*!t85, foL 1^6.)
PROJET D'ARRET DU GONSKIL RELATIF À LA PREPARATION D'UN RECUEIL GÉnÉRAL DES CHARTES DU ROYAUME.
Sur ce qui a été représenté au Roi étant dans son Conseil par le Général et les religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur que, depuis plusieurs années, les différons travaux qui ont été entrepris pour procurer à S. M. une notice exacte et générale de toutes les chartes de son Royaume, tant de celles qui ont été déjà imprimées que de celles qui sont encore restées inconnues dans les déposts publics, ne paroissant pas avoir été suivis du succès que Ton auroit pu en attendre, ils ont crû être autorisés par leur zèle à lui offrir des secours dont le genre d*étudc qui a été embrassé par plusieurs de leurs religieux les a mis à portée de reconnoitre futilité et rétendue; qu'en effet les différens ouvrages, soit d'histoire, soit de diplomatique, qui jusqu'ici ont été le fruit des recherches et des veilles desdits religieux , ont été composés sur lexamen d'une foule de monumens qu'ils ont tirés soit des déposts publics qui leur ont été ouverts, soit des chartriers particuliers dont différens seigneurs des gi^andes terres du Royaume ont bien voulu leur donner communication; que non-seulement les matériaux de tous tes Volumes qui ont été le résultat de ces recherches sont entre les mains desdits religieux, mais qu'ils en ont encore un grand nombre qui n'ont pu trouver place dans la composition desdits ouvrages et
qui n^entrent pas moins dans la chaîne des monumens sur lesquels doit être appuie le droit public de la France; mais qu indépendamment de ces richesses acquises, il en est encore une multitude immense qui nont point encore été tirées de la poussière des déposts où elles sont ensevelies, et dont on ne pourroit faire faire le dépouillement par des personnes exprès commises sans des dépenses très-considérables ; que ladite congrégation de Saint-Maur renfermant dans son sein une multitude de sujets consacrés à cette espèce de travail , et auxquels l'honneur de servir S. M. tiendra toujours lieu de récompense, elle peut, en même tems quelle fera continuer les recherches littéraires dont lesdits sujets sont chargés, faire passer à S. M. ou à ceux qu elle voudra bien préposer au travail d'une notice générale de toutes les chartes du Royaume, les notices particulières de toutes celles ou qui sont déjà entre les mains des différens membres de ladite Congrégation , ou qui pourront par la suite être le fruil des études qu'ils continueront avec d'autant plus d'empressement qu'ik les regarderont comme plus importantes pour le service de Sa Majesté; *que, dans un tems où tous les ordres de l'État s'empressent de lui présenter des preuves de leur zèle pour sa gloire et de leur attachement pour sa personne sacrée, lesdits religieux ont crû devoir au moins offrir à S. M. l'hommage et le tribut de leurs travaux et la supplier de vouloir bien les diriger conformément au plan qu'elle trouvera le plus conforme à ses vues , pour le progrès des connoissances utiles à l'administration publique. Requerroient à ces causes les religieux bénédictins de ladite congrégation de Saint-Maur qu'il plust à S. M., en agréant lesdites oftes, leur prescrire les moyens quelle trouvera les plus convenables à leur exécution. Vu ledit exposé des religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, ensemble le compte qui a été rendu à S. M. de tous les travaux commencés par son ordre pour parvenir à la composition d'une notice générale des chartes soit imprimées, soit non imprimées, et les différens mémoires qui ont été mis sons ses yeux pour la perfection d*un projet aussi utile; oui le nipport du s' Bertin, conseiller ordinaire au Conseil royal, Controlleur général des finances, le Roi, étant en son Conseil, a agréé les offres desdits religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, et en conséquence a ordonné et ordonne ce qui suit :
Article premier. Ceux des religieux bénédictins dç la congrégatiop de Saint-Maur qui seront jugés propres par le Qén^ral dç ladite Congrégation
aux travaux littéraires d*histoipe et de diplomatique continueront, sous la protection de S. M. et sous la direction de leurs Supérieurs , les études auxquelles ils se sont consacrés jusqu'ici , et à cet effet ledit Général les distribuera , autant qu il sera possible , dans les différentes maisons de leur ordre les plus à portée des villes où seront établis les déposts publics dans lesqueb ils pouront trouver les connoissances nécessaires à la. partie du travail qu'ils auront embrassée; et ledit Général enverra tous les ans au s"" Controlleur général des finances de S. M. une liste desdits religieux , avec les noms des lieux où ils feront leur demeure et Tétat des travaux qu'ils auront entrepris.
Art. 2. Pour servir de centre à la correspondance générale qui doit unir ces différens travaux et les faire tendre au même but, S. M. a nomme le s"* Jacob-Nicolas Moreau, avocat au Pariement et de ses finances, et le 8' de Bréquigny, de FAcadémie des inscriptions et belles-lettres, qu'elle a préposés au travail et à la rédaction d'une notice générale et raisonnée des chartes du Royaume, et auxquels lesdits religieux bénédictins adresseront les indications, extraits et notices, tant de celles dont ils peuvent déjà avoir connoissance que de celles qu'ils découvriroient par la suite de leurs recherches.
AftT. 3. Ces différentes notices contiendront la date de la charte, le lieu où elle a été donnée, son objet et le nom du dépost où elle se trouve, sauf auxdits s" Moreau et de Bréquigny, lorsque iesdites chartes paroistront plus importantes , ou mériter un examen plus particulier, à en demander et A en faire venir une copie entière.
Art. 4. Les notices qui seront ainsi envoyées, après avoir été inscrites dans le catalogue déjà commencé par le s' de Bréquigny sur les recueils du feu s' Secousse , continués par le s' de Sainte-Palais , seront rangées , suivant leur ordre chronologique, dans une collection générale, dont le dépost sera placé à la bibliothèque des finances en l'hôtel du s' Controlleur général.
Art. 5. Tous ceux qui ont été préposés, sous la direction du Procureur général de S. M. , soit à la garde, soit à la recherche des titres et monumens contenus dans le trésor desdites chartes, enverront auxdits s" Moreau et
de Brëquigny un double du résidtat de leurs recherches, pour être les no tices qui en résulteront placées dans ladite collection générale et réunies audit dépost; et seront également tenus de leur laisser prendre Bes'bopies de celles desdités chartes dont il sera nécosfsaire de fiilrd an examen plus détaillé et plus critique.
Art. 6. Et afin que toutes les .di£Gérentes parties d*un travail qui ne doit avoir quun but et un objet puissent s*aider mutuellement, il sera tous les mois tenu , en la bibliothèque de finances de S. M. , une conférence à laquelle assisteront les s" de Sainte^Palaye, de l'Académie françoise et des inscriptions et belles-lettres, de Foncemagne, des mêmes Académies, de Villevaux, maître des requestes et nommé par S. M. pour former la collection des ordonnances du .Royaume, Mor^.au, avocat des finances , de Bréquigny, de TAcadémie dps inscriptions et belles^lettres , Bouciquet, Goquel^y de Ghauss^pierre^^VC'^hert^^Vei Bon wiy^^^ commis à la «garde du trésor, d^s chartes du .Palais à Paris; danfi Jaquelle conférenoe seront revues et vérifiées les diOTérentes notices qui auront été recueillies dans intervalle de chaque conférence, soit par les envois qui ;$e feront des diiTérentes^ provinces , soit par Içs recherches qui se fejcont au Trésor des chartes à Paris.
Art. 7. Lesdits s" Moreau et de Bréquigny rendront compte tous les
mois au s' ControUeiu* général des finances de S. M. des progrès et des ac-
croissemens de la collection générale desdites notices, et Tétat qui en sera
. par eux dressé sera par ledit s' Gontrolleur général mis sous les yeux de
»Sa Majesté.
Art. 8. Les friiîs et déboursés que lesdits religieux bénédictins auront été obligés de faire potfr parvenir aux recherches qu'exige leiu* travail leur seront payés en vfertu d'ordonnanbcs^ expédiées sur les mémoires qui serbnt
(*) Charles-Georges 'Coqueley de Chaussepierre, ne à Parisien lyii/lnort'daiis la même ville ea irygt»:, oodnu ptèta^Coéé'Ltmu XV^ puUié^^n la^Tol. ifr-ia^ Pons, n 768 et ;aA*ëes suimita; littér^teuc, acteurméfoie, ceoBeur royal, e(c.
^*^ Joseph-Balthasar Gibert, né k Aix le 17 février 1711, mort le la novembre 1771, membre de rAoadétniè des inïcriptionft , auteur de plusieurs dissertations sur f histoire juive et égyptienne et'detrafauxisurriiiitâiitedttFitiDSè. 1
(') Pierre-Nicolas Booafay, né à Louyres le i]^ Janvier .i6|94,.motot à. Raiis le Sj^ûUet, 177Q, bibliothécaire et historiographe de là ville de Paris , membre de TAcadémie des inscriptions, auteur de mémoires sur les antiquités de Paris et Thistoire ancienne de la Gaule.
envoyés audit s' Gontrolleur général par le Général de ladite congrégation de Saint-Maur.
Fait au Conseil du Roi, S. M. y étant, tenu à Versailles ie ^^K
(GoUeetion Monta, n* 285 , loL 116.)
LETTRS DK BKRTIN AUX RELIGIEUX DE LA COlIGRliGATION DE SAINT-MAUR.
3o lepCembre 1763.
J*ay reçu, mes Révérends Pères, la lettre que vous m^aves fait le plaisir de m'écrire, et je Tay communiquée au Roy. Sa Majesté non-seulement a approuvé le plan que votre zèle pour le bien public vous a fait concevoir, mais ma expressément chargé de vous témoigner la satisfaction qu elle aura de le voir exécuter. J'accepte donc en son nom les offres que vous lui faites de faire servir vos travaux à lui procurer une connoissance exacte et détaillée des chartes et des monumens renfermés dans les différens déposts de son Royaume. Je pense, mes Révérends Pères, que, s'il y a en France une société littéraire capable de faciliter l'exécution d*un projet si utile aux progrès de notre droit public , on peut être sûr de la trouver dans une Congrégation qui, uniquement consacrée et à la religion et aux lettres, joint à l'habitude du travail toutes les connoissances qui peuvent le diriger vers le bien public.
0 ne me reste donc qu'à vous expliquer plus particulièrement les vues que S£) Majesté se propose pour hâter le succès de vos travaux.
Il y a dans le Royaume deux sortes de déposts : les uns sont des déposts publics, toujours accessibles aux recherches, et dont la surveillance des offîders royaux qui sont commis à leur garde écarte tout danger et de spoliation et d'altération même ; tels sont les greffes des Pariemens , Chambres des comptes et autres Cours souveraines, ainsi que ceux des jurisdictions royales, bureaux des villes et autres de cette nature; les autres sont, pour ainsi dire, des déposts particuliers, dont la garde n'est confiée qu'au pro* priétaire, et sur lesquels l'Administration, quelqu'attenttve qu'elle soit, ne
(0 Un pnyet d*arr6t analogue, préparé par Bréqoigny, est au folio 168 du même volume»
peut que difficilement porter ses regards; teb sont les chartriers des abbayes, maisons religieuses, églises et même des grandes tenues et sei* gneuries.
Par rapport aux premiers, il doit vous suffire, dans le cours de vos recherches, de procurer à Sa Majesté des notices des différentes chartes ou titres qu ils renferment. Le Roy pourra même demander par la suite à vos religieux, et surtout à ceux que vous jugerez les plus dignes de sa confiance, des éclaircissemens sar Tétat dans lequel se trouvent ce» déposts et sur les soins que peuvent exiger et leur conservation et leur perfection; mais, quant aux titres qu'ils renferment, il suffira que le Roy les connoisse et sache, par la notice que vos religieux lui en donneront, les lumières que Ton en peut tirer.
Quant aux déposts particuliers , comme le Gouvernement doit veiller pour les propriétaires eux-mêmes à la conservation des monumens qui intéressent le droit public, le Roy entend que vous tiriez des copies figurées de toutes les chartes et de tous les actes importans que vous y trouverez. Ces copies, renfermées dans iki dépost, pourront quelque jour suppléer les originaux, dans le cas où ceux-ci seroient perdus, soit par la négligence des propriétaires , soit par la mauvaise foy de ceux auxquels la garde en est confiée, et formeront une collection à la portée des sçavans qui auront besoin de consulter ces titres, qu'ils ne pourroient bien connoistre s ils restoient dispersés dans des déposts particuliers ou si Ton n en avoit qu'une notice.
Gomme le dépost dans lequel seront conservées toutes les richesses que vous nous ferez passer doit être placé sous mes yeux au ControUe général , vous aurez la bonté de recommander à tous ceux qui seront chargés de les recueillir de les adresser sous enveloppe à M. M oreau , avocat des finances, qui leur en accusera la réception , et que je chargeray dVntretenir avec eux toute la correspondance nécessaire à leur travail.
Au surplus, le Roy étant bien aise de connoistre et d'honorer d'une protection particulière ceux de vos religieux qui, distribués dans toutes les maisons de votre ordre, partageront des travaux dont l'État recueillera les fruits, il m'ordonne de vous inviter à m'en envoyer promptement la liste, et il fixera lui-même une somme destinée à payer, sur les mémoires que vous m'adresserez, les frais et déboursés que leiurs recherches auront exigés. Sa Majesté, déjà pleine de bienveillance pour votre Congrégation, vous
verra avec plaisir acquérir de nouveaux droits à sa protection et à ses
bienfaits.
Je suis, etc.
Bertin.
(Collection Morcau, n* 1097, fol. 8.)
LETTRE DU P. GENERAL D£ Ui CONGREGATION DE SAINT-MAUR À MOREAU (^l
lA décembre 1762.
Monsieur, pour satisfaire à ce que vous attendez de moi, jay Thonneur de vous envoier la liste des religieux de notre Congrégation qui doivent
(') Dès le mob tl*octobre, les Bénédictins de la eongrégition de Saiat*Maùr avaient informé Moreau que, prêts à Taider dans son entreprise, ils lui enverraient, quand on la leur demanderait, une liste des religieux propres à y collaborer. Leur lettre est dans la Collection Moreau, n** 1097, ^^^' ^'' Voici la liste de ces religieux, contenue dans le même volume, fol. i3 : *
Dom (Jrsin Durand , au monastère des Blancs-Manteaux , à Paris. Dom Prosper Tassin , au monastère des Blancs-Manteaux , à Paris. Dom Jacques Prédeax , ai abbaye de Saint-Germain, à Paris. Dom Etienne Housseau , à Fabbaye de Saint-Germain , à Paris. Dom Nicolas Grenier, à Tabbaye de Saint-Germain, à Paris. Dom Philippe «Caffiaux, à Tabbaye dj Corbie, près d*Amiens. '" Dom TbooMs 'Pardessus, à l'aBbaye de Gorbie, près d*Âmiens. ,Dom X^aude 'Rousseau, à rat>baye de SaintriUiiçii , -à Reims. Dom Jacques Le Noir, à Tabbaye de Fécamp , en Normandie. Dom Jean Mabeut, à Tabbaye de Fécamp, en Normandie. Dom Claude Blanchard, à Tabbaye delà Couture, au Mans. Dom 'Guillaume Gérou, ài*ahbaye de Saint-Benoit-sur-Loire , près d*Orléafis. Dom Alexis Saiazard, à Tabbaye de Saint-Bénigne, à Dijon. Dom Léonard Fonteneau , à Tabbaye de Saint-Cyprien , à Poitiers. Dom Joseph Col, au prieuré de Saint-Pierré-dè-Mortagne , en Poitou. Dom Guillaume fieaubens, k rabbfiye: de Sainte-^roia, à Bordeaux. Dom Bernard Soubiia, à Tabbaye de Sainte-Croix, à Bordeaux. Dom Henry Dupré, au monastère de la Daurade, à Toulouse.
Les Bénédictins dont les noms suivent paraissent n avoir rien fourni au dépôt des chartes : dom Ursin Durand, né k Tours, proies à Marmoutier, le a 3 février 1701, à Tâge de 19 ans, qui collabora avec dom Martène au Gallia chnsûana: dom Jacques Précieux, uh des c(fllaboFateurs au. tome XI du Recueil des historiens de Frwsce; dom Thomas Pardessus, né te liO/mars 1731 à Sdomme, diocèse de Blois, mort le 18 janvier 1780 à Saint -Germain -des -Prés, collaborateur de dom Carpentier pour la continuation du Glossaire de du Gange; dom Claude Rous^^eau, né à Reims en 1722, mort à Saint-Denis le i** mars 1787, auteur d*un Mémoire t)our la viUe de
concourir au travail de la collection des chartes; je vous prie de la mettre sous les yeux de Monseigneur le ControUeur général.
Ils auront besoin qu'on leur fournisse une espèce de directoire qui leur indique quel doit être lobjet de leur travail et la manière d y procéder.
Il est bon de faire aussi attention qu'ils ne sont point en état de faire les
avances pour les (rais de voyages et de copistes. A l'égard du compte qu'ils
doivent rendre de leur dépense pom* ces sortes de frais , il est à propos de statuer
que c'est à vous immédiatement, et non à moi, qu'ils seront tenus de l'envoier.
De bonnes raisons m'engagent de vous prier de suivre cet arrangement.
J'ay i'honneur, etc.
Fr. J. Delrub,
jGénéral de la congrégation de Saint-Maur.
(Collection Morean, n* 1097, fol. 12.)
LETTRE DE BRléQUIGNT À BERTIN ^^K
i5 décembre 1763.
Monseigneur, en conformité des ordres que vous m'avez donnés, j'ai l'honneur de vous envoyer le projet de l'instruction circulaire qui doit être adressée aux Bénédictins chargés de faire la recherche des chartes. Si vous trouvez, Monseigneur, que j'aye rempli vos vues, je vous supplie de me renvoyer ce projet avec une apostille qui atteste votre approbation, afin que je sois autorisé à en remettre des copies au P. Général des Bénédictins, pour être distribuées à ses religieux. J'ai déjà commencé à faire copier plusieurs chartes qui m'ont été communiquées par deux Bénédictins de Saint-Germain-des-Prez. Je ne négligerai rien pour presser mon travail, avec le zèle que m'inspire le désir de justifier la confiance dont vous m'honorez.
Je suis, etc.
De BuigoieNT.
(CoOectionBrëqiiigny.n* 157, fol. a 18.)
Reims contre le chapitre (s. 1. n. d.); dom Gmllaume Baubens, né à Ifarmande vers 170$, qui s'occupa de Thistoire de la Guyenne; dom Jean Maheut, né au Yray, diocèse de Séez, vers 1717; dom Bernard Soubira , né à Garcassonne vers 1 7^0 ; dom Jean-Glaude Blancbard , né à Séei vers 1737; dom Henri-Gabrid Dupré, né à Péxenas Vers iiySa.
^'^ Gette lettre a été publiée par M. Cbampollion-Figeac , Lettres des rois et reines, Intxoduction , p. nr.