LETTRE DE BERTIN À L'ARCHEVÊQUE DE TOULOUSE ^^K
19 avril 1776.
Pour vous consulter, Monsieur, sur un projet qui m'a été suggéré par quelques gens de lettres, j'aurois attendu votre retour dans ce pays-cy, si son exécution ne paroissoit pas exiger des démarches que la proximité de l'assemblée de la congrégation des Bénédictins de Saint- Vanne ne permet pas de différer. Vous connoissez tous les services que celle de Saint-Maur a rendus autrefois à l'histoire et combien elle a produit de laborieux antiquaires. Je ne sai si le zèle pour le travail s'est refroidi , mais elle ne fournit plus aujourd'hui les mêmes secours à la diplomatique. Et on m'a indiqué un moyen soit de réveiller son émulation , soit de procurer à la République des lettres une recrue de travailleiurs qui pouroit un jomr augmenter ses ressources. Chargé par le Roy d'encourager ces sortes de travaux , j'ay eu occasion d'employer quelques religieux de la congrégation de Saint- Vanne; j'en connois un entre autres qui vient de parcourir avec succès nos provinces belgiques et en a rapporté des richesses vrayment utiles ^2^. Il ne m'a
(^) Etienne-Charles de Lomënte de Brienne, archevêque de Toulouse, du a février 1763 à 1 788 , membre très influent de toutes les assemblées du dergé. <*) Bertin veut parier de dom Berthod.
»IW ■ IM» I lg »
point dissimulé que sa Congrégation renfermoii plusieurs savans en état de se livrer aux études des anciens monumens, et encor un plus grand nombre déjeunes gens qui, pleins de volonté et de dispositions, ne demandoient qu'à être dirigez et encouragez. De là l'idée que Ton m'a donnée d'inviter le Supérieur de cette Congrégation, non-seulement à favoriser, mais à se faire même honeur d'une entreprise qui occuperoit utilement une partie de la jeunesse des maisons dont il est le chef. J'ignore si je trouveray les dispositions et les ressources que je souhaite, mais il me semble que l'exemple de la congrégation de Saint-Maur pourroit être proposé à celle de Saint- Vanne, et que si celic-cy étoit comme l'autre en état d'assigner tous les ans une certaine somme dont l'emploi, réglé par tes Supérieurs majeurs, seroit destiné à favoriser les travaux littéraires des religieux, peu-à-peu on viendroit à bout et de former des sujets et de développer les talens de ceux qui ne demandent pas mieux que de se livrer aux bonnes études, car on est desjà en état de leur présenter dans cette Congrégation même et des instituteurs et des modèles.
J'ay donc risqué une lettre au Supérieur général et je vous en envoyé copie. J'y joins. Monsieur, deux autres copies, celle d'un mémoire qui vous fera connoilre un établissement utile dont les travaux de cette Congrégation pourroient seconder et même hâter les progrès; l'autre est celle des instructions distribuées aux travailleurs de la congrégation de Saint-Maur et en général à tous ceux qui, par amour pour ce genre de connoissances, ont concouru avec eux à augmenter nos collections^*^. C'est d'après ces pièces que je vous prieray. Monsieur, d'apprécier mon projet; si vous l'aprouvez, l'influence que vous devez avoir sur l'assemblée de la congrégation de Saint- Vanne vous mettra à portée de le seconder, et lorsqu'à Paris j auray l'honcur de vous voir, nous parlerons plus à fond des moyens de le faire réussir. C'est, Monsieur, vous servir selon votre goût, que de vous présenter des occasions d'ajouter aux lumières de notre siècle et de hâter les progrès de nos connoissances.
Je suis, etc.
Bertin.
(Collection Morcau, n* 295, fol. 167.) ('^ Le texte de ce mémoire et de ces iastructions se troa>'e p. 63 et 87.
LETTRE DE BERTIN AU P. SUPÉRIEUR GJ^N^RAL DE LA CONGRÉGATION DE SAINT-VANNE.
Rien de ce qui peut augmenter la considération dont jouit desjà la congrégation de Saînl-Vanne ne doit vous être étranger, mon Révérend Père. Vous allez tenir son assemblée générale, et je crois pouvoir vous proposer un objet de délibération qui vous prouvera du moins le cas que Ton fait des talens et de la bonne volonté de vos religieux. Un des avantages dont rÉglise et TÉtat sont redevables à Tordre de Saint-Benoit est la conservation de la pluspart des monumens qui peuvent intéresser notre histoire. Les anciennes .transcriptions furent faites dans les monastères, et cest dans leurs archives que reposent la pluspart des titres qui peuvent aujourd'hui nous éclairer sur les anciens usages. La recherche de ces monumens enfouis occupa utilement la congrégation de Saint-Maur depuis la renaissance des lettres, et on se demande quelquefois pourquoi celle de Saint- Vanne ne parlageroit-elle pas aujourd'hui cet honneur, s il est vray surtout, comme je l'ay ouï dire, qu'elle renferme dans son sein et plusieurs sa vans, et beaucoup de jeunes travailleurs qui ne demandent qua le devenir. Jay donc imaginé qu'elle pourroitse faire à elle-mcme un plan pour exciter cette émulation louable et pour en préparer de loin les succès, et je veux sur cela vous consulter vous-même, mon Révérend Père; je vous indique le but, comme vous voyez, je ne vous suggérerai point les moyens. C est à vous à les imaginer, à les combiner même sur la connoissance que vous pouvez avoir et de l'intérieur de vos maisons et de leurs facultés, et des talens des sujets qu elles sont en état de fournir. Ne seroit-il pas agréable pour vous que voire Congrégation, desjà si utile et si édifiante pour l'Eglise, pût encor fournir à l'Etat des sa vans et des modèles de travail? La congrégation de Saint-Maur a, de tout tems, assigné, tous les ans, un fonds destiné à favoriser ces sortes de travaux. J'ignore si vous êtes à portée d'en faire autant. Ce que je sçai, c'est que le Roy, qui a fort à cœur le progrès des sciences, vous sauroit gré de tous les plans que vous pourrez proposer pour faciliter le succès dune si louable entreprise, et que j'aurois le plus grand plaisir de lui mettre sous les yeux , si vous croyez en avoir quelqu un à lui présenter. Je joins à cette lettre, pour faciliter vos délibérations sur cet objet, un
émm
mémoire qui n est autre chose que rinstruction donnée aux religieux de
la congi*égation de Saint-Maur pour faciliter les recherches qui occupent
quelques-uns de ses savans. Peut-être ne vous seroit-il pas impossible de
parvenir à former un jour dans votre Congrégation des sujets qui, livrés
aux mêmes études, mériteroient la même protection et les mêmes éloges.
Bebtin.
(CoUectionMoreau, n'395, fid. i65.)
RÉPONSE DU PRÉSIDENT DE LÀ CONGRéGATION DE SAINT-VÂNNE À BERTIN.
Nancy, le 6 mai 177&.
Monseigneur, je me suis fait un devoir de communiquer à notre assemblée la lettre et le mémoire que Votre Excellence a daigné me faire passer, touchant le projet d'établir parmi nous une école déjeunes gens destinez à travailler sur les archives, dépôt de la plupart des monumens qui peuvent intéresser notre histoire.
La Congrégation, Monseigneur, est on ne peut plus sensible aux marques de bonté et de bienveillance dont Votre Excellence veut bien l'honorer dans cette occasion. Son plus grand empressement seroit sans doute de répondre aux vues et de se conformer aux intentions de Votre Excellence. Mais elle me permettra de luy représenter que la circonstance des collèges, dont notre corps se trouve déjà chargé, sans parler de ceux qu'on luy offre encore, occupant presque toute notre jeunesse, nous sommes forcez de nous renfermer, pour le présent, dans les bornes de l'enseignement public.
Nous n'ignorons pas , Monseigneur, que la congrégation de Saint-Maur, depuis la renaissance des lettres , s'est occupée utilement à la recherche des anciens monumens. Celle de Saint- Vanne, non moins jalouse de se rendre utile au public, désireroit fort de pouvoir partager cet honneur. Mais la modicité de ses revenus, le petit nombre de sujets dont elle est composée, le peu de travailleurs quelle renferme, destinez à l'éducation dans les collèges, ne luy permettent pas de s'assimiler à la congrégation de Saint-Maur ^^^
^*) Il ne faudrait pas conclure de la réponse de dom Briliy à Berlin <]ue ia congrégation de Saint- Vanne resta étrangère aux travaux d'érudition qui firent la gloire de la congrégation de Saint- Maur. Elle fournit pour le dépôt des chartes d'actifs et intelligents collaborateurs en Champagne ,
Elle en ressent d'autant plus de douleur qu elle est plus pénétrée des marques de bonté et de bienveillance dont Votre E^icellence daigne l'honorer. Elle ose espérer qu'elle voudra bien les luy continuer et luy permettre de les réclamer dans toutes^les occasions.
Je suis, etc.
D. Saintin Brihy,
Président de la congrégation de Saint- Van ne (Cdleciion Moreaa, d* 317, foi. 3i.)
CIRCULAIRE DE MOREAU AUX MEMBRES DE LA GONFl^RENCE DES CHARTES.
1 8 janvier 1780.
J'ai rhonneur de vous envoyer, Monsieur, de la part du Ministre,. . . . copies d'anciennes chartes que les gens de lettres, chargés de la recherche de nos anciens monumens historiques , ont fait passer à notre dépôt. Le Ministre , persuadé que vous voudrez bien concourir avec lui aux travaux littéraires ordonnés par S. M. pour perfectionner notre histoire et éclaift^ir les obscurités de notre ancien droit public, vous invite aux conférences qui se tiendront che» lui pour cet objel, et vous prie de raporter avec vous soit la totalité des chartes que je vous adresse , soit seulement celles que vous aurez eu le tems d examiner. Il espère que, dans celte conférence, où vous ne trouverez que des gens de lettres occupés du même travail, vous voudrez bien lui donner sur chacune de ces pièces votre jugement, qui doit principalement avoir pour but d'indiquer à S. M. celles que vous croyez devoir entrer dans la collection générale des monumens de notre histoire, dans le cas où elle se détermineroit à la faire imprimer.
Celte décision de votre part doit donc porter sur deux choses : i** sur la forme du titre, de laquelle vous pourrez induire si elle réunit tous les caractères qui prouvent que la pièce n'est point supposée et est réellement louvrage de ceux auxquels elle est attribuée , et de Tépoque où elle est placée par sa date;
en Franche^mté et en Lorraine. M. Ddiale a donné les noms des principaux d*entre eux dans le Cabinet des manuscrits, 1. 1, p. 56a -563. L'bistoire littéraire de cette Congrégation mériterait d*étre écrite.
larilHKUl IATtOIAI.t.
2^ Sur les relationa plus ou moins importantes qu elle peut avoir avec les faits historiques, avec le droit public, avec les usages et les mœurs de cette époque.
Le premier examen vous conduira à décider du degré de confiance que mérite la charte; si vous la jugez fausse ou altérée, vous aurez la bonté d'exposer les motifs de vos doutes, qu'il seroit possible de vérifier par Tinspectionde roriginal; s ils ne portent que sur des altérations dans la copie, il sera également facile de renvoyer celle-cy sur les lieux pour y être de nouveau collationnée , car il nesl aucune de ces copies qui nindique le dépôt où l'on garde l'original.
Le second examen tendra à faire, parmi la multitude de pièces de la même nature, le choix de celles qui doivent entrer dans la collection générale dont j'ai eu l'honneur de vous parler, et fixera dans notre cabinet la place de toutes celles que vous j ugeriez inutile de publier, mais qui n'y seront pas moins conservées, pour ajouter à la conviction des savans qui les y consulteront.
Votre jugement, vos observations, les anecdotes historiques dont vous trouverez la preuve dans les monumens qui pass^ont par vos mains, seront gardés avec soin dans notre dépôt d'histoire et de droit public, et le Ministre n'aura pas de plus grand plaisir que de mettre 'sous les yeux du Boy et les preuves d'un travail si utile , et les noms des savans qui auront bien voulu y consacrer une partie de leur tems.
Je suis, etc.
MOREAV.
(CoUeclioo Moreau , n* 290, fol. i.)