‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents)Chapitre 52 sur 155 · MISSION DE BRÉQUI6NY À LONDRES · texte numérisé non relu

MISSION DE BRÉQUI6NY À LONDRES

PREMIER MÉMOIRE DE BREQUIGNY SUR LE TRAVAIL À FAIRE POUR LE RECOUVREMENT DES PIÈCES CONCERNANT LA FRANCE QUI SE TROUVENT DANS LE DÉPÔT DE L'ÉCHIQUIER. .

Avant d'entamer ce travail si utile k notre nation, si glorieux pour le Ministre qui en a formé le projet , et dont il m*est si honorable d*être chargé , je crois devoir exposer, dans ce premier mémoire , le plan général que je me suis formé, soit sur lobjet du travail même, soit sur les moyens de Texécuter. «Ten exposerai les opérations particulières dans un second mémoire, sitôt que l'inspection des pièces m aura mis en état d'entrer dans les détails.

On sait jusqu'ici que la multitude de ces pièces est si grande, qu'on ne peut guères se proposer de les copier toutes. Je crois donc qu'on doit les diviser en trois classes : 1*^ les plus importantes, qu'il faudra transcrire en entier; a° celles qui, sans être d'une aussi grande conséquence, méritent cependant d'être connues avec quelque détail, et dont il conviendra de dresser. des notices; 3** enfin celles dont il suffira d'indiquer l'objet par un simple titre.

(*) Sur la mission de Bréquigny à Londres , voyei aossi ce qui en est dit pages 97, 9g , 1 30 , 1 a 1 , 136, 139, i3i, i46, iSg, 3io, Su, 3i3, 3i5, 3a 1, 35a, 358, 3S4t ita, 4i5, 433, 445.

IMMiaKKII lATMVAll.

Comme ces pièces sont dispersées sans ordre, ou entassées par monceaux dans la plus grande confusion , je perdrois beaucoup de tems si je m'oc* cupois d'abord, et par forme de travail préliminaire, à les séparer selon leurs classes. Je me propose donc de travailler sur chacune d'elles, à mesure quelle se présentera sous ma main. Je jugerai d'abord si elle doit être ou copiée, ou extraite, ou simplement inscrite; et, en conséquence, je la livrerai à ceux de mes commis qui seront chaînés ou de l'inventaire, ou des notices, ou des copies.

Quant à la règle que je crois pouvoir me prescrire pour distinguer les pièces qui doivent être copiées, ou extraites, ou seulement indiquées, je pense : i" que toutes celles qui sont de nature à entrer dans le dépôt des affaires étrangères doivent être transcrites tout au long» mais surtout les acies qui composoient le chartrier de Philippe-Auguste, pris par les Ânglois à la bataille de Belle-Foge ^^^ les registres, mémoires et autres titres concernant l'administration de plusieurs de nos provinces, qui furent remis, en exécution du traité de Brétigny, aux commissaires d'Angleterre , selon le i^écépissé qu'ils en ont donné à la Chambre des comptes de Paris , les ordonnances que les rois d'Angleterre ont rendues pour les parties de la France doïit ils ont été les maîtres, et, en général, les actes les plus essentiels à notre histoire. On rendra ces copies aussi semblables qu'il sera possible aux originaux, imitant exactement les monogrames, dessinant ou décrivant les sceaux, et faisant mention des autres caractères diplomatiques.

a^ Les pièces qui contiendront des faits moins importans, mais qui cependant pourront servir «oit à éclaircir notre histoire par raport à la chronologie, à la géographie, à la généalogie des grandes maisons, soit à l'enrichir par des détails relatifs aux mœurs et aux usages anciens de notre nation , etc. On se contentera d'en dresser des notices exactes , qui contiendront l'extrait de la partie essentielle de l'acte , et l'on fera mention des caractères diplomatiques qui mériteront d'être observés.

S"" Toutes les autres pièces dont l'utilité sera moins sensible ou moins générale, telles que celles qui ne concernent que les familles particulières, les lettres missives qui ne contiennent point de faits intéressans, etc., on

(') Ces'i celte aventure qui donna lieu à Tidée delà fondftUoa d*mi dépàl pamanent dea archives de la Couronne ou Tréior des diartes. '

les désignera par des titres très-sotnm^ires, et qui indiqueront seulement Tobjet principal de Tacte et sa date.

Chaque copie ou chaque notice sera faite sur des feuilles séparées et de même grandeur; et chaque titre des pièces qui ne seront ni copiées ni cxlrailes sera mis sur un bulletin , afm dé pouvoir ranger successivement ces feuilles dans des cai*tons, et réduire ces bulletins en table par suite de matières et par ordre chronologique.

Il y aura , outre cela , un registre sur lequel on inscrira chaque pièce , aussitôt qu'elle aura été vue; ce qui formera un inventaire général de toutes les pièces sur lesquelles on aura travaillé. On y inscrira :

i"" Le titre de la pièce et sa date.

a" On y fera mention si lacté a été copié, si On en a dressé la notice ou si Ton s'est contenté de l'indiquer par un simple titre.

3"* Comme on aura soin de cotter par une lettre ou un chiffire chacun des originaux, on marquera dans l'inventaire la cotle. sous laquelle ces actes seront rangés dans le dépôt, afin d'en faciliter la compuision, si, par la suite, on en a besoin.

Cette compuision pourra devenir lucrative aux gardes du dépôt; ainsi on espère qu'ils se porteront d'eux-mêmes à ne rien changer à Tordre des cottes, ni à Tarrangement des pièces dans le dépôt même. On présume qu'il sera d'ailleurs besoin de leur donner quelque gratification, afin d'obtenir d eux toutes les facilités qui pourront hâter l'expédition. J'aurai soin de plus de leur faire sentir combien ils se feront d'honneur en coopérant de tout leur pouvoir à un travail qui ouvrira des sources nouvelles, même pour leur propre histoire, si étroitement liée à ta nôtre.

Quoiqu'il y ait lieu de croire que jusqu'ici on a publié fort peu des adtes renfermés dans le dépôt qu'on se propose de fouiller, cependant il n'est pas impossible qu'il y en ait eu d'imprimés sur des copies de ces mêmes actes trouvées dans d'autres dépôts. Il sera aisé de le vérifier par la table chronologique de tous les titres imprimés concernant l'histoire de France que j'ai poussée jusqu'au delà du xvi* siècle. On s'épargnera par là de copier les pièces déjà imprimées, en se contentant d'en inscrire dans l'inventaire général le titre et la cotte, avec un renvoy au volume dans lequel elles auront été publiées.

Au reste, je me flatte que le Ministre sous les ordres duquel j'ai l'honneur de travailler me permettra de Im* adresser fréquemment les catalogues rai-

«ODoéi été pièces que je recocnrrerai et daignera me gnider par ses lumières dans tout le cours des opérations de ce tra?ail.

Pour le manuel de ces opérations , voici le pian général que je me propose de suivre.

Je me réserve : i * Tinspection première des pièces et leur distribution pour être copiées, extraites on simfrfement inscrites; i* la vérification des notices; 3* la rédaction des titres; U* la description des caractères diplomatiques; 5* la colbtion des copies. Je crois devoir observer qu afin de donner à ces copies le d^é d authenticité le plus propre à les rendre utiles, il seroit nécessaire de m'autoriser suffisamment pour que la jMèce coUationnée par moi eût en France la même force que l'original. A^insi crut-on devoir autoriseff par arrêt du Conseil du i may 1 7^7» M. Courchetet-Desnans^^\ chargé d*un travail à-peu-près semblable dans les dépôts des Pais-Bas.

Le reste des opérations sera e&écuté sous mes yeux par des commis, que je crois devoir d*abord borner «à six, savoir : un pour écrire sous ma dictée; un pour Tinventaire général; deux pour les copies, et deux pour les notices et extraits. On pourra , par la suite , augmenter ce nombre , mais il n'en faut pas davantage dans les commencemens, parce qu'étant obligé de les former à une méthode uniforme et d'éclairer leur travail, je mo trouverois surchargé, et ne pourrob veiller d'assés près sur ce qui «croit fait.

Il est nécessaire que quatre de ces commis soient versés dans la lecture des anciennes écritures, et que deux au moins soient initiés dans la diplomatique, dans la connoissance de notre histoire, et dans Tintelligence de la basse latinité et de l'ancien françois.

Les appointemens de ces commis en France seroient, suivant les divers degrés de leurs connobsances, de 800**, 1 ,000^ et 1 ,aoo^ par an. Mais, vu la cherté de la vie à Londres, je crois qu'il faudroit doubler ces appointemcns. A co moyen, je les préviendrois qu'ils n'auroient aucune gratification À espérer. Cependant, pour mieux les encourager, je croirois devoir fixer leurs appointemens au quart au-dessous du prix destiné, afin de pouvoir distribuer ce quart entr'eux chaque année par forme de gratification, selon qu'ils me pnrottroient le mériter. Ainsi les frais de ces commis seroient réglés de la manière qui suit :

^*) Frttiiçoii Courcliele(, soigneur d^Esnans, coaseiller au Pariement do Besançon. Les quaranleneuf volumes qu il recueillit foraunt les n** 909*957 de la Coilection Moreaa. .

Celui qui écrira sous ma dictée et celui qui tiendra le registre d*inven*

taire général, pour chacun 1,200^ 2,&oo^

GratiGcation annuelle, chacun ^oo^ 800

Deux commis pour déchiffrer et copier, chacun 1,600^ 3, 000

Gratification annuelle, chacun 5oo^ 1,000

Deux autres pour les extraits et notices, chacun 1,800^ 3, 600

Gratification annuelle, chacun 600^ 1 ,aoo

Total cy 1 2,000**

Il faudra en outre leur paier leur voiage, que je croys qu'on peut porter à cent écus pour chacun, et autant pour leur retour.

Du reste, j*aurai soin d*exciter encore leiu* zèle en leur faisant sentir combien leur travail est honorable , et combien il les mettra à portée d*être employés par la suite avantageusement.

Poiur ne pas multiplier les frais, je me propose de partir avec un seul commis, après m'être assuré des autres aux conditions que j'ai marquées, de sorte que, lorsque je les manderai, ils soient, à leur arrivée, en état dé commencer leurs opérations, sans aucune perte de tems.

En général, j'ose assurer que je ne négligerai rien pour réunir dans la conduite de ce travail l'exactitude , la diligence et l'œconomie.

( CoUectkm BréqnigDy, n* 75 , foL 1 96.)

NOTE DE MOREAU k BBRTIN SUR LA MISSION DE BRéQUIGNT k LONDRES.

3 mai 1764*

«Tay vu M. de Bréquigny, qui compte partir lundy prochain pour l'Angletterre et qui va demain à Versailles prendre congé de M. le duc de Praslin^^^, recevoir ses derniers ordres et ses lettres de change. Il aura l'honeur de voir Monseigneur, et il est absolument nécessaire qu'il y ait une explication sur l'objet de son voiage. Il est persuadé que les recherches qu'il va faire à l'Échiquier et à la Tour de Londres , quoiqu'elles embrassent tout le droit

(^> Cësar-Gabriei , comte de Ghoiseul, jMiis^ duc de Praslin, ministre des affiùres étrangères le 9 octobre 1761.

public et beaucoup au-delà de ce qui intéresse le département des affiiires étrangères, ne doivent cependant enrichir que le dépôt de M. le duc de Praslin, et qu'il ne peut envoyer dans le nôtre aucunes copies qu'en vertu d'ordres qui lui seroient donnez et moyenant d'autres copistes , que Monseigneur lui foumiroit.

Je lui ay objecté qu'étant attaché à un travail particulier, qui est dans le département de Monseigneur, il étoit si vray qu'il alloit travailler pour lui , qu'il comptoit emporter des catalogues de chartes imprimées qui apparlienent à notre dépôt, et j'ay dit que Monseigneur pensoit qu'il devoit nous les laisser en partant. Il répond qu'il a été dit qu'il les emporteroit , et que c'est un des ordres qui lui ont été donnez, en conséquence du bon du Roy mis SUT un mémoire détaillé dont il a été fait raport au Conseil , en présence de Monseigneur. Il compte pour les envois établir sa correspondance avec M. Durand ^^\ garde du dépôt des affaires étrangères, et demande, pour être autorisé à nous envoyer aussy des doubles de ce qu'il découvrira, une lettre expresse de Monseigneur.

Javois cru, moi, que le Ministre des affaires étrangères ne s'étoit mêlé de cette affaire que pour concerter avec celui d'Angletterre les agrémens et les permissions qu'il nous falloit; mais ce n'est pas comme cela que l'entend M. de Bréquigny. Je pense donc que Monseigneiu* lui doit expliquer nettement ses intentions , et prendre des arrangemens pour que Ton ne nous enlève pas tout le jhiit que nous pouvons tirer de ce voiage pour le dépôt des chartes.

(Collection Morean, n" 508, fol. aÂ3.)

LETTRE DE BIviQUlGNT k BERTIN (^).

Londres, le s 9 mai 1764.

Monseigneur, vous m'avez ordonné de vous rendre compte du succès de

(0 Durand de Di»trof. U existe de lui au Ministère des affiiires élran^€s des Mémoires sur TAllemagne, qui portent la cote 626 , ainsi que divers Mémoires et des dépèches réunis sous la cote 533. Il avait, dès 1763 , signalé l'importance des dépôts d'archives d'Angleterre pour Thisloire de France.

(*) Celte lettre a été poUiée par M. Ghampoliion-Figieac, LêUrti du rois et reUes, Introduction

p. LUX.

ma mission pour la recherche des titres ooncerDant la France qui se trouvent dans les dépôts de Londres. Depuis mon arrivée ici, je suis occupé tous les jours (excepté le dimanche) à fouiller dans un grenier de l'Échiquier, d*une longueur immense, rempli, jusqu'au comble, de vieux parchemins, que fon y a accumulés sans ordre, et que Ton y abandonne à la pouriture comme inutiles. La pluspart de ceux que j'ay examinés jusqu'ici sont d'anciens comptes rendus à l'Échiquier des divers revenus de la couronne d'Angleterre, et les pièces justificatives de ces comptes. Parmi ces pièces justificatives, j'en ai trouvé plusieurs qui intéressent la France, et je les ai mises à part. Je n'ai pu encore faire copier, parce que, dans le grenier où je fouille, il n'y a pas de place pour pouvoir écrire. Il n'y en a pas même pour se tenir debout; mais j'espère obtenir la permission d'emporter chez moi, sous mon récépissé, les pièces que je croiray devoir extraire ou faire transcrire. «Taliay avant-hier à ce sujet, avec M. l'ambassadeur de France (^\ chez mylord Mansfield ^^^ ( bre{ chef-jastice) y et il assura qu'il fàiroit en sorte de me procurer cette permission. J'ay visité le Muséum British, où il y a une collection de chartes bien précieuses; on m'en a promis toute communi* cation : on m'a promis aussi de m'introduire dans les divers dépôts de titres qui sont h Londres. Ces dépôts sont en si grand nombre que leur liste seule , qui est imprimée, forme un volume. Il y a tout lieu de croire que je pourai faire ici une récolte trè.s-abondante de phartes utiles à l'histoire de notre nation. J'auray soin, Monseigneur, de vous informer du progrès. Daignez me conserver vos bontés, que je m'efforcerai toujours de mériter. Je suis, etc.

BfUiQUIGNT.

(CoUecUoo Moreaa, ii*315, f<d.66.^

LETTRE DE BRl^QUIGNY À BERTIN^^'.

Londres, le a a juillet 1764.

Monseigneur, j'ai reçu la lettre dont vous m'avez honoré le 6 juin , par

(') Ckode-Pran^is, c<»nte de Gaorckj, qai fnt envoyé comme ambiiw Jenr à Londres, après la paix de 1763.

(*) MrdKam Mnrray, comte de Mansfield.

^^ Getislettnaétépal>liéeparM.Gliampollion-Figeae,ii<6t»(2arro»itiww ,p.Lixxi.

laquelle vous me recommandez de ne pas oublier la Tour de Londres. Je ne manquerai pas de puiser dans ces précieuses archives , où Ton m*assure que je trouverai quantité de pièces importantes. Mais comme ce dépôt est à plus de trois milles de distance de ceux où je travaille , j*ai cru devoir différer de m'y transporter, jusqu i ce que je puisse m*établir dans le voisinage, comme je me propose de le faire, dès que j'aurai achevé mon travail d^ins les dépôts qui sont actuellement à ma portée. Ces dépôts sont : i ® les greniers de l'Échiquier, au-dessus de YAugmentationdes Offices; a® l'Office des Remembrancesde cet Échiquier; 3*^ la bibliothèque Gottoniene, où il y a beaucoup de cartulaires qui appartenoient autres fois aux monastères d'Angleterre; à"^ le chartrier du Muséum. Ce chartrier contient seize mille chartes qui n'ont jamais été publiées, et dont il y en a quatre mille qui ne sont pas même connues de leurs possesseurs. Il y a fort peu de temps que je me suis ouvert cette nouvelle source.

Je viens d'envoyer à Monseigneur le duc de Praslin le catalogue des pièces que j'ai copiées jusqu'ici dans ces divers endroits, et j'ai joint à ce catalogue un mémoire détaillé sur mes opérations. J'aurai soin, Monseigneur, de vous informer de leurs progrès. La moisson sera certainement abondante à la Tour de Londres, quand on ne feroit que copier les plus importans des rooUes dont Carte ^^U puolié les catalogues; et il y en a bien d'autres qu'il n'a pas connus. On fait ici peu de cas de cet auteur, qui, dit-on, n'avoit pas vu les titres originaux dont il a parlé, mais seulement des catalogues qu'il n'a eu que la peine de transcrire.

Je suis, etc.

Bbbquigny.

(Gdlectioa Moreaa, n* 515, foL 68.)

REPONSE DE BERTIN À BRl^QUIGNY (^).

Paris, le 13 août 1764.

J'ay reçu. Monsieur, votre lettre du as juillet, et je vois avec plaisir que

C^) Thomas Carte, historien an^ais, né à Dusmoon en avril 1686, mort près d'Abingdon (Berkshire] le 1*' avril 1754, auteur dW Catalogne des rôles gascons, normands etjrançois, conservés dans les archives de la Tour de Londres, tiré dapris celui da garde desdites archives: catalogue publié par de Palmeuse. avec préface de Bougainville; Londres (Paris), 1743, a vol. in-fol.

(*) Cette lettre a été publiée par M. GhampoHion-Figeac , Lettres des rois et reines, Introd. , p. Lxxxn.

vos espérances nous annoncent une ample récolte. J*auroîs voulu que vous m'eussiez dit quelque chose de la nature et de Tantiquité des raonumens que vous trouvez dans les dépôts de TÉchiquier. J avois toujours oui dire que ce qu'il y avoit de plus intéressant pour nous dans ces dépôts étoient les minutes des jugemens des tribunaux François, que les Anglois avoient autrefois emportez avec eux, au lieu que les principaux titres du domaine enlevez à Philippe-Auguste avoient été placez à la Tour. Lorsque vous aurez visité celle-cy , vous serez plus à portée de vérifier si ce que Ton ma dit à cet égard est certain; mais, en attendant, je naurois pas été fâché que vous me fissiez part de Tidée que vous avez prise vous-même des titres de rÉchiquier. Il^paroit que le chartricr du Muséum vous ofiPrira une ample collection dont il me tarde de voir Tétat. Vous me confirmez dans le jugement que j avois porté de Carte et de ses catalogues, dont, entre nous, je n ay pas fait plus de cas que les Anglois en font eux même.

Le catalogue des chartes imprimées que vous avez emporté avec vous nous manque beaucoup icy. Les Bénédictins sont arrêtez dans leurs recherches par la crainte de ne nous envoyer que des titres qui auroient été desjà publiez. J'ay résolu , pour faciliter leur travail, de faire imprimer le catalogue que vous avez, et dont je suis très-fâché que nous nayions pas icy un double : il est impossible de commencer cette impression sur les bulletins peu en ordre que vous avez laissez à Paris. Mandez-moi donc quand vous pourrez ou nous renvoyer ou nous rapporter cet ouvrage; car si vous ne voilez pas jour à faire icy un voyage, je croi qu'il seroit essentiel que vous nous fissiez passer d'Angleterre une copie de ces catalogués, que je ferois sur-le-champ donnera l'impression. Je vous souhaite , Monsieur, une ample moisson de monume.ns, et vous prie de me faire part de vos découvertes.

Bertin.

(Collection Moreau, n* 315, foi. 70.)

LSTTRS DE BERTIN AU DUC DE PRASUN ^^l

Août 1764.

M. de Bréquigny ma fait part, Monsieur îe Duc, des recherches qu'il a faites à Londres et des espéitmces qu'elles lui donnent II m'a également appris qu'il vous avoit envoyé le catalc^ue des pièces qu'il avoit jusquicy fait copier : vous sentez combien les premiers succès de ce travail doivent piquer la curiosité de ceux qui, comme moi, ont la manie des antiquités: c'est un goût que je partage avec vous. Mais à ma propre curiosité se joint l'inlérét du dépôt des Chartres que le Roy m'a confié. Je vous serai donc trèsobligé, Monsieur le Duc, si vous voules bien me faire communiquer ce catalogue de M. de Bréquigny, que j'auray soin de vous faire remettre incessamment.

Je suis, etc.

BiRTIN.

(Collection Moreaa, n* 515, fol. 70 ▼*.)

LETTRE DE BRéQUlQNT k BERTIIf (^).

5 Mptembre 1764*

Monseigneur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le i a aoust, par laquelle vous me marqués que vous désireriez sçavoir quelque chose sur la nature et l'antiquité des monumens que j'ai trouvés à rÉchiquier. J'ai l'honneur de vous envoyer un petit mémoire où j'ai rassemblé ce que j'ai vu, lu ou ouï dire sur ce dépôt et sur les pièces qu'il renferme. Quant aux titres que j'y ai fait jusqu'ici copier, vous en avez sans doute parcouru les catalogues que j'ai envoyés è Monseigneur le duc de Prasiin. Le Muséum m'offre une récolte jusqu'ici plus intéressante. Il est

(^) Cette, lettre a été publiée par M. Ghampollion-Figeac , Lettres des rois et reines. Introduction, p. Lixxin.

(*) Cette lettre a été publiée par M. ChampoUion-Figeac , Lettres des rois et reines. Introduction, p. Lixuir.

très-vray , comme vous ]*a dit M. Hume ^^^ , qii*on y trouve un suppMement au Rymer^^) : il est en 60 vol. in-foL, et je suis occupé à en faire le dépouillement pour ce qui concerne la France. Ce ne sont pas les titres originaux, mais les copies que M. Rymer en a voit fait faire pour servir à son supplée* ment. On voit, par ses indications, que presque tout est tiré de la Tour. Je compte faire copier les titres intéressants pour nous , sur les copies qu il a fait faire, parce que cela sera plus aisé pour mes commis et d*une expédition plus prompte. Ensuite, lorsque je passerai à la Tour, je coUationnerai ces copies sur les originaux.

Indépendamment du travail de Rymer, le Muséum renferme des pièces très-importantes pour nous , et que je fais actuellement copier. Ce sont quan* tité de pièces originales , telles que des lettres de roys , de ministres , etc. , des instructions secrettes d ambassadeurs , des minuttes de traités, des plan& de négociations, etc. (Je parle toujours de pièces relatives à la France.) La seule bibliothèque Gottoniene possédoit une suite de 24 registres de cette espèce: ils ont presque tous péri dans un incendie ^^). Il n'en reste que des lambeaux, mal eu ordre, à demi-brûlés, et dont le parchemin a été tellement ridé par le feu qu*il est très-difficile de les lire. Le plus grand malheur est quiis se détruisent en les feuilletant, quelque précaution que Ton prenne. Tout cela les rend plus précieux; car, avant qui! soit peu, ces originaux seront absolument perdus. J*en range et raproche les morceaux , et je les déchiffre avec tout le scrupule et toute Texactitude immaginables. Ce que jfr tîreray de là tiendra lieu un jour des originaux même, qui périront bientôt, et je crois que cet article mérite la plus grande atlention. Je ne fais que commencer ce travail, qui sera long, si les pièces de ces receuils continuent d être aussi intéressantes et aussi peu connues que celles que j*ai rencontrées jusqu'à présent.

<*) Le célèbre philosophe et historien David Hume, qui avait accompagné, en 1763, le comte d^Hertford à Paris , en qualité de secrétaire d ambassade.

^*) Le fameux recueil dont il est' si souvent question dans ces pièces, recueil dû à Térudit anglais Thomas Rymer, né en 1646, mort le 1 4 décembre 1 7 1 3 , à Londres , intitulé : Fadera, conventiones^ literm et cnjttscamqne generis acta pubLica inter reges ÀngUœ et alios quonis imperatores, reges, etc., comprend 1 7 vol. in4bl. , parus de 1 704 à 1 7 1 6 , avec un «upplément de 3 vol. puMîé dei736ài735, par Sanderson, qui avait été adjoint à Rymer depuis 1707. Cette publication s*arréie à Tannée i634.

(^) La bibliothèque G>ttonienne, ainii nommée k cause du savant antiquaire aoglab qui Tavait formée. Robert Bruoe Gotton, né k Denton le a a janvier 1670, mort le 6 mai i63i, fut détruite en partie, le 33 octobre 1731, par Tinceodie qui dévora la bibliothèque de la Couronne, k laqoelk elle avait été réunie. Ce qui échappa aux flaounea fut porté an Britiah Muséum.

Vous sentez aisément, Monseigneur, l'indispensable nécessité de vérifier à tout instant ces pièces avec Ja table des titres imprimés; sans cela, je courerois risque très-souvent de faire copier ce qui a été publié. L*usage que je fais de cette table est précisément celui auquel elle a été destinée; mais, en même temps, je la perfectionne. Elle n a été faite que sur les dépouillements des livres connus en France, et particulièrement sur les livres de la bibliothèque de M. Secousse, qui, quoique très -nombreuse sur ce qui concerne notre histoire , ne renfermoit pas'divrrses histoires étrangères, dans lesquelles on a publié des titres qui concernent la nôtre. Tels sont, par exemple, les appendix des trois vol. in*foL de Thisloire d^Ângleterre, par Brady'^^ etc.; il est par conséquent nécessaire, pour la perfection de cette table, que j y ajoute les titres des pièces relatives à l'histoire de France qui ont été publiées dans ces ouvrages. J.e crois donc qu avant de la faire im* primer, il convient de la rendre aussi complette quil est possible; et ce délai ne peut nuire au travail des Bénédictins.

Dans le plan fort étendu que j*avois dressé sur leur travail, et qui a dû passer sous vos yeux. Monseigneur, il me souvient quej'avois marqué qu'ils envoyeroient les litres des pièces avant de les faire copier, afin de juger : 1 ''de leur importance , et si elles valoieut la peine d*ètre (ranscrittes en entier; 2"* si elles n'étoient pas desjà ou publiées ou manuscrites dans quelques bibliothèques publiques. Il me semble qu en suivant ce plan , ies Bénédictins pouroient envoyer lès listes, à mesure quils découvriroient quelque chose. Leur première h'ste, une fois renvoyée, leur donneroit de Touvrage assez pour n*ètre pas oisifs, tandis qu'on examineroit les listes successives qu'ils pourroient faire passer et qu'on leur renvoyeioit à mesure, avec les apostilles, pour copier, extraire ou négliger les pièces dont ils fourniroient des catalogues. MM. de Foncemagne et de Sainte- Palaye fcroient aisément cette besogne à Paris, à l'ayde des bulletins qui ont servi à la composition de la table, et qui sont ceiiainement très en ordre, rangés verticalement dans des cartons, comme des cartes à jouer, exactement selon Tordre observé dans la table même. Mais, ce qui ne seroit pas plus long ni plus difficile, ce seroit de me faire passer ici ces^listes, que je renvoyerois sur-le-champ, et

<') IntroinctioH to tke old english history, Londres, i684, in-foi.; le même ouvrage parut sous ce titre : CompleU histoiy of England: ibid., i685, in-fol., avec une continuation jusqu'à la fin du règne de Richard II; ibid., 1760, a vol. in-fol. L*auteur, Robert Brady, professeur de médeeine à r Université de Cambridge, né en i643 daos le comté de Norfolk, mourut en 1700.

auparavant que les BénédictiDs eussent eu le tems de m'en fournir de nouvelles. D'ailleurs, quand mèine les Bénédictins auroient la table des titres imprimés, ils ne seroient pas dispensés, avant de copier, d'envoyer les listes des pièces , pour vérifier s*il n*en existe pas desjâ des copies dans quelquesuns des dépôts de Paris. Ainsi ce que je propose n alonge en rien leur travail.

Au reste , Monseigneur, si vous êtes toujours résolu à faire imprimer cette table dans Tétat où elle se trouve, je vous en envoyerai le premier volume, ou j'aurai l'honneur de vous le porter moi-même cet hiver. Je crois qu'il sera indispensable que j'aille dans cette saison à Paris pour faire quelques vérifications sur des notices de pièces dont on peut trquver des copies dans les dépôts de France, vérifications qui ne peuvent guère être faites avec l'exactitude nécessaire que par celui même qui a vu les pièces dont il s'agit. J'attendray vos ordres à ce sujet , Monseigneur, et je vous suplie d'être persuadé de tout le désir que j'ai de méritter vos bontés.

Je suis , etc.

Brbquigny.

(C<Jiectioii Moreaa, n* 315, fol. 71.)

MEMOIRE DB BRliQUIGNT SUR LES TITRES DiPOSis À L'icHIQUIER (^).

Il y a beaucoup de dépôts différents à rÉchiquier. Chacun d'eux a ses officiers et ses gardes, dont il est assez difficile de tirer des notions claires et précises des divers titres qui leur sont confiés. Je n'ay jusqu*ici travaillé que dans ce qu'on appelle V Office des Remembrances. Il y a plusieurs salles dépendantes de cet office, et de fort vastes greniers. Dans la salle où je suis encore, on trouve: i^'des rôles contenant les enregistrements des lettres patentes du grand sceau et du sceau privé : chaque rôle contient une année du règne; les plus anciens que l'on m'ait communiqués sont d'Edouard III, qui commença à régner le i\ janvier iSay. Quelques-unes des lettres enregistrées dans ces rôles regardent les affaires de France, mais toujours indirectement. J'ai fait des dépouillements de quelques-uns de ces rôles , et

(1) Ce mémoire a été publié par M.Gkamp(^on-Figeac, LtUns des rois et reines. Introduction

p. LXXXTt.

j*ai vu que les lumières que j*en tirois mërittoient peu la peine et le temps que j*y employois ; a* les procédures faites relativemeot aux revenus de la couronne d*Anglelerre; 3^ les jugements de l*Ecbiquier par raport aux affaires pai*ticulières : ces deux sortes de titres ne m*ont rien fourni; 6* plusieurs coffres où sont divers registres , dont quelques-uns concernent les revenus de la couronne; d'autres sont des terriers d'anciens monastères. Xai parcouru tous ces rostres, et j'en ai tiré ce qui pouvoit être relatif à mon objet. Le fameux Livre rouge m'a foumy plusieurs choses, entre autres, une liste , plus ample et plus exacte que celle qui est publiée dans les historiens normands de Duchesne, des fiefs qui existoient en Normandie du temps de Guillaume le Conquérant, avec leurs redevances et les noms de leurs possesseurs.

Les greniers qui dépendent de cet office sont remplis d'une quantité immense de papiers regardés comme inutiles. C'est 1& où je me suis d'abord attaché, parce qu'on m'assura que tout le reste étoit connu, et qu'il n'y avoit ailleurs aucuns papiers qui eussent appartenu à la France. Après y avoir travaillé près de deux mois, je me suis convaincu qu'ils ne contenoient que d'andens'comptes des recettes et des dépenses de l'État, avec des pièces justificatives. Il y a plusieurs de ces comptes qui concernent nos provinces, du temps que les Anglois en étoient les maîtres; j'en ay fait copier quelques-uns. «Tai trouvé aussi, parmi les pièces justifficatives, quantité de chartes relatives k notre histoire : j'en ay tiré beaucoup de copies et dressé beaucoup de notices. Leurs titres forment la plus grande partie du cata* logue que j'ai envoyé à Monseigneur le duc de Praslin. Il s'en faut bien que ce travail soit épuisé; mais le Muséum m'ayant offert des choses beaucoup plus intéressantes, je ne donne plus à ce premier objet que le temps qu'il ne m'est pas possible de donner au second.

n y a, outre cela, trois autres sales dépendantes de ce même office; l'une contient des contrôles ou dapUcaia des pièces précédentes; l'autre, les procédures faites contre les officiers de l'Échiquier, ou leurs poursuites contre les comptables; la dernière, les titres concernant les revenus ecclésiastiques de la Couronne, tels que les annates et les dixmes. Oh y trouve les évaluations des bénéfices sous Henri VIII. Les lumières qu'on en peut tirer relativement à notre bbtoire ecclésiastique sont des listes exactes de ce que nos églises de France possédoient en Angleterre, et de la valeur de ces possessions. Comme ces biens étoient communément saisis toutes les fois

qae Vkof^ierre étoit en guerre avec la France, il est'souvent question de ladministralion de ces rerenua dans les comptes qui m*ont passé par les mains, et jai receuiili plusieurs choses à ce sujet qui peuvent être utiles à perfectionner Touvrage de GalUa chrisAwa.

Oulre les dépôts de V Office des Remembrances , il y a encore à l'Échiquier quatre autres dépôts : celui de Ir Tréscrerie , celui des Augmentations, le Pipeoffice^ et la Cour des gariet ou jurisdiction concernant les gardes nobles.

Cette jurisdiction ne subsiste plus; on se plaint que ses actes ont été pillés par un gardien infidèle. On en a rassemblé les restes, qui sont en ordre, mais ils ne peuvent intéresser que les possesseurs actuels des terres d'Angleterre , ou les familles de ceux qui en ont joui.

Le Pipe^ffica est ainsi nommé, ditron, parce qu'autres fois les papiers qu'on y conaervoit étoient mis dans cette sorte de tonneau qu'on nomme pipe. On y trouve les comptes des revenus de la Couronne et leurs con* troUes, tant pour les revenus fixes que pour les revenus casuels. Je ne doute pas que cet immense amas de papiers qui se trouvent dans les greniers n'ait fait autres fois partie des papiers du Pipe-office, où l'on n'aura laissé que les comptes des derniers règnes.

L'office des Augmentations contient de qui oonceme les augmentations faites: aux revenus de l'État, et principalement celles qui sont provenues de la réunion des petits bénéfices ecdésiastiques au domaine de la Cou* ronne.

L'office de la Trésorerie 8e divise en quatre portions : la première contient les rôles des jugements prononcés par les juges députés dans les provinces sous Henry III, roy d'Angleterre, et sous les trois premiers Édouards, etc., les titres concernant les terres qui ont fait partie des appa* nagea, ou celles des monastères qui furent donnés au fameux cardinal de Woisey ^^\ On y trouve aussi les papiers saisis chez ce cardinal lors de sa chute. On assure qu'il y a les statuts de l'ordre de Saint-Michel , que notre roy François I*' envoya à Henry VIII; quelques rôles delettres*patentessous Jean-saiifl-Terre, Edouard II et Henry yi, etc. Il y a lieu de croire qu'on tireroit de tout cela divers secours pour notre histoire.

La deuxième portion de la Trésorerie semble encore plus intéressante. Outre beaucoup de papiers qu'on dit être inutiles, et ceux qui concernent

(') Le célèbre ministre du roi Henri VIU,

l'administration du domaine sous Henry VIII et ses quatre successeurs, on prétend qu*ii y a une armoire remplie de lettres d*ambassadears, leurs instructions , leurs chiffres , etc.

La troisième étoit une voûte dans le doitre de Tabbaye de Westminster, sous laquelle on avoit placé les traités avec les cours étrangères, et d autres papiers d'État; mais, comme ils y étoient mal logés, on les a transférés, il y a près de 70 ans, dans f ancien chapitre [Chapter-'hoase), qui est dans le même cloître.

Cette dernière portion contient, outre ces papiers qui y ont été transportés, les registres (depuis Henry III jusqu'à Henry VII) de la Cour àa rvy et des deux jurisdictions qui en furent formées : le Banc da rcy et les Plaids communs. On y trouve de plus quelques rôles du pariement sous Edouard 1^ et beaucoup d'autres du tems de Henry VIII, touchant son divorce, sa renonciation à la suprématie du pape, l'abolition des abbayes, etc. Rymer a tiré de ce dépôt un grand nombre d'actes qu'il a publiés. Je suis , depuis un mois, occupé à m'en procurer l'entrée; mais l'absence des Ministres, qui, dans cette saison, sont presque toujours à la campagne, et des barons de l'Echiquier, occupés à leurs tournées dans les provinces, nem*a pas encore permis d'obtenir l'accès dans ce lieu, où j'espère trouver beaucoup de choses importantes, et peut-être les papiers apportés de France, dont on soutient ici n'avoir aucune connoissance , mais qui certainement doivent s'y trouver quelque part. Vous pouvez voir, Monseigneur, par le compte que je viens d'avoir l'hoi^neur de vous rendre, que la distribution des titres dans les dépôts est faite sans beaucoup d'ordre ; et je suis assuré que Ceux même qui les gardent ont des notions- très-imparfaites des choses qui leur sont confiées.

Outre l'espérance que me donnent ces dépôts, je compte avoir incessamment communication d'un catalogue de titres concernant la France, qui se sont trouvez chez un particulier. M. Webb, solliciteur de la Tréso* rerie, m'a promis de me faire voir ces titres. Indépendamment des lumières qu'exige sa place, qui est fort considérable, il a des connoissances très-étendues sur l'histoire ancienne et moderne de sa nation , et m'a offert de m'ayder en tout. ce qu'il pouroit. Ainsi j'ai lieu d'espérer que je ne manquerai ny d*objets de travail ny de secours.

(Collecdoii Moreau, n* 315, foL S^.)

ARRÊT DU CONSEIL QUI COMMET BR^QUIGNY POUR GOLLÀTIONNER AUX ORIGINAUX LES TITRES TRANSCRITS EN ANGLETERRE (*>.

26 août 1765.

Le Roy étant informé que , dans les dépôts d'Angleterre , il se trouve différentes pièces et d anciens titres relatifs au royaume de France, qui pourroient n être pas moins utiles à la connoissance et au recouvrement de ses droits qu'intéressantes pour les principales familles du Royaume, a désiré s en procurer des copies exactes, et, à cet effet, a chargé le sieur de Bréquigny, de FAcadémie royale des inscriptions et belles-lettres , d'en faire la recherche et de faire transcrire celles de ces pièces qui lui paroitront utiles; mais, comme pour tirer de cette recherche le fruit qu'il est naturel de s'en promettre, il faut que la transcription qui! fera faire de ces titres ait une autenticité capable de leur assurer la foi nécessaire pour qu'elles puissent servir tant aux officiers chargés de la conservation et recouvrement de ses droits, qu'à ceux de ses sujets qui pourrment être dans le cas d'en faire usage. Sa Majesté ne trouve pas de voie phis simple et plus convenable que celle de confier au sieur de Bréquigny le soin d'en collationner les copies aux originaux et de hii donner à cet effet une mission expresse. A quoi voulant pourvoir, ouï le rapport du sieur de l'Averdy, conseiller ordinaire au Conseil royal, Contrôleur général des finances, le Roy étant en son Conseil a commis et commet le sieur de Bréquigny pour collationner aux originaux les copies de titres et pièces qu'il a fait et fera transcrire en Angleterre, pour lesdites copies ainsi coUationnées et par lui^ certifiées conformes aux originaux être remises au dépôt des affaires étrangères ou autres dépôts de Sa Majesté, auxquels lesdîts titres et pièces, suivant l'objet auquel ils ont rapport, peuvent appartenir, et être ensuite ordonné par Sa Majesté sur la validité desdits titres ce qu'il appartiendra. Fait au Conseil d'État du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le vingt-six août mil sept cent soixantecinq

Phelypeadx.

(Collection Moreau, n' 315, foL iA3.) (*) Cet arrêt a été publié par M. CbampoUion-FigedC, Lettres des rois et reines» Introduction,

p. XCT.

ISPCIUCKIE «ATtOXALC.

LETTRE DE BRJ&QOIGNY À BERTIM (*).

Londres, le 8 octobre 1766.

Monseigneur, j'ai différé à vous rendre compte du progrès de mes recherches jusqu'à ce que je me fusse procuré l'entrée dans les archives de la Tour ; ce qui a souffert des difficultés que je n'ai pu vaincre qu'avec du temps et en faisant envisager une récompense proportionnée aux services qu'on me i^ndroit. Comme la communication des pièces de ce dépôt produit à ceux qui en ont la garde des salaires qui font partie du produit de leurs places, cette communication dépend absolument d'eux. Ils ne permettent jamais de tirer de copies de leurs pièces, et se réservent d'en délivrer des expéditions, qu'ils vendent d'ordinaire fort cher. Le garde principal s'est prêté jusqu'icy de bonne grâce à mes recherches , d'autant plus volontiers que je ne les ay présentées que comme celles d'un particulier qui travaille pour son instruction propre. Je doute que j'eusse pu réussir, si l'on m'avoit soupçonné de vues plus étendues.

La nécessité de cacher ces vues m'oblige d'éviter tout ce qui pourroit donner le plus petit éclat à mon travail , que je rends aussi obscur qu'il m'est possible. C'est par cette raison que je n'ai que deux copistes à la Tour; un plus grand nombre feroit ombrage. J'en ai quatre autres au Muséum, 011 les collections de mylord Odbrd^^^ du chevalier Cotton, de Ryœer, de Madox^), ete^ offrent des richesses inépuisables, sans compter celles qui se trouvent dans les manuscrits du chancelier Séguier^^^ dont une partie se trouve icy.

J'ai jusqu'icy dirigé mes Techerches principalement sur les cinq objets suivants :

-') Cette lettre « été publiée par M. ChampoUion-Figeac , X^f trei des rms et reines, Introdactioii,

p. KCTI.

<>) IViAert ilarley, comte d'Oifbrd, homme d*Etat, né à Londres en 1661, mortie ai mai 171^. Sa collection comprend 7,000 manuscrits. Connue sous ie nom de fonds Harléîen, elle est une ries richesses du British Muséum.

(') Thomas Madox, érudit anglais, mort à Londres vers 1735, consacra sa vie à des travaux sur les anciennes lois et la constitution de l'Angleterre. Sa collection forme 94 volumes in-folto et in-4*t remplis de documents qu*il avait surtout transcrits au British Muséum.

(*) Sur la collection- des manuscrits du chancelier Séguier, voyei le CahiMt des manuscrits de M. Delisle, t. II, p. 78-99.

i"" Les titres relatifs aux droits du Roy et à ses domaines;

a*" Les anciennes loix municipales de nos villes, surtout de celles qui ont sou£Eert la domination angloise : leurs droits et leurs privilèges avant et durant cette domination ;

3° Les ordonnances de nos rois et celles des rois d'Angleterre, par rapport aux provinces de France qu'ils ont possédées ;

b!" Les registres de plusieurs de nos cours souveraines , les titres concernant leurs droits et usages , et autres pièces relatives à cette partie de notre administration v

5** Les lettres originales de plusieurs de nos rois , de nos ministres , de nos généraux ; les instructions des ambassadeurs d'Angleterre en France ; les dépêches, les traités et projets de traités, et autres pièces propres à éciaireir iliistoire des négociations.

Jai» outre cela, une classe nombreuse de mélanges,, qui contient des pièces relatives à divers faits particuliers, à des familles illustres, aux droits des grandes terres , etc. Il y en a aussi concernant l'histoire ecolésiastîquç de notre nation : de ce noB^re sont plusieurs bulles des papes. J'en trouve icy beaucoup d'originales ^ et qui nbnt point été publiées; mais je me suis borné à celles qui sont relatives à la France.

Le dépôt de la Tour va me fournir de quoy augmenter considérablement cette moisson^ déjà abondante. Il me paroit que les pièces que ces archives renferment peuvent se diviser en deux dasses :

1** Les rôles qui contiennent les enregistrements des actes émanés ôm rois d'Angleterre ; c'est la classe la plus nombreuse et la mieux connue. J*ai déjà des pièces de ces rôles transcrites d'après les copies que Rymer en avoit fait faire pour le supplément de son grand ouvrage. Il ne me reste qu'à les collationner et à y ajouter ce qui avoit échappé à Rymer, ou ce qu'il avoit négligé comme trop étranger à l'Angleterre.

. i!" La seconde classe est composée de pièces proprement originales, rassemblées sans ordrf dans des paquets conservés sans soin, et souvent fort endommagés. J'ai trouvé, dans ce que j'en ai parcouru» un grand nombre de lettres de nos rois écrites aux rois d'Angleterre, surtout dans les xin* et XIV* siècles. J'y ai trouvé aussi quelques pièces qui nécessairement ont été apportées de France : telle est une ordonnance de Philippe le Bel sur les roonnoyes, que MM. de Laurière^^) et Secousse n'ont point connue. Je conclus

(I) Eusèbe- Jacob de Lauriëre, né à Paris le 3i juillet iSSg, mort le 19 janvier 173S* Ses

de là que Carte se trompoit , ou nous trompoit , quand il assuroit que les pièces qui avoient été apportées de France eo Angleterre ne dévoient se trouver qu'à TÉchiquier, et ne pouvoient jamais se trouver à la Tour ; et je conçois de ces premières découvertes des espérances encore plus heureuses.

C'est avec la plus grande satisfaction, Monseigneur, que je vois s accroître une collection , d'autant plus importante qu'il étoit plus difficile de se la procurer. Elle fait une partie essentielle du double travail dont voiis avez daigné me charger, mais elle ne me fait point négliger Tautre. Tandis que je rassemble icy des chartes manuscrites, je continue de dépouiller les collections angloises des chartes imprimées relatives à notre histoire; et, pendant ce même temps, le sieur Mouchet travaille à Paris à la revision de la table déjà dressée. Il suit le plan que j'ai tracé dans le mémoire qu'il a eu l'honneur de vous présenter, et qu'il me mande que vous avez approuvé. Il m'assure qu'il avance dans celte revision, à laquelle il travaille sans relâche , et il a le plus grand désir d'avoir l'honneur de vous en rendre compte. Il est fort instruit dans ce genre de connoissences» et l'on ne sauroit y employer des gens trop instruits. M. Secousse avoit cru que de simples copistes étoient assez bons pour cela : les défauts de sa table, qui donne aujourd'huy tant de peines, prouvent assez son erreur.

Je travaille depuis un mois à dresser des listes des pièces à transcrire, pour laisser de l'ouvrage à mes copistes, afin de pouvoir aller à Paris, le mois prochain, y continuer moi-même la revision commencée, tandis que le sieur Mouchet me suppléra icy au besoin. Je ne ménage ny soins ny dépenses pour répondre à vos vues. Monseigneur, et pour mériter vos bontés. Ma récompense la plus flatteuse sera de pouvoir vous prouver mon zèle et le profond respect avec lequel je sub, etc.

Brbquigny.

( Coflection Hoiera, n* 315 , fol. 99. )

études et ses travaux sur le droit en général et sur les coutumes en partfcnlier 1 avaient admirablement préparé à la publication qu'il entreprit des Ordoruianees, H eut, des le début, pour collaborateurs dans ce travail Berroyer et L ogec, et fit paraître avec eux, en 1706 , la TahU chronologique des Ordonnances depuis Hugues Capet jusqu'en iàOO,PAns, 1706, in- 4*-

ACCOBD RELATIF 1 LA TRANSCRIPTION DB8 DOCOMENTS.

i6 octobre 1765.

It is agreed that M' de Brequigny shall be at lîberty to employ two or tbree persons to transcribe records relating to France or French affairs, and himself or, in bis absence, one ofher gentleman to superintend or peruse such records as may be necessary to be copied and to examine tbe same when transcribed, and the two or three persons so employ*d to copy shall bave access to such records daily, from about the hour ofnine in the forenoon till about three ô*clock in the aftemoon, sundays, Ghristmas day and the three days after excepted ;

That M' de Brequigny shall pay to M' Rodke as a full recompence for the fées due for such copies the sum of one hundred and twenty five guineas , let ihem amount to more or less ;

That six calendar months only shall be ailow*d for this work , to commence from the twenty eighth day of september last past, and that if it shall be finished at any time sooner or left o(F, then it is hereby expressly agreed that no manner of âbatement dhall be made of the sum herein before specifyed, but the same and every part thereof sliall be actuaily and bonafide paid immediately when the work is compleated or left ofT, it being admitted that this composition is as favourahie as couid be expected. Dated the 1 6*'' of october 1765.

Witness : Hen. Rookb.

( CoIIectioD Brëqoigoy, n* 75 , fol., s 1 4* )

MÉMOIRE DE BREQUIGNY k BERTIN SUR L'ÉTAT ACTUEL DES RECHERCHES DANS LES ARCHIVES DE LONDRES.

Janvier 1766.

Les" recherches à l'Échiquier sont finies, il y a plus d*un an. Les deux dépôts des affaires étrangères nommés Chapter-hoase et Paper-office^ dévoient être inaccessibles; jay cependant eu le bonheur d'obtenir communication des

catalogues d'une partie considérable de ces dépôts, et je les ai fait copier. Enfin Ton aura achevé dans deux mois la transcription des pièces interressantés pour la France renfermées dans les bibliothèques Cottoniene et Harleiene, et dans le chartrier du Cabinet britannique, que Ton nomme communément British Muséum.

Il me reste è dépouiller : i"" environ 3o sacs de papiers sauvés de Tincendie d'un dépost qui étoit autrefois au palais de White-Hall, saisb, il y a quinze ans, chez un particulier suspect qui les-avoit détournés, et restés depuis ce tems sous la garde du s' Garington, messager d*Ëtat;

a** Les archives de la Tour, dont la portion qui concerne la France consiste en 1 5 ou 16 gros paquets de titres, inconnus aux gardes mêmes de ces archives, et en un grand nombre de rôles gascons, normands et François, dont Thomas Carte a publié des catalogues peu complets.

Le premier de ces deux objets ne m'occupera pas longtems, autant que j*en puis juger par la notice sommaire que le s' Lescalier, par les ordres de M. le comte de Guerchy, a trouvé le moyen de me procurer. Il n*y en a qu'une partie qui interresse la France ; et si je suis assez heureux pour obtenir, comme je Tespère, la liberté d'extraire ou de copier ces titres, j'ay lieu de présumer que ce sera l'ouvrage de peu de semaines.

Il me faudra beaucoup plus de tems pour les archives de la Tour, surtout ne voulant rien négliger de ce qui peut nous interre'sser dans un dépost qui est si fort en droit d exciter la curiosité de notre nation.. Cependant j'ay déjà (ait transcrire une partie des rôles, et des i5 ou t6 paquets de titres dont j ay parlé , il ne m'en reste que cinq ou six à examiner, les autres étant extraits ou copiés. Ainsi je me flatte que ces archives seront totallement épuisées dans le cours de cette année. Jay même déjà fait des listes des pièces tirées de ces rôles et publiées par Rymer, lesquelles, par conséquent, n'ont pas besoin d'être transcrites, et d'une grande partie de celles qui, selon le degré de leur importance, doivent être transcrites ou extraites.

Il résulte de cet état de mes recherches non-seulement qu'elles seront probablement finies cette année, mais quil seroit possible dans peu de mois d'en diminuer considérablement la dépense, par les retranchemens suivans :

i"" Ne pouvant employer aux archives de la Tour plus de quatre commis, parce qu'un plus grand nombre feroit ombrage , les deux commis qui achèvent les transcriptions dans les bibliothèques Cottoniene et Harleiene peuvent

être incessamment supprimés; ce qui fera une diminution d'environ 3oo^ par mois.

a** Ma présence devenant peu utile à Londres , lorsque j aurai achevé de dresser les listes de pièces k copier, laissant pour veiller à la transcription un secrétaire de confiance que j ay formé à ce genre de travail et qui y préside actuellement, rien n empêche, dans trois ou quatre mois au plus, de supprimer mes appointemens,'en réservant seulement i ,5oo^pour Iqs frais de bureau, ce qui opérera une diminution de 1,100^ par mois. Ainsi la dépense sera diminuée au total de 1 ,4oo^ par mois, c est-Â-dire de près des deux tiers.

(CoHectîoQ Bréqnignj, n* 75 » fel. sao.)

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