‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents)Chapitre 54 sur 155 · LETTRE DE BERTIN À BR^QUIGNY · texte numérisé non relu

LETTRE DE BERTIN À BR^QUIGNY

aS mars 1768.

J'ai rendu compte au Roy, Monsieur, des dispositions qui sont nécessaires pour tirer des titres que vous avez rapportés d'Angleterre toulte l'utilité dont ils sont susceptibles, et en particulier pour que l'on puisse en avoir des copies autentiques, ce que l'arrest du Conseil du 26 aoust 1765 ne met pas encore en état de faire. Pour y parvenir, S. M. paroist résolu à former un

(lépost public et authentique des Chartres dont vous sçavez que S. M. a ordonné la collection , et d y faire réunir les titres dont vous estes chargé , ce qui permettra pour lors de donner aux copies qui en seront expédiées la même authenticité que pour les autres chaiires du dépost et par les mêmes formes; mais comme, en attendant, il est instant que vous puissiez mettre ces pièces en ordre et travailler à la confection des tables et somaires, je me suis concerté avec M. le Controlleur général pour lacquittement des frais et soins qu exigera cette opération, et, sur son consentement et le compte que j*en ai rendu à S. M. , elle ma autorisé à vous expédier sur le Trésor royal une ordonnance de 6,000^ chaque année, à compter du 1 ''janvier de cette année; je vous remettrai incessamment Tampliation du bon du Roy à ce sujet. Je vous envoyé la lettre que M. le Controlleur général vous écrit pareillement à ce sujet.

Je suis, etc.

Bertix.

(CoUecUoD Moreau, n* 1097, fol. 19.)

MÉMOIRE DE BR^QUIGNY SUR L'LTILITÉ DES PIÈGES RECUEILLIES À LONDRES ^^^

On s'est occupé fort tard en France du soin de rassembler les monumens de notre histoire. On avoit fait, sous le dernier règne, de grandes dépenses pour l'impression de l'histoire byzantine ^^^ et la nôtre étoit restée en arrière. Quoique M. Golbert eût formé, dès 1676, le projet de faire continuer le recueil de nos historiens, commencé par Duchesne^^^ ce ne fut

(') Ce mémoire a été publié par M. Cbampollion-Figeac , Lettres des rois et reines» Introduction, p. cvi.

(<) Par du Gange. Elle païut en 1680, sous ce titre : Historia bjtantina dopUci commentario iUus(rata, complectens Jamilias Constcuitinopolitanas , imperçitoram Constantinojiolitanoram nvmismata et descriptionem nrbis Constanlinopolis , Paris, in-fol.

^^^ André duChesne avait projeté et commencé uneéiHtion des historiens français en li volumes in-foi. , sous ce titre: Historiœ Franconan scriptores.De i636 à iGig, 5 volumes in-folio en furent publiés à Paris, les trois derniers préparés par les soins de François du Chesne, son fils. Le programme de cette importante publicatipn parut soùs ce titre : Séries auctoram onmimn tjni de b^rancorum historia et de rebas francicis, tnm ecclesiasticis , tum secularibns, ab exordio regni ad nostra vsqve tempera, ftc.» gitornm editionem poHicetar Andréas Duchesne, Paris, 1 633-1^35,

quen 1728 que ce projet fut repris sur un meilleur plan, sous les ordres de M. Daguesseau; et le premier volume de la nouvelle collection n a paru qu'en lySS^*^

Comme on y a fait entrer les diplômes et les chartes, vrais fondemens des connoissances historiques, on a senti la nécessité de tirer de Toubli tout ce qui reste de titres de cette espèce. Il y en a beaucoup d'imprimés, mais dispersés et, pour ainsi dire, égarés dans des ouvrages peu connus. M. deMachaut^^^ Contrôleur général des finances, ordonna, en 17461 qu on en dressât des tables chronologiques. Cet ouvrage se continue sous les ordres de M. Bertin, et l'impression en est commencée depuis plusieurs mois.

Tandis qu'on travailloit à faire connoitro, par le moyen de ces tables, les tilres déjà publiés, des savans parcouroient les dépôts et les cabinets dans les diverses parties de la France, et dressoient des notices des chartes qui s'y trouvent. Mais pour rassembler toutes celles qui intéressent notre histoire, ce nétoit pas en France seulement qu'il falloit les chercher. Les Ânglois ont possédé longtems plusieurs de nos provinces, dont les monumens historiques sont demeurés chez eux. Leurs écrivains ont plus d'une fois annoncé que les archives d'Angleterre conservent beaucoup de titres concernanf la France, et M. Carte en publia , il y a vingt-quatre ans, des catalogues peu capables de satisfaire notre curiosité, mais bien propres à l'exciter.

Le Gouvernement reconnut les avantages qu'on pouvoit retirer de ces pièces» et chercha longtems l'occasion de les acquérir. M. d'Ârgenson ^^) ne

in-fol. Après du Ghesne, le P. LeloDg réanit les matëriaaz d*une immense collection des historiens de France. Son entreprise fut interrompue par sa mort, le i3 août 1721.

^') Sur la proposition de dom Denis de Sainte-Marthe, supérieur de la congrégation de Saint- Maur, dom Martin Bouquet, bibliothécaire de Saint-Germain-des*Prés , fut chargé de la publication du Recueil des historiens de France , après la mort du P. Ldong. Il en avait préparé , en 1 7 3 g , les deux premiers volumes, avant d*étre envoyé à Saint-Jean de Laon; mais il ne put les publier qu*en 1738, lorsqu^il fut rappelé à Paris par le chancelier d*Aguesseau, et se fixa au couvent des Blancs-Manteaux. Cette importante collection parut sous ce titie : Rerum gaJUcarunf et francicarum seriplores, ou Uectteil des historiens des Gaales et de la France, Paru, 1738, 2 vol. in-fol. Les volumes se succédèrent à de rares intervalles jas<{u*au huitième, publié en 175a. Dom Bouquet mourut le 6 avril 1764, pendant qa*il réunissait les matériaux du neuvième volume. Né à Amiens le 6 août 168 5, il était flgé de 69 ans. Les Bénédictins qui continuèrent le Recneil des historiens sont dom Ilaudiquier, dom Précieux, dom Qément, dom Poirier et dom Brial.

(') Jean-Baptiste de Machault, seigneur d^AmouviUe, plus tard ministre d'État, garde des sceaux , ministre de la marine, etc. ,

^^) René-Louis, marquis d*Argenson, membre de TAcadémie des inscriptions, ministre des affaires étrangères, du 18 novembre 1744 au 10 janvier 1747.

perdil jamais de vue ce projet; mais les circonstances ne sont devenucf. favorables que depuis la dernière paix. M. Durand^^^, pour lors à Londres, y vit de ses propres yeux Tamas immense de ces titres, et en rendit compte. M. le duc de Nivernois^^^ pressentit la possibilité d'en avoir communication; M. le duc de Praslin, instruit de lutilité de Tobjet, forma le dessein d*avoir des notices ou des copies de tous ces actes; M. le comte de Guerchy en facilita les moyens, et le sieur de Bréquigoy fut chargé de fexécution en 1764.

Il a travaillé en conséquence, sous les ordres de M. le duc de Praslin et M. le duc de Choiseul, durant plus de deux ans et demi, dans les divers dépôts de Londres, et ses découvertes ont passé ses espérances ^'^^ Il avoit dirigé ses recherches sur quatre points principaux : i^la politique ou 1 administration extérieure; 2^ ladminbtration intérieure, le domaine du Roy, les droits municipaux, les ordonnances; 3^ l'histoire proprement dite, soit ecclésiastique, soit civile ; &"* les titres concernant les affaires des particuliers, principalement les généalogies des familles nobles, et les terres quelles ont possédées. De là les titres qu'il a rassemblés se divisent naturellement en quatre classes , qu'on va parcourir sommairement.

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