LETTRE DE DROZ A MOREÂU
Besançon, 17 mars 1774*
Monsieur, permettez que je réclame votre protection auprez de M. l'archevêque de Toulouse ^^^ en faveur de quelques Bénédictins lettrés dont nous avons grand besoin pour perfectioner l'histoire de Franche-Comté.
L'Académie avoit pensé qu'un des meilleurs moyens à ce sujet étoit de ranimer le goût des bonnes études dans la congrégation des Bénédictins réformés de Saint- Vannes; on y est parvenu à certain point et j'ai employé avec succez plusieurs religieux, sçavoir :
Dom Berthod, sous-prieur et bibliothécaire; domSomet^*^ processeur; dom Goudret , curé , àl'abbaye de Saint-Vincent de Besançon ; dom Grappin^'\ principal de Saint-Ferjeux, prez de Besançon; ils ont remporté plusieurs prix et ont inspiré à leiu*s élèves le goût des recherches et de l'antiquité.
Pour exciter de plus en plus leur zèle, dom Berthod a été admis à TAca-
(*) Etienne-Gharies de Loméniede Brienne. Voir page i49>
^^ Dom Glande-Benoit Sornet, né à Salins en 1739, mort en 181 5.
^'ï Dom Pierre-Philippe Grappin , né à AinveHe-lez-Gonflans le i* février 1738, mort le ao novembre i833 à Besançon, copia dans les archives de Luxeuil un certain nombre de titres pour ie dépôt des chartes. Ges titres sont aujourd'hui dans la GoHection Moreau, n* 869, fol. 3i3-46i.
demie et son prieur me 6t espérer quon ne le changerolt pas de maison; dez lors il a travaillé, par ordre de M. le cardinal de Choiseui ^^\ au dépouillement des archives de ToSicialité. Je vous en ai envoyé, Monsieur, une table dont vous avez été satisfait ^^^ ; ensuite il s est livré au dépouillement de quatre-vingts volumes des manuscrits du cardinal de Granvelle ^^^ : l'ouvrage est avancé, et parottra à la suite sous vos yeux.
Mais peut-être la jalousie monachale, qui, depuis deux ans, traverse, en cette province les religieux lettrés, va-t-elle nous priver du fruit de leurs travaux, en les dispersant dans des maisons isolées, sans livres et sans secours. Cest pourquoy^ Monsieur, je vous suplie de vouloir bien recommander à M. Tarchevéque de Toulouse, qui va présider au chapitre général qui se tiendra, le 18 avril prochain, à Montierenderf^^^ en Champagne, dans votre département :
i"" De favoriser les demandes des religieux qui se livrent à Tétude et dont ia conduite et la régularité est d'ailleurs trez-édifiante ;
a"" De laisser à Besançon et à Saint-Ferjeux les susdits et surtout dom Berthod, qui nous est nécessaire pour les manuscrits de Granvelle; il en connoit les chifres, etc., et, sans luy, la table désirée des curieux ne se feroit jamais; sa qualité de sous-prieur, maître des novices et bibliothécaire prouve que c*est un religieux sans reproche, et quoiqu'il soit fait pour la première place, il ne demande que son rang de proffession;
3** D'écouter favorablement ce qui lui sera représenté pour le bien des études par le député de Saint-Vincent et dom Bouhelier, prieur de Fontaine, ancien bibliothécaire, qui sintcrresse à Faccroissement de notre bibliothèque publique, déjà augmentée parles dons de M. de Sermange, son frère , conseiller au Parlement ^*^ .
^^) Aatoine-Ciériad lis, cardinal de Choiseul-Beaupré, archevêque de Besançon, da mois de novembre 1754 au 7 janvier 1774.
^*) Cette table est dans le n" 865 de la Collection Moreau.
^') Le n^ 906 de la Collection Moreau comprend Tanalyse de trente-quatre volumes des manuscrit de Granvelle; le n" 907 contient l'analyse des mémoires de Maximilien Morillon, prévôt d'Aire; du recueil de lambassade de Simon Renard; des lettres de Jean de Saint-Mauris-Montbarrey, prieur de Bellefontaiue, de M. de Chantonnay, d'Hopperus; des mémoires de M. de Champai^ey; des lettres de M. de Vergy; une analyse du Journal des voyages de Cbarles-Quint depuis ibik jusqu'en i55i, par Vandenesse, et de Philippe II, depuis tSSi jusqu'en i56o.
^*) Abbaye béuédictine de la congrégation de Saint- Vanne , dans la Haute-Marne , fondée avant 685 par saint Bercaire.
(^) François-Xavier, frère du prieur François-Ferdinand, de la famille de Claude-Frauçois-Ignace
Tous ces objets, Monsieur, entrent dans les vues de votre Ministère, et j*ai lieu de me flatter que, par égard pour vous et pour M. de Toulouse, la congrégation de Saint- Vannes nous laissera des sujets qui ne peuvent queluy faire beaucoup d*hoûBeur, et auxquels je ne m*interresse que pour le bien de la chose et Texécution de vos projets.
Je suis, etc.
Daoz.
(Collection Morean, n' 328, foL a 36.)