LETTRE DES RELIGIEUX DE LA CONGREGATION DE SAINT-MAUR
À bertin'^'.
37 juUIet 1763.
Monseigneur, les travaux auxquels se sont livi*és les religieux bénédic-
^^) Suivant rexpression du savant Administrateur de la Bibliothèque nationale, Theureuse influence des Bénédictins de la congrégation dé Saint-Maur sur les études liiatoriques et littéraires a produit cdaus le domaine de Térudition des résultats qui commanderont toujours une respectueuse admiration.» M. Delisie a signalé, analysé et apprécié leurs travaux dans plusieurs de ses publications, notamment dans l'introduction de son Catalogne des actes de Philippe- Auguste (p. xuvi- \un); dans son Cabinet des manascrits (t l, p. 559-565; t II, p. 59-74); dans sa Notice sur des collections manuscrites de la Bibliothèque nationale, publiée dans la BibUothèque de t Ecole des chartes (t. XXX II, p. 237-ago), et dans la préface du Monasticon gallicanum , parue en 1877. ^^^ notices biographiques ont été consacrées aux écrivains de la congrégation de Saint-Maur par dom Pez, dom Bouillart, dom Le Cerf, dom Ziegelbaucr, dom Tassin, dom François, et, plus récemment, par M. Ulysse Robert, qui a publié un Supplément à l'Histoire Uttérairê de la congrégation de Saint'Maar (Paris, Picard, 1881, in-4"). M. Ulysse Robert y fait figurer les Bénédictins omb par sesvdevanciers*.
(*} Cette letti'e a été imprimée à la suite du mémoire de Moreau intitulé : Plan des travaux Zic* téraires ordonnés par Sa Majesté pour la recherche, la collection et Vemploi des monumens de this^ toire et du droit public de la monarchie française , p. i-vi.
tins de la congrégation de Saint-Maur leur ont acquis des richesses littéraires dont, comme citoyens, ils sont comptables au Roy. Cette dette. Monseigneur, nous a inspiré un projet dont i exécution, simple et facile, peut procurer et des secours importans au Ministère qui vous est confié, et des lumières sûres au droit public du Royaume.
Il est certain. Monseigneur, que, le droit public n étant appuyé que sur des faits anciens, tout ce qui peut conduire à le connoitre avec plus d'exactitude doit être prélicux au Gouvernement. De là le projet conçu tant de fois, et dont Texécution a été commencée par tant de Ministres, de former une notice fidèle et générale de toutes les chartes qui sont dispersées dans les déposts publics, dont la pluspart, loin d'avoir été dépouillés, nont pas même encore été abordés par la curiosité.
Deux obstacles ont jusqu icy retardé une collection aussi nécessaire : i °d'un côté, le peu d'accord et de correspondance qu'il y a eu entre les personnes qui ont été chargées par dilTérens Ministres d'une partie de ce travail; 1*^ Fénormité des dépenses qu'cxigeroit un dépouillement général de tous les déposts, s'il étoit fait par des gens envoyés exprès et payés pour cet ouvrage.
Feu M. Secousse avoit ébauché la notice des chartes imprimées, et quelques sçavans ont travaillé après lui. Ou a également commencé le dépouillement des pièces qui sont dans le Trésor des chartes au Palais ^^\ Mais quand il seroit possible de conduire promptement ce travail à sa fin , il n'embrasseroit qu'une très-petite partie du plan général que l'on peut se proposer, i"" Les chartes imprimées ne sont peut-être pas le quart de toutes celles qui sont ensevelies dans la poussière des déposts. a° Le Trésor des chartes du Palais n est pas le seul qu'il soit nécessaire de dépouiller; chaque province a les siens, et plusieurs grandes terres ou abbayes ont encore des chartriers qui renferment les titres les plus importans.
Il est donc certain, Monseigneur, que, pour suppléer les secours qui manquent aux sçavans qui peuvent s'occuper de cet objet, il paroitroit nécessaire d*a voir recours à une société littéraire répandue par tout le Royaume, et qui ne demandât point d'autre prix de ses travaux que l'honneur de les entreprendre et l'avantage de les conduire à leur perfection.
Nous nous flattons que la congrégation de Saint-Maur peut être cette
^') Ce dépouillement avait été commencé en 1703.
sociëtc. Elle a dans son sein une fouie de religieux accoutumés à débrouiller le cahos des titres; plusieurs, actuellement occupés à la composition de différentes histoires de provinces, ont déjà dépouillé un grand nombre de déposts publics et y ont puisé les lumières nécessaires à leur travail. Ils ont entre les mains et les matériaux de tous les ouvrages qu ils ont déjà donnés au public et sur Thistoire et sur la diplomatique, et tous ceux qui leur sont nécessaires pour leurs études actuelles.
Indépendamment de ce premier avantage, Monseigneur, nous sommes en état de distribuer des religieux sçavans et laborieux dans toutes les maisons de notre ordre, soit dans les villes, soit à portée des grandes seigneuries et des monastères où se trouvent des déposts de chartes et de monumens, et par là nous pouvons couvrir toute la France de travailleurs qui ne coûteront au Roy que quelques frais de voyages et de copistes, et qui auront presque sous la main toutes les richesses dont il est important pour Sa Majesté d acquérir une connoissance exacte.
Il ne s*agit donc, Monseigneur, que de faire agréer au Roy Toffre que nous lui faisons avec joye d'envoyer, dans un dépost que vous voudrez bien nous indiquer, des notices exactes de toutes les chartes que nous connoissons déjà et que nous découvrirons par la suite.
Par là. Monseigneur, la notice générale que vos prédécesseurs ont souvent projettée, acquérera dans peu d'années toute la perfection dont elle est susceptible, et le Gouvernement aura toujours sous la main, et dans Tordre quil voudra luy donner lui-même, une table universelle de tous les titres et de tous les monumens, avec l'extrait de ce qu'ils contiennent et l'indication du dépost qui les renferme.
C'est ainsi. Monseigneur, que la congrégation de Saint-Maur payera à Sa Majesté le tribut de ses travaux et luy prouvera autant qu'il est en elle son attachement pour sa personne sacrée et son zèle pour la gloire de son règne.
Nous sommes, etc.
Le Général et les Assistans de ta congrégation de Saint-Maur,
Fr. Joseph Dblr0b, Génénd.
Fr. Jean Le FEBVfiE , assistant. Fr. J. N. Chrbstibn , assistant.
( Collection Morean , n* 985 , fol. i o5 .)
HÉMOIBE DE MOREAU SUR LA FORMATION D'UN DJEPÔT GENERAL DBS CHARTES <*).
13 août 176a.
Rien n'est plus important pour les progrès du droit public de la France quune connoissance exacte de toutes les chartes du Royaume imprimées et non imprimées.
Bien des Ministres ont projette d'en former une notice complette; aucun na pu avancer ce travail.
Deux obstacles s'y sont opposés :
i"* Le peu d'accord et de correspondance entre les différentes personnes qui en ont été chargées ;
a"" L'immensité du travail, la multitude des dépôts qu'il faut dépouiller pour se procurer les matériaux de ce travail, l'énormité des frais qu'il y faudroit employer.
Les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, par la lettre qu'ils ont écrite à M. le Çontroileur général et qu'ils le supplient de mettre sous les yeux du Roi, se proposent de faire cesser ces deux obstacles.
Il est inutile de répéter ici les offres qu'elle renferme et le plan que ces religieux proposent; enjoindra à ce mémoire une copie de cette lettre.
Si Sa Majesté juge à propos d'ordonner à M. le GontroUeur général d'accepter ces ofires, il est certain que d'ici à quelques années les Ministres aiuront sous la main et dans un très-bel ordre , non-seulement des copies d'une très-grande multitude de chartes anciennes et dispersées dans des dépôts particuliers , mais une table exacte et même une notice de toutes celles qui, renfermées dans des dépôts publics et royaux, demeurent incon*nues à ceux qui pourroient en faire l'usage le plus utile et le plus raisonable.
Il ne s'agit donc que de mettre sous les yeux de Sa Majesté le plan que l'on se propose de suivre d'après les offres des Bénédictins.
La congrégation de Saint-Maur est en partie composée de sçavans livrés à l'étude de l'histoire ou de la diplomatique. Ces sçavans , dont les noms seront envoyés à M. le GontroUeur général, seront dispersés dans les provinces et
(*) t Copie du mémoire au bas duquel est le Bon du Roi et qui a été envoyé par Berlin , contrôleur général, à M. de Boulogne, le 2 septembre 1763. «(Note deMoreau.)
dans des maisons de leur ordre k portée des dépôts publics , tels que Chambres des comptes, chartriers de grandes abbayes.
Plusieurs d*cntre eux ont déjà composé des histoires de province et presque tous ont sur le métier des ouvrages du même genre; les matériaux qu ils ont amassés pour cela sont entre leurs mains; ils ne demandent pas mieux que de les donner au Roi. Un seul d'entre eux, nommé domHousseau^^), dès que Sa Majesté aura agréé cet établissement , lui donnera A, 200 copies de titres, que Ton remettra au dépôt, ou dont on triera ceux qui peuvent être utiles au droit public.
Ces religieux voyagent et sont entretenus aux firais de la Congrégation ; elle a de plus assigné sur ses propres fonds 6,000^ par an pour ies dépenses que ces études occasionnent; en faisant leur propre ouvrage, ils feront celui du Gouvernement, et voici à peu près quel sera Tobjet de leurs re* cherches.
Il y a dans le Royaume deux sortes de dépôts : ies uns sont publics, tou* jours accessibles aux recherches et dont la surveillance des officiers royaux qui y sont préposés assure la conservation : tels sont les greffes des Parlemens, Chambres des comptes et autres cours supérieures, ainsi que des sénéchaussées, présidiaux et autres jurisdictions royales.
Les autres sont pour ainsi dire des dépôts particuliers, dont la garde D*est confiée qu'au propriétaire ou à ceux quil commet , et sur lesquels TÂdministration, quelqu'attentive quelle soit, ne peut que difficilement porter ses regards : tels sont les chartriers des églises, abbayes, maisons religieuses et même des grandes terres et seigneuries.
Les dépôts publics et royaux^n ont besoin que d'être connus et d'être mis en ordre : ainsi les Bénédictins travailleurs, qui ies consulteront pour leurs ouvrages, n'auront autre chose à faire que dy prendre des notices de toutes les chartes et autres monumens importans qu'ils peuvent découvrir.
(') Dom Etienne Housseau, né au Mans au oomfnehoemeiit du xviii* siècle , mort le 5 octobre 1763, recueillit sur la Touraine, le Maine et TAnjou une précieuse collection de pièces, cédée, en 181 1, par dom Villevieille à la Bibliothèque nationale. EUe y forme une collection spéciale en 3o volumes. Sous ce titre : Catalogue analytique des diplômes, chartes et actes relatifs à la Touraine contenus dans la collection de dom Housseau, Tours, 186 3, in-8*, M. Mabilie en a publié , pour la partie qui se rapporte à la Touraine , un catalogue détaillé. Cette co&ection n*est pas tout entière de dom Housseau; dom Léger des Champs, dom Pierre-Vincent Jameau, dom Augustin Cassard et dom Maurice Poucet y ont collaboré. Voyex Notice sur des collections manuscrites de la Bibliothèque nationale, par M. Delisle^ p. 5o*52. -
Le Roi pout même, par la suite, tirer de leurs observations beaucoup de lumières sur Tétat de ces dépôts, sur Tordre que Ton y peut établir et sur les soins qu'on doit se donner, soit pour les conserver, soit pour les perfectionner.
A regard des dépôts particuliers, con>me rien ne rassure le Gouvernement contre le danger de la spoliation ou de l'altération , il doit veiller pour les propriétaires eux même à la conservation des titres qui peuvent intéresser le droit public. Pour y parvenir, il sera important que les Bénédictins fassent eux même des copies exactes et même figurées de toutes les chartes qu'ils y trouveront, lorsqu'elles seront jugées propres à donner quelques connoissances utiles à l'administration : il y en a un autre motif important et qui doit faire l'objet principal de cet établissement, c'est que les savans auront sous leurs mains à Paris une collection de pièces qu'ils ne pourroient consulter si elles restoient dispersées dans des chartriers ou archives ries particuliers; et quant à celles des dépôts publics, au moyen de laiaotice qui sera dressée , il sera facile de s'en procurer des coppies ; enfin , si l'on veut jamais composer une collection pour la France telle que Rymer, l'ouvrage se trouvera en quelque sorte tout fait, ce qui ne pourroit s'exécuter aussi promptement , si on ne recueilloit une bonne fois les titres des dépôts particuliers. Ces coppies, conservées dans un dépôt, pourront dans la suite suppléer les originaux même, si la négligence venoit à les perdre ou la mauvaise foy à les supprimer.
Par ce moyen, et ea^tablisfiaptqn dépôt qui servira de centre à tous ces travailleurs, on viendra à bout de former : i^ une collection des chartes qui se trouvent dispersées dans les dépôts qu'il n'est pas toujours possible de consulter; a® un indice général de toutes les autres chartes et monumens qui sont cachés et inconnus dans tous les dépôts publics.
Il est inutile de faire observer ici combien cette table sera utile au Gou* vernement, et tout l'avantage qu'il pourra tirer de cette correspondance dans les occasions où il est obligé d'éclairer par la connoissance des monumens la route que doit tenir l'autorité.
Il ne s'agit donc, pour former un établissement aussi utile, que d'indiquer un dépôt et de lier une correspondance.
Le premier est tout prêt; on a formé, par ordre de S. M., ,à^ns l'Iiôtel de M. le Contrôleur général , un dépôt qui , sous le nom de bibliothèque des finances, renferme toutes les loix écrites sur toutes les parties de
Tadministration. Il ne s'agit donc que d'y placer avec ordre soit les copies des chartes que Ton recevra des Bénédictins, soit les notices qu'ils enverront.
L'avocat qui est préposé à la garde de ce dépôt et qui, sous le titre d'avocat des finances, est particulièrement consacré aux études du droit public que l'administration exige , sera en même tems le correspondant de tous les Bénédictins. Il leur accusera réception des pièces qui lui seront adressées, il veillera à la distribution que Ton en doit faire , et à l'ordre dans lequel on doit les placer, et travaillera ik la notice et au catalogue.
Comme ce travail ne laisse pas que d'être vaste, on propose de lui donner pour adjoint et pour coopérateur dans cette partie le s' de Bréquigny, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, déjà chargé de travailler au catalogue des chartes imprimées. Ce travail, commencé autrefois par le sieur Secousse, est déjà fort avancé, et demeurera également déposé dans la bibliothèque des finances.
Les frais de cet établissement seront très-peu de chose, et tel est l'avantage que l'on peut tirer des sociétés déjà subsistantes, et qu'il ne s'agit que d'encourager. On doit aux travaux des religieux qui, avant l'invention de rimprimerie, n'étoient occupés qu'à transcrire les livres, la conservation de tout ce qu'il y a de plus précieux dans les lettres sacrées et profanes; c'est leur rendre leurs anciennes fonctions que de les destiner à l'exécution du projet dont il s'agit. Ils s'y livreront avec joie, et le Père Général n'a apprétië qu*à Â,ooo^ par an les frais extraordinaires dans lesquels le Roi sera obligé d'entrer soit pour les voyages, soit pour les déboursés, cy &,ooo^
L'avocat des finances, déjà payé par le Boi pour le travail de sa place, ne demande aucune augmentation. Il suplie S. M. de vouloir bien le regarder comme payé par les 3,ooo^ de gratification annuelle qu'elle daigna lui assurer en 1789 sur le fonds des affaires étrangères, pour différens écrits politiques auxquels il avoit été employé pendant plusieurs années : cette gratification faisant partie du traitement qu'elle lui accorda en fattachant au Ministère de ses finances, il se fera un devoir de continuer à la mériter.
Le sieur de Bréquigny, qui a déjà 3, 000 ^ pour composer le catalogue des chartes imprimées, suplie S. M. de lui accorder une augmentation de 2,âoo^ par an, cy 2,&oo ^
Total 6,4oo ♦♦
11 sera nécessaire d'ajouter à cette dépense celle de quelques frais de bureaux et des appointemens de quelques commis destinés à faire les copies et des catalogues, et à aider les dépositaires dans Tarrangement de toutes les chartes. La somme qu'il en coûtera pour cela pourra varier suivant le plus ou le moins d'abondance de matières; ainsi on ne peut l'apprécier ici. Mais elle n'ira pas à 3,ooo ^ par au. Ainsi, pour procurer au Goùverneoient un secours si utile et pour perfectioner dans l'espace de quelques années un ouvrage dont, depuis longtems, on sent l'utilité, sans pouvoir se dater de le conduire à sa fin , il n'en coûtera au Roi qu'une dépense annuele qui n ira jamais à dix mille livres.
Au reste, M. le Contrôleur général, sous les yeux duquel sera ce dépôt, en surveillera toutes les opérations, et aura l'honneur d'en rendre compte à Sa Majesté, qui, par les plans de travail qu'elle daignera elle même examiner, sentira de jour en jour les avantages que Ton peut tirer de cet établissement. Le revenu quelle voudra bien y destiner ne commencera i courir qu'au i* janvier lyGS.
( Collection Moreau , n* 988 , fol. 5 S. )
OBSERVATIONS DE BERTIN SUR LE IléllOIRS DE MOREAt.
i3 août 1763. ^
JTay lu. Tout me paroit à merveille , à l'exception du prmcipe dont nous partons et de la base ou fondement que nous établissons en conséquence. Une notice me répugne horriblement, et c'est au point que je croirois faire un mal au lieu d*un bien, en faisant travailler à une notice des Chartres non imprimées , ou plustôt en ne faisant travailler qu'à une notice.
On a travaillé, non sans raison, et avec une utilité évidente, à des notices des chartes imprimées et rendues publiques; on peut même le faire avec le même fruit pour les chartes du Thrésor, qui est un dépôt sûr, permanent, et dans lequel chacun peut avoir recours pour lire, examiner, étudier le titre dont la notice est donnée au public. Mais une notice de toutes les chartes ion imprimées, dont la pluspart des dépôts ne sont ni sûrs , ni permanents, I. 6
.niPRIVIKII RATIOSAir.
sont éloignas <k» sçavanis et île ]a capitale , an désordre aujourd'huy ou le seront demain, sii^ta â 1 altération, mx caprices, à la négUgenee, et «ouvert aax vues dmtérét des propriétaires ou des dépositaires, j avoue que je craiodrois <le faire un ouTrage inwtik et dangerewc : inutile , an ce qa il oe peMLt jamais avoir aucune authenticité ; on ne peut pas même compter du tOut sur sa fidélité. Unsçavant, à ia lecture, même réfléchie, d un acte ancien, ne sçauroit en rendre toute h forme, tout le oontena, toutes les qaolités des parties souvent intéressantes , les ternes ou expressions qui le sont encore plus , les mmnojramesp Tespèce du parchemin, etc., to^ut est intéressant; il ne le rendra pas dans une notice, quelque scrupuieax et sçavant quil soit; il y a mieux : s'il le rend (il a une (^inion particulière dans lesprit sur le siècle, les aKBurs, les termes dérivés des anciennes langues, etc., à laquelle tout rime chesluy), son extrait s'en ressentira; en un mot, quon donne un mâme titre un peu étendu et intéressant à MM. de Bréquigny , de Foncemagne et de Sainte-Palaye (je ne puis pas les mieux choisir et d'une école moins opposée), quon le leur donne, disje, à extraire et pour en faire la notice à l'insçu les uns des autres , ou après être convenus entre eux qu'ils ne se communiqueront rien, et je suis convaincu que leurs notices respectives auront des nuances qui ne seront pas indifférentes à des yeux curieux ou clairvoyants. Mais il y a plus : quon suppose un procès, un fait d'histoire , etc. , controversé, auquel cette notice puisse paroitre démonstrative, et qu'on remette entre les mains du parti opposé le titre original : l'expérience journalière nous apprend que la controverse trouve des ressources et même des lumières nouvelles, et à la lueiur desquelles les autheurs des notices se rendroient eux-mêmes; je ne connois de véritable épreuve en pareille matière que ïintérêt d'une opiniim contraire; je dis l'iiiil^r^^,au moins à titre d'amourpropre « car une simple opûaion «e suhjugiie trop aisément.
Si cela est , ai cda peut se supposer et même s'assurer pour une charte extraite par ces trois Messieurs, ^ue sera-ce, et de quelle utilité véritable pourroit être une notice faite par des religieux, dont nous connoissons tous l'application et le mérite en ces matières, et dont le grand nombre qui sera employé ne peut avoir les mêmes lumières, la même assiduité ou plustôt la même patience, etc. ?
Mais je cf aindrois même que l'ouvrage ne fih dangeneux : ce sera une source d'incertitudes et de doutes, de fat^s ou d'erreurs, d'opinions diverses ou contraires.
Voyés la critique de Tâbbé de Fotx ^^^ sur la notice des cbarteii imprîfmées, dont au surplus je ne reconnois point trop lutilité , ma» je k cite pour prouver que, ^i un critique indiffénenl, ^i n'û point i^ûpinmnà by, a pu relever lant d'articles en ri peu de soin et de temps sur )es notices, faites par un seul homme, des chartes imprimées, oti doit cmre qu*il y en aura bien plus sur les notices, faites par cent personnes , des chartes non imprimées.
Quand il ny auroit que ce mal, cela en seroit un très-grand. Mais que de procès, je ne dis pas seulement entre ies voisins du lieu de la charte, ou de la part du domaine, ou de la part des villes, mais l'usage quen feront les avocats et procureurs dans des procès, d ailleurs indifférents, je m en remets à mon ami M. Bouquet ^^' ! il trouvera dans cette notice son sistème évidemment établi ou évidemment combattu. Outre les procès, que d'opinions du temps en profiteront pour s'accroître ou s'étayer, que de vieilles erreurs rajeuniront, que de nouvelles erreurs s'embetUrontl
Voilà ce que je pense : d'où je conclus que ce n'est point une notice qu'il nous faut, c'est une collection de titres ou de copies fidèles de ces titres et chartes, à laquelle les sçavants puissent recourir comme aux originaux, soit en attendant qu'elles soient imprimées, soit après leur impression. Cela ne nous empêchera pas , dans notre intérieur, de faire faire par M. de Bréquigny et autres bons citoyens ou sçavants une notice de ces chartes^ des catalogues raisonnés, etc. Mais alors ce sera avec utilité, tout le monde pouvant recourir à Tinspection des chartes mêmes ou des copies fideHes qui seront au dépôt ou qu'on fera imprimer.
Gela ne nous empêchera pas non plus de recevoir dans notre dépôt les notices dont la congrégation de Saint-Maur est en possession, ou les copies, mais pour en faire l'usage quHls en font, cW-à-dire un usage particulier et intérieur pour nous et quelques sçavants de nos amis.
Pour assurer même, ou plustôt pour établir une espèce d'authenticité à nos copies entières de chartes, il est facile de prendre un plan, et quand il n'y en auroit pas , l'ouvrage , moins parfait , moins bien combiné , n*en seroit pas pour cela inutile , comme une simple notice , parce qu'alors il ne pourroit
<*) Louift-Étienne de Fôy^abbë de Saint-Martin-de-Sées , né \ Angles, mort à Paris en 1778, pntiia ta 1765 le Unaae î ffntsc N&ticê des iiplémes, its ^drt€S tt ^ uâte» relatifs à Thittoire de France. Cet onvrage n a pas été continué et ne méritait pas de Tétre.
^*> Il 8*agit sans doute ici de Pierre Bouquet, érnéit et juisoMitaite, mort à Paris le 9 mrià 1 78 1 , neveu de dom BouqseC, i'édkikar du Mtcneil des Uttarwm ém Giiuk» âideU, Wreoiee,
plus subsister dautre incertitude que sur ïexactitade de la copie ou sur la forme oa vérité du titre original ^^\
Voiià mon opinion : voyés MM. de Bréquigny, Foncemagne et Sainte-Paiaye et le Supérieur de la Congrégation , et si mon opinion leur paroit fautive , faites-moy part de leurs réflexions.
( CoSecUon Moreau, n* 985, fol. lyS .)