‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents)Chapitre 50 sur 155 · LETTRE DE BERTIN À BIGNON · texte numérisé non relu

LETTRE DE BERTIN À BIGNON

i" juillet 1780.

Monsieur, jay reçu avec grand plaisir les assurances de votre zèle pour les travaux littéraires dont je m'occupe; vous me connoissez assez pour savoir que je n'en ay jamais douté. Il ne s'agit donc plus que de concerter avec vous le moyen le plus facile et le moins dispendieux de tirer de la Bibliothèque du Roy des copies exactes et fidèles de toutes les ancienes chartes qui doivent entrer dans notre Rymer firançois.

Gela posé, voicy notre pian : il nous faut un état de toutes les ancienes chartes que l'on trouve dans les manuscrits dé la Bibliothèque du Roy, et, quant à présent, il ne s'agit que de les désigner par une courte notice, qui contiendra leur date, les noms des parties et un mot de leur objet. . Ces états, mis sous les yeux de la conférence qui se tient chez moi, nous serviront à indiquer ceux de ces monumens qu'il faut transcrire.

Cette transcription ne nous embarassera pas. M. Moreau, historiographe de France, chargé sous moy des détails de ce travail et de la correspondance qu'elle exige, a un commis que lui a donné M. Béjot lui-même, comme

(» Bignon répondit, le 24 juin 1780, par un acquiescement absolu. Cette lettre est dans la Collection Moreau, n** 296, fol. 11 5.

un homme en qui il avoit confiaoce* Il «st savant et très*profune à oette besogne ^^\

Je suis , etc.

Bbrtin.

(CoHection Moreau, n* 307. foi. saS.)

BAPPORT DE MOREAU AU COMITE SUR L'ÉTAT ET LES PROGRÈS DU TRAVAIL DES CHARTES (^).

38 novembre 1780.

Au moment où Monseigneur le Garde des sceaux veut bien rouvrir nos conférences, je crois devoir remettre sous ses yeux et sous ceux du Ministre qui, le premier, jelta les fondemens de Tédifice donlnous préparons les matériaux: i* lobjet de notre travail; i"* les progrès qu*il a faits dans les conférences de Tannée dernière; 3* les plans qui peuvent être suivis pour le conduire au but que nous nous proposons.

I. L*objet que s^est proposé le Ministre , et dont le feu Roi connut 1 utilité, lorsquil établit le dépôt à la tête duquel j'ai f honneur d'être placé, fut de ramasser et de mettre en ordre tous les monumens de notre histoire et de notre droit public, et de fournir à quiconque voudroit étudier lun et Tautre et tous les matériaux que nous pourrons rassembler, et des indications sûres pour découvrir ceux dont nous n'aurions pu encore nous procurer des copies.

Le dépôt qui m'est confié, et qui s'enrichit tous les ans du produit des recherches et des savans de la congrégation de Saint-Maur et de quelques laborieux collègues dignes de partager son zèle , doit donc, Messieurs «offrir : 1** des tables exactes de tous les monumens qui , renfermés dans les archives royales, peuvent plus difficilement être dispersés et dont la conservation nous est garantie par la vigilance des dépositaires assermentés. C'est dans

^^) Ce commis se nommait Glier. Il semble rësuller d*ane réponse de Bignon à Bertin, du & juillet 1780, qu'il eat pour collaborateur un neveu de Bëjot, nommé Gossin. Voyex Collection Moreau, n° 296, fol. 119.

(*) Ce mémoire iiit lu 1ers de la reprise des séaaœs de la conférence des dnffias, «piit la démission de Bertin. (Cf. les extraits de^ procès- verbaux ci-après, n* 1.)

celle vue que nous avons d^à ramassé plusieurs inventaires des archives des Chambres des comptes du Royaume, et que nous nous proposons par la suite d*y rassembler tous ceux dont il: nous sera peraus de faire des copies. Voiiè la première utilité que Von doit tirer du dépôt des chartes.

Le second service qu*il rendra aux savans sera de leur présenter, rangés dans un bel ordre et avec des tables de toute espèce, des copies exactes de toutes les chartes dont les originaux , renfermés dans les dépôts particuliers soit des églises, soit des grandes terres, peuvent plus facilement être ou négligés ou dispersés, ou nième détruits.

Si une pareille collection devenoit un jour «Vpeu-près complette , on ose dire qu'il ny auroit presque point de province dont on ne pût baser le droit public, et les usages siu* des faits constaus, et point de faits importans dont le Ministère et les savans ne puissent se procurer la preuve.

Cet important cabinet se trouve aujourd'hui placé sous la protection et confié même à la direction du Chef de la magistrature, c'est-à-dire à celui de tous les Ministres du Roi qui est le phis en état et de Tenrichir et d'en faire usage. Outre les monumens qu'il renferme et qui composent déjà près de i5,ooo précieuses copies, sans compter plus de 5,ooo pièces envoyées de Rome, nous y aVons joint une foule de livres nécessaires à l'étude de l'histoire, un très-grand nombre d'importans manuscrits. Le cabinet de M. de Sainte*Palais doit s'y réunir après hii ; les bons du Roi y destinent même une partie des copies que M. de Bréquigny a été chercher en Angleterre , et je consacrerai moi-même tons les ans un fond provenant des fruits de mon travail pour y rassembler tout ce qui peut y procurer aux savans et des res* sources et des lumières.

Nos collections^ Messieurs, me procurent dès â présent un très-grand avantage. Notre droit public avoit été, comme la phisique, livré à des sistèmes; on est revenu aux expériences, on a constaté les faits, et M. de Buffon a fait son histoire naturelle d'après les trésors ramassés dans son cabinet. J'ai osé l'imiter; j'ai entrepris, d'après les monumens de mon dépôt, l'histoire de notre constitution et de notre droit public, que j'ai déjà conduite jusqu'à l'anarchie féodale, et si, comme je le souhaite, je puis transmettre mon cabinet à me^ successeurs historiographes de PVance, j'ose dire que ceux-cy seront en état de présenter dans tous les tems, et au (Jouvernement et au public, les connoissances les plus intéressantes et les plus sûres; notre di*oit public, une fois basé sur des faits et sur des monu-

mens avoués, sera plus i Tabry que jamais et des vicissitudes que produit l'arbitraire , et des altérations qu amènent insensiblement les sistèmes des partis. Mais, indépendamment de ce travail, qui fait le premier de mes devoirs comme historiographe, il en est un autre qui rassemble ici nos laborieux et savans coopérateurs.

Notre projet , peut-être le plus grand , le plus important qui ait jamais été formé en faveur des lettres, sous les yeux et avec la protection du Gouver* nement, est de préparer, de commencer, de publier même une collection entière de tous les monumens destinés à compléter les receuils de monumens qui ont déjà été formés par ordre du Roi. Nous nous proposons de faire mieux pour la France que ne fit Rymer pour TÂng^eterre. Ce compi* lateur ne commence sa collection qu'à Tannée 1 1 oo , et elle ne renferme pas le quart des monumens que possède TÂngleterre. La nôtre, si elle est aidée, précédée, enrichie par de longues et laborieuses recherches que le Gouvernement peut encourager, finira par renfermer, sinon tout ce qui existe, au moins tout ce que Tonconnoit.etcest ce que Ton ne peut pas dire du receuil de Rymer; les monumens connus en Angleterre et qu'il n*a point fait imprimer feroient plus que doubler sa collection.

Ce grand ouvrage, nous ne le finirons pas, et c'est peut-être pour cette raison qu'il faut le commencer; tant que la première pierre n'en aura pas étéposée, tant que l'on n'appercevra pas la première couche des matériaux dont il doit être formé, il restera dans la classe des projets, on en admirera ridée, on ne travaillera point constamment à la réaliser. Dans un pays où le Louvre même n'est pas fini, on sait quel est souvent le sort même des meilleures entreprises. M. Colhert, M. Daguesseau, conçurent le plan dont M. Bertin a commencé l'exécution. Mais ces Ministres n'avoient point encore posé de fondemens, ni même entièrement fini Tesquisse; après eux l'ouvrage est resté là. Rendons justice cependant à M. Daguesseau; nonseulement il ramassa des matériaux, ce qu'avoit déjà fait M. Colbcrt; il en* treprit même de les mettre en ordre : deux collections furent projettées et commencées de son tems : celle des historiens de France; nous avons ici les savans continuateurs de ce grand ouvrage; le recueil des ordonnances du Louvre, dont M. de Bréquigny est chargé.

Si, lorsque ces deux collections ont été entreprises, -on eût eu et tous les monumens que nous avons ramassés depuis, et tous ceux dont nous avons entrepris la recherche, peut-être ces deux collections nous suffiroient au-

jourd'hui; lune réuniroit tous les monumens de l'histoire; lautre, tous ceux de législation.

Dans le projet que le Ministre forma Tannée passée, il eut égard à ces deux importans ouvrages. Nous destinâmes l'immense collection que nous préparons à servir de suplément et à compléter de la manière la plus vaste les plans de M. Golbert et de M. Daguesseau.

Nous avons donc observé : l'^que Baluze ayant commencé la collection des monumens de nos deux premières races , qui ont été également consignés dans les receuils de dom Bouquet et de ses successeurs, il ne s*agissolt plus que de réunir, par forme de supléments et de suite aux volumes de Baluze, toutes les chartes de notre première race qui ne sont point encore imprimées. Par là nous aurons rassemblé tous les matériaux de notre ancienne histoire, tout ce qui intéresse la constitution monarchique françoise antérieure à la féodalité.

a* Ce qui nous reste donc principalement à ramasser consiste dans cette multitude immense de monumens et de chartes que Ton doit regarder comme appartenans, soit à f anarchie féodale, qui commença au règne de Louis le Bègue, soit au gouvernement féodal, dont je crois que Ton peut fixer Tépoque au règne de Philipe -Auguste. Les règnes de Louis le Gros et Louis le Jeune m'ont en effet toujours paru pouvoir être également placés et à la fin de l'anarchie et au commencement du gouvernement féodal.

Pour premier anneau de la longue chaîne que doit parcourir notre collection, nous avons donc pris le commencement du règne de Louis le Bègue, le premier de nos Roix auquel on fit jurer h son sacre d'observer, comme loy fondamentale de la monarchie, ces capitulaires deChiersy, qui avoient dénaturé notre ancienne constitution. Ainsi tous les monumens qui précèdent la mort de Charles le Chauve, arrivée en 877, appartiendront à l'ancienne monarchie françoise; tous ceux qui viennent ensuite seront regardés comme appartenant à l'anarchie ou au règne féodal, et nous ne nous permettrons dy joindre quelques chartes d'une époque antérieure que lorsqu'elles concerneront la famille de nos Roix de la troisième race. A partir mémo de cette époque, les titres que nous aurons à réunir formeront une collection si nombreuse que, si quelque chose pouvoit nous effrayer, ce seroit la multitude des volumes dont elle doit être composée. Mais il faut convenir en même tems que, dût-elle être l'ouvrage de cinquante ans, le

i. ai

nrtmtui vâTiotiii.

Mècle à venir devra à celui de Louis XVI un trésor que , parmi tant d'autres États, la France seule aura peut-être été en état de se procurer.

Tel est, Messieurs, le premier objet que javois A vous présenter, l'objet de notre travail et le plan de notre entreprise.

IL Qu avons-nous fait pour la commencer? Telle est la seconde question à laquelle doit répondre le compte que j ai l'honneur de vous rendre.

Messieurs se rappellent que nous possédons environ vingt-cinq mille chartes dans notre dépôt, mais on ne doit pas se dissimuler qu'elles n'ont été tirées que du petit nombre d'archives qui , jusqu'ici , ont été ouvertes aux recherches de nos infatigables coopérateurs.

Pour nous mettre en état de les arranger, de les reconnoitre, de les classer, j'ai commencé par faire faire sur autant de feuilles séparées des notices de ces chartes. M. GUer, chargé de ce travail, a suivi un excellent modèle. Il a fait ses notices dans la même forme que M. de Bréquigny a donnée à celles dont il a composé son catalogue des chartes imprimées. Ces notices, dont il y a d^à 8,000 de faites, ont été coinmuniquées à M. de Bréquigny et à nos collègues, et ils les ont fort approuvées. Gomme elles sont toutes isolées^, on est le maître de leur donner l'arrangement qu*on voudra, et les receuils que nous en pouvons composer, seront autant de tables qui nous serviront à les chercher et à les reconnoitre ^^l

Nous avons fait mieux encore dans le courant de Tannée que nous allons finir. Les membres de notre petite société littéraire ont commencé l'examen des copies même que nous avons réunies, et, dans les diflférentes conférences qui ont été tenues, ont rendu compte des observations que cet examen leur avoit fournies. Us ont mis par écrit ces observations, et elles se trouvent jointes à la pièce même qui a passé sous leurs yeux.

Mais ils sont convenus que ce premier examen ne pouvoit pas encore servir de motif à un jugement décisif sur le sort des chartes, sur leur autorité, el sur la place qu'elles devoieut tenir dans notre collection. En effet, à mesure que nous avançons dans l'examen de tout ce qui nous passe sous les yeux, il nous arrive de trouver dans un monument les lumières qui nous manquoient sur un autre. Le rapprochement, la comparaison des différentes pièces produisent de nouvelles observations , qull faudra joindre aux premières, et des éclaircissemens que nous cherchons pourront même naître

^*) Cet notices forment les n"* 17S5-1776 de la CotiecUon Morean.

des pièces qui nous restent encore à découvrir; mais, sans abandonner cette idée d*un examen encore plus réfléchi , rappelons celui qui a déjà été fait.

Parmi les pièces qui ont passé par vos mains, Messieurs, nous trouvons cent soixante copies de pièces antérieures à Tépoque de 877.

De ce nombre, il n*y en a qu environ soixante qui se trouvent imprimées dans le Receml des historiens de France. Les cent autres étoient pour la pluspart inconnues, à Texception de quelques-unes qui se trouvent indiquées ou extraites dans dautres ouvrages que la collection de dom Bouquet. Nous avons mis à part toutes ces pièces, qui peuvent entrer dans un nouveau volume de suplément de Baluse ^^\ dont le public aura obligation à nos travaux : mais ce volume de suplément même, il ne faut le commencer qu'après le résultat des nouvelles recherches que nous devons étendre jusque dans quelques dépôts étrangers. Ils ont été indiqués à M. de Chiniac, et je compte incessamment proposer à Monseigneur le Garde des sceaux des moyens de nous enrichir de ce qu'ils pourroient contenir d'inconnu.

Reste donc l'objet principal que nous nous sommes proposés de faire entrer dans notre collection, savoir les chartes et autres monumens postérieurs à la mort de Charles le Chauve.

Les pièces que nous trouvons dans notre dépôt depuis le commencement du règne de Louis le Bègue jusques à la fin de celui de Louis le Fainéant remplissent un intervalle de 1 09 ans.

Ces pièces sont maintenant rangées dans Tordre chronologique et jointes dans mon dépôt aux détails des observations que vous y avez jointes, Messieurs; elles sont en état de recevoir et le nouvel examen que vous voudrez en faire et le jugement deffinitif que vous prononcerez.

Mais sur cela , permettez-moi quelques réflexions. Ces douze cens chartes examinées dans les conférences qui ont précédé les vacances sont le produit des recherches faites dans vingt-neuf tant églises que monastères, et le dépôt de Chigny seul, parmi les chartes que nous avons déjà examinées , en a fourni huit cent cinqoante^neuf , si bien que cette abbaye a seule en-

^ Aux Rejtm PruMewum oa^halom^ 2 tc^miiet ia-foL, pabliés en 1677. Ifttlliieu Ghiniac de la Bastide, né à Âiasuc en 1739, mort en 180a. donna, en 1780 une nouvdle édition de cette publication; cette édition forme aussi a Tolumes in-rdlio,mais sans le supplément annoncé par Moreau. Ckiaiac;, q«i devait eompdber le caitalaire d*Umdi», ne fut pas pour le dépôt des chartes on auxiliaire bien actif.

ai .

voyë à notre dépôt trois fois plus de monumens des ii* et x* sièdes que les' vingt-huit autres dans lesquelles nous en avons trouvé.

Il est vrai que cette multitude de chartes venues de Glugny, quelqu'intéfessantes qu'elles soient pour le dépôt, méritent un grand choix, lorsqu'il s*agira de Timpression.

Il seroit à craindre qu'une foule d'actes absolument de la même nattu*e ne fatiguât et ne dégoûtât en pure perte. Il faudra donc choisir les princi* paux et les plus utiles de ces titres et indiquer seulement les autres avec la place qu'ils tiendront dana notre dépôt, où il sera toujours facile de les trouver.

Mais de ce triage même, et du petit nombre des monumens que nous offrent les vingt-buH autres dépôts d'où ces anciennes pièces ont été tirées , de l'espérance que nous avons d'en retrouver encor un grand nombre de cette époque dans les- dépôts dont nous projettons le dépouillement, il semble résulter qu'il n'est guerres possible dès à présent de composer un volume des chartes des Capétiens ^^^.

En vous lisant la liste des chartricrs qui nous ont fourni les pièces que vous avez vues, je vous convaincrai, Messieurs, que le plus grand nombre de nos provinces ne nous a encore rien fourni, et effectivement il y en a plusieurs qui n'ont pas encore été abordées par nos recherches. Je vous ai dit que vingt-neuf dépôts seulement avoient fourni les matériaux que vous avez parcourus jusqu'ici; je n'ai pas entendu vous faire juger que ces vingt-neuf dépôts soient les seuls qui aient été jusqu'ici dépouillés, mais de tous ceux qui l'ont été il n'y a que ces vingt-neuf dans lesquels on ait trouvé des. monumens antérieurs au xi* siècle.

Il n'en est pas moins vrai , cependant , qu'il peut y avoir un très-grand nombre d'autres archives qui nous en pourront procurer, indépendamment des grands dépôts de la ca{Mtale, qu'il a été jusqu'ici impossible de visiter avec assez de détail et d'exactitude.

Gomment venir à bout d'auginenter nos richesses, comment les multiplier, comment nous emparer successivement de tous ces cbartriers que nous devons mettre à contribution? Les moyens, Messieurs, nous sont aujourd'hui moins difficiles que jamais. Jusqu'à présent, nous nous sommes aidés d'un petit nombre de travailleurs pris dans la congrégation de Saintes lÛotn Grenier, dans sa dernière tournée, vient d'en rapporter plusieurs de Tépoque qui nous occupe. • (Note de Moreau.)

Maur. Nous devons beaucoap à leur zèle , mais o'ëloit celui de quelques gens de lettres particuliers qui sutvoient leur goût. Ce nétoit point encore rimpulsion générde de cette nombreuse et respectable société de savans. Aujourd'hui que notre entreprise a une base et un centre, un dépôt, des conférences réglées, aujourd'hui que ce qu'il y a de plus distingué dans la congrégation de Saint-Maur, de plus en état de piquer d**émulation la nombreuse jeunesse quelle renferme, devient la nécessaire partie de cette société littéraire que Monseigneur le Garde des sceaux rassemble , Saint-Maur va , j*ose en assurer Monseigneur le Garde des sceaux , et j*en ai pour garant les savans du vœu desquels je suis porteur, Saint-Maur, dis-je, va nous fournir une foule de laborieux ouvriers qui vont se partager nos provinces , et, dès cette année, nous aUons^ voir augmenter nos richesses,, et nous mettre en état de donner tmeux que le foible échantillon^ d*une collection future.

Voilà, Messieurs, où en sont pour le moment nos travaux, n n*est plus question que de proposer les moyens- d*en accélérer le progrès et de préparer utilement un premier volume de notre collection.

IIL i"" J'oserai inviter nos collègues de la congrégation de Saint-Maur à nous indiquer eux même des travailleurs, entre lesquels Monseigneur le Garde des sceaux puisse distribuer la recherche et le dépouillement des dépôts qui n'ont point, encore été attaqués. Ce travail est, selon moi, d'autant plus essentiel , qu'un savant de la conno^sance de Monsei^eur le Garde des sceaux, M. Howard ^^\ m'a lui-mêoie averti que nous allions quelquefois chercher fort loin et à grands frais ce que nous trouvons chez nous. Il a payé lui-même beaucoup d'argent pour faire venir d'Angleterre des copies dont il a ensuite découvert les originaux dans nos dépôts et,. parmi les pièces que nous envoie M. du Theil ^^\ dom Grenier en a vu un très-grand nombre qui ne sont que la répétition, de ce qu'il a luinnême fourni au dépôt.

f» David Houard,,doat il a. déjà été parlé pins haut^ p. i38. '

W François- Jean -Gabrial de la Porte da Theil, né à Paris le i^ juillet 17^9, mort le a 8 mai 181 5, un des plus actifs coUaboratenrs de Moreau. H embrassa d*abord la carrière militaire et fit les denûftm campagnes de la guerre de Sept ana^ mais, à traTers la viedes camps, il ne négligea pas la langue grecque, pour iaquetfe il avait un goût tout particulier. Admis h TAca* demie des inscriplions en 1770, il fut explorer; en 1776, les arcbii^s du Vatican et les bibliothèques de Rome, dans, le deiséin d'enrichir la collection des chartes. Sa mission, sur laquelle on trouvera plus loin d mtérestants documents, dura environ dix ans. Il rapporta la copie de près de

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%'' Il faut délibérer sur la manière de préparer le premier volume de notre collection , dç manière que nous soyona en état de le donner au public, dès qu'il pourra être complet.

Je conviens quun des moyens les plus sûrs d'encourager noire travail est d en présenter incessamment le produit Ce que je soumets à Texamen de la conférence, est la question de savoir si. dans l'état oà sont leaeheaes, ce produit peut être un premier volume.

Je dis qu'il seroit très-imparfait s*il n'éloit composé que des monumens que nous avons examinés jusqu'ici ; il ne pr ésentaroit en effet quune trèspetite partie des monumens que nous instruirons de cette époque de Lpuis le Bègue à Louis V, lorsque nous aurons avancé la recherche des autres dépôts. Or, parmi ces i,aoo chartes dont nous avons parlé, il y en a peut-être moitié qui seront écartées de notre coUe^ion et seront rejettées dans nos tables , lorsque nous aurons découvert d'autres monumens de la même époque et de même nature.

Je scaîs que ce premier volume peut, de plus, conteiur Les pièces de la même époque (800) dont M. de Bréquigny a donné les titres dans son catalogue. Ainsi, aux pièces que nous avons déjà il est nécessaire de joindre, dans le receuîl destiné à l'impression , les notices même imprimées dans ce catalogue. Mais 1 * il faut faire copier ces pièces entières dans les ouvrages qu'indique le catalogue; a* l'assemblée doit les examiner de nouveau ponr scavoir et la place qu'elles doivent tenir, et les notes dont elles doivent être accompagnées. Tout cela est un travail qu'il faut d'abord entreprendre, et après lequel on aura seulement encore une partie de notre premier volume.

Je serois donc d'avis que l'on ne donnât à fimpresaîon même la première des pièces qui doivent entrer dans ce volume, que lorsque l'on aura rangé dans un carton ou portefeuille l'entier receuil qui doit le composer. Tant que ce receuil ne renferme que des pièces manuscrites o« des notices dont on peut changer l'arrangement et parmi lesquelles on peut intercaler les nouvelles découvertes, il peut successivement se cocbpléter, et on est

ao.ooo pièces, conservéM dans la CoU^^ction Moreaa sou» iei o"** 1 t63*tsâii. hm Pbria! de TWl'. fut chargé de préparer, avec Bréquigny, ia ooUBclina dal DipionMÈeL el dedoimcr une ééitàamdb ceUes des lettres d'Innocent UI qui navaient été paUiée» ni par Biduie nt par iea éditews andé»' rieurs. Le recueil qu*il en forma parut en 1 791 ; ii compraod les Geslai 4'IaniM6ait III« In livrea UI, V-IX. da sas iafttces et doua appendice» renfemaai èb pièoea».

toujours en état de le peFfectioner. Si nous nous hâtions trop, le mal seroit sans remède.

Pour composer ce reoeuii manuscrit, qui doit rester longtems dans cet état et quil A'agira de revoir et d-examiner plusieurs fois, avant de le faire imprimer comme premier volume, voici oe que mes collègues Bénédictins ici présens me chaînent de proposer à Monseigneur le Garde des sceaux. Hs m*ont représenté en effet que, répondant en quelque façon de leurs notes et de leurs observations^ ils ne vouloient point les perdre de vue, et voici ce qu'ils ont imaginé pour se mettre en état de garantir, et au Ministre et an pubKc, la bonté, la fidélité, Texactitude de Touvrage.

Messieurs se rappellent ces notices, dont je puis ici présenter k l'assemblée un échantillon.

Ces notices tienent ^oune une page in-folio ou à^eu-*près. Il reste donc un blanc à la suite de chacune, et si ce blanc ne suffit pas, on peut y joindre une autre feuille.

Or, sur ce blanc , je propose de fidre rédiger par fauteur m^me de ces notices le jugement qui aura été porté dans les conférences, et les observations qui auront ou appuyé ou accompagné ce jugement.

Cette rédaction , avant que d'être transcrite , sera revue et examinée nonseulement per l'auteur des notes et observations, mais par les autres membres du Comité , amqueb M. Giier se chaîne de les présenter, et s'il y a même quelque question k traiter à ce sujet, eUe pourra être portée de nouveau à l'assemblée.

Mais une ibis revue, ainsi que la notice, cette rédaction sera mise dans un carton, à la place que la charte doit occuper dans la coUecticm , et dans un autre Carton correspondant sera pkcée la copie entière de la charte même , corrigée d'après les observations de rassemblée.

Ces deux cartons contiendront les matériaux de notre premier v(dume. Dans l'un, nous aurons la charte tdle qu'elle devra être imprimée; dans l'autre , les notes et observations qui d<Mvent l'accompagner.

On pourroit ajouter aux notes critiques, chronologiques et topographiques qui seront l'ouvrage de ces Messieurs, quelques observations qui indiqueroient les reports de la charte ou aux grands évènemens contemporains, ou au droit public» aux Cormes, aux usages de fépoque de sa date. Mais comme je pense que notre coUection doit laisser le choix le plus

libre aux explications des savans, je réserve ces notes, dont je me charge moi-même, pour un receuil particulier, qui fera partie de la bibliothèque de rhistoriographe et ne sera que pour lui et ses successeurs.

A mesure que, par les recherches que nous ferons, soit dans les dépôts de la capitale, soit dans ceux des provinces, nous trouverons des monumens des siècles auxquels ce volume sera consacré, nous les porterons k la conférence et nous en ferons le raport à l'assemblée; ils y seront jugés; la notice et les observations d'une part, la charte, deFautre, seront intercalées dans les receuils, que nous verrons ainsi grossir insensiblement, à mesure que Ion augmentera par de nouvelles découvertes les richesses qu'il s'agira ensuite d'apprécier.

Pour procéder dans tout cela avec plus d'ordre, je propose que M. Glier, qui depuis huit ans connoit k fond le dépôt, et qui, livré sans relâche h ce genre de travail , a acquis de notre histoire une connoissance très-exacte et très-détaillée , tienne un registre de nos assemblées et du nombre de chartes qui y sont examinées; c'est un homme de lettres, ami de M. Béjot, connu, estimé de nos coopérateurs de la congrégation de Saint>Maur et qui, à rai* son des communications respectives de nos chartes, a gagné leur confiance.

On le chargera sous moi de la rédaction des observations des juges, et je me flate que l'on en sera content. Si même Monseigneur le Garde des sceaux veut permettre qu'il assiste è nos conférences, la plume à la main, nous serons bien plus en état de mettre de l'ordre dans toutes nos opérations. Gomme c'est lui qui jusqu'ici envoyé à nos savans le contingent de leurs raports, il sera bien plus en état de suivre le chemin que feront nos monumens dans les diflPérentes mains par lesquelles ils passeront, et de répondre sur-le-champ aux questions qui pourront lui être faites sur les secours que le dépôt peut fournir dès à présent.

Il me semble que ce que je viens de proposer est le plan le plus sûr et le plus facile pour nous mettre en état de donner, le plustôt qu*il se pourra, un volume, et pour s'assurer par l'examen de tous, tant que nous sommes, que Ton n'a rien négligé pour le rendre le plus complet et le plus exact.

Je sçais qu'il seroit très-agréaole pour nous de voir incessamment paraître ce volume, qui auroit au moins i'avan loge d'intéresser le public et tous les savans à nous aider, en leur prouvant que notre entreprise littéraire n'est point un de ces beaux projets qui ne se réalisent jamais. Rien eertainement

neseroit [plus] capable d^encouragerle zèle de nos travailleurs et d'augmenter lemulation de tous les savans que renferme la congrégation de Saint- Maur.

Mais, d*un côté, je ne crois pas que nous devions sacrifier à cette annonce flateuse pour nos travaux Tavantage de les rendre plus utijes.

D'un antre côté, il me semble quil est possible, dès à présent, de donner d'une autre manière à notre entreprise et toute la publicité et tout lencouragcment dont elle a besoin.

Il nous faut beaucoup de tems encore pour préparer et réunir les matériaux d'un premier volume. Donnons dès à présent, et faisons imprimer au Louvre un prospectus raisonné de notre travail. Je le composerai, si Ton veut bien m'en charger. J'y ferai l'historique de mon dépôt, j'en indiquerai Tobjet, j'annoncerai le pian de notre entreprise, et le prospectus même pourra servir de préface à notre collection, comme le discours de M. Dalembert au Dictionnaire encyclopédique ^^\

En exposant nos ressources dans ce discours préliminaire, nous nous en procurerons d'autres, et lors surtout que nous aurons annoncé que nous faisons imprimer aux frais du Roi tous les titres historiques, tous les monumens intéressans que nous croirons utile de transmettre à la postérité et de faire survivre même à la perte des originaux, il n'y a , j'ose le dire, point de grande maison qui ne nous fasse passer les monumens de son histoire particulière qui se lient à l'histoire générale. Peut-être nous arrivera-t-il que les grands seigneurs, ces communautés dont nous sommes obligés d'aller fouiller les archives, nous épargneront une partie de notre travail. Voilà, Messieurs, ce que j'ai cru devoir vous proposer, et sur quoi je demande et les ordres du Ministre et la délibération de l'assemblée qu'il consulte.

(Collection Moreau, n* 288, foL 33.)

(^} Le prospectus dont parie Morcau fut rédigé par loi et parut sous le titre de : Plan des tra vaax Uttéraires ordonnés par Sa Majesté» Paris, 178a, in-8'.

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