EN BELGIQUE
i5 mai 1776.
Dom Bertliod, après son retour des Pays-Bas autrichiens, avoit accepté le projet proposé par M. Bertin d'aller, pendant quelques mois, en un monastère de sa Congrégation former de jeunes religieux à la diplomatique et à rhistoire, afin de les occuper ensuite à augmenter le dépôt des chartes; ce qu'ils auroient fait avec plus de facilité et de succès.
Les Supérieurs de la Congrégation, invités par M. Bertin à concourir à rétablissement de cette accàdénode, s en sont excusés sur ce que plusieurs villes leur oQroient Tinstruction de la jeunesse, et qu il leur falloit un nombre de religieux choisis pour remplir les collèges.
Ainsi dom Berthod se trouve maintenant sans occupation décidée. D regarderoit cette position comme très-avantageuse, si eile devoit le faire entrer dans la carrière littéraire qu*ils'étoit ouverte, Tannée dernière , dans la Flandre autrichienne. Plusieurs sçavans qu'il a eu l'honneur de consulter ont vu , par les notices qu'il leur a fournies, l'abondante récolte qu'on pourroit faire dans ces provinces pour notre littérature; on ose l'assurer, les circonstances sont très-favorables, soit pour se ménager l'entrée dans les archives, soit pour transcrire plusieurs manuscrits interressans. Le plus léger intérêt politique peut nous priver de ces richesses pour longtems, si oti ne se hâte de les recueillir.
(^) Par une lettre du s6 sepleisiire 17741 qui est daas la Collection Mortao, n* fiog» fol. 177, Bertin recommanda dom Berthod au baron de Bon , ministre (dénipotentiaire à Briuelli».
Si ce projet méritoit d'être aggréé par M. Berlin , dom Berthod prendroit la liberté de luy faire observer que, pour rendre ce voiage littéraire plus utile, il seroit à propos : i"^ d accélérer ce voiage, afin de profiter de la belle saison pour visiter les abbayes de la campagne , qui sont inaccessibles pendant rijiver; ^^ d avoir un ou deux copistes pour transcrire les chartes et les ouvrages qui seroient de quelque importance.
Dans la suposition que ce voiage ne pût se faire maintenant, dom Berthod suplie M. Berlin de luy assigner une tâche où il lui fût permis de s'occuper; il préféreroit sans doute quelques abbayes des Trois Évêchés ou de Lorraine, si le Ministre ne juge pas à propos de l'envoyer allieurs. Dom Berthod espère que M. Berlin voudra bien continuer à llionorer de sa protection. S'il l'abandonnoit dans les circonstances présentes , des gens oisifs penseroient et luy reprocheroient que son travail dans la Flandre n a point été agréable, puisque le Ministre l'abandonne et cesse de le protéger. Quelque mal fondés que seroient ces propos , cependant un homme de lettres est toujours fatigué de les entendre ^^K
(ColieclioD Moreau, n* 327 , fol. 39.)
tlEQDÊTE PRéSENTlÉE AU ROI PAR L'ABBÉ DE SAINT-BERTIN.
L'abbé de Saint-Bertin ^^^ suplie S. M. d'honorer de sa protection l'exécution d'un projet qu'il a formé et qui réunit à l'avantage particulier de son abbaye la plus grande utilité publique.
U demande : i"" à remettre au dépôt des chartes de S. M. des copies exactes et figurées de tous les monumens intéressans que renferment les archives de son abbaye; s"" il fera plus, il fera imprimer à ses frais l'universalité de tous ces titres, et cette collection importante composera au moins huit volumes in-folio. Cette entreprise est l'exécution partielle du grand projet
(0 Dom Berthod écrivit encore k Berlin dans ie même sens, le 18 juin. (Voir Collection Moreau, n* 337, fd. 33.) Bertin sWressa en sa faveur à rarchevéqne de Toulouse. (Voir p. 3^5- M6.)
^*) Dom Joscio d*Allesnes, né le 3 octobre 1736 à Aire, mort le 3 août 1808 à Nemoars, devint abbé de Saint-Berlin le 33 février 1774» et demeara dans ce monastère jusqu^en juin 1790.
formé par le feu Roi de réunir dans un dépôt pour la conservation des anciens monumens et pour Imstniction des savans: i"" des notices de toutes les chartes renfermées dans des dépôts royaux; 2"" des copies figurées de toutes celles qui sont encore cachées dans la poussière des dépôts particuliers.
Son exemple peut encourager les autres monastères et déterminer même les propriétaires de plusieurs autres archives, dont la publicité éclaireroit beaucoup notre histoire et favoriseroit les progrès du droit public.
Un pareil ouvrage, qui ne coûtera rien au Roi, ne peut donc être trop accueilli.
Mais comme il est important que ces copies reçoivent quelqu authenticité qui puisse les rendre propres à remplacer les originaux, s*ils étoient perdus, ou à le» suppléer, lorsqu'on voudra en épargner le transport, *ii demande au Roi de vouloir bien lui prescrire les formes qu'il doit suivre pour parvenir à ce but. On pense que le paiti le plus sûr sera de charger trois hommes de lettres de la collation de ces copies, et de les nommer commissaires du Roi pour présider à cette édition. On a réuni dans le projet d*arrêt du Conseil ci-joint les précautions qui peuvent être prises pour garantir la fidélité et l'exactitude de ce travail, et on propose à S. M. d'en charger le s' de Bréquigny, de TAcadémie françcHse et de celle des belleslettres , déjà connu par f^xpérience qu'il a acquise dans la science diplomatique , le s' Ghérin , généalogiste des ordres du Roi , et le s' Moreau , historiographe de France et préposé par Sa Majesté à la garde du dépôt général des chartes.
(Collection Morean, n* 1007, foL ao.)
ARRÊT DU CONSEIL PRESCRIVANT L^EXlÉCUTIGN D'UNE COPIE AUTHENTIQUE ET DÛMENT CGLLATIGNNEE DES CHARTES DE L^ABBAYE DE SAINT-BERTIN.
s6 mai 1776.
Sur la requête présentée au Roy étant en son Conseil par dom Josio d'AUesnes , abbé régulier de Tabbaye de Saint-Bertin , ordre de Saint-Benoit , contenant que les Rois, prédécesseurs de Sa Majesté, en accordant la protection la plus marquée aux recherches qui avoient pour but de tirer de la I. . 3i
ntraiacKiB ■atiorax.i.
poussière et de oooserver à la postérité les anciens monumens, ont égale* ment favorisé et les intérêts des principales maisons de leur Royaume, aux* quelles ils ont procuré la connoissance des titres de leur filiation et de leurs propriétés, et la louable curiosité dessavans^ qui ont trouvé, dans les amples recueils que ces récherches ont produits, les plus grandes facilités pour répandre de nouvelles lumières sur Thistoire «l le droit public de la France; que Ton ne peut pas cependant se dissimuler qu'il reste en France un trèsgrand nombre de dépôts importans, dent les uns n*ont pas même été abordés par la curiosité et dont les autres n'ont été que très-imparfaitement apro fondis, et dans lesquels cependant les titres les plus précieux peuvent périr de vétusté, avant que l'on ait pu en tirer pour Thistoire les avantages qu'ils- seroient en état de lui procurer; qu'instruit depuis longtems de l'établissement d'un dépôt général destiné, dans fintention du feu Roy, à faciliter le travail et à abréger les recherches des gens de lettres, auxquels il doit présenter soit des tables générales de tous les monumens importans renfermés dans les archives royales, soit des copies exactes et figurées des chartes et autres titres contenus dans les archives des églises et même des particuliers qui, pour assurer la conservation des monumens qui les intéressent, prendroient la sage précaution d'y remettre lesdittes copies, le su pliant croit devoir, pour l'intérêt de son abbayç, pour le bien des lettres et le progrès des connoissances utiles, profiter de cette ressource ouverte à sa prudence, qu'en ^ffet l'abbaye de Saint-Bertin , fondée en [6/18J, et Tun des plus anciens monastères du Royaume, possède dans ses archives un trèsgrand nombre de chartes précieuses qui remontent jusqu'à la première race de nos Rois, que plusieurs d'entre elles, détériorées par le laps du tems, courent risque d'être enfin détruites par la vétusté , et que le seul inoyen de prévenir ce malheur, et non -seulement de perpétuer les monumens, mais de les rendre encore plus utiles, seroit : 1° d'en faire tirer plusieurs copies exactes et autentiques qui pussent et supléer les originaux et même les remplacer un jour, s'ils étoient perdus ou entièrement adhirés; q'* de placer l'une desdittes copies dans le dépôt même établi par Sa Majesté et dans lequel elle pourroit, dans tous les tems, servir è l'instruction publique; que, pénétré de ce projet, le su pliant, après avoir consulté les religieux de son abbaye, a pris {a résolution, sous le bon plaisir de Sa Majesté, non* seulement de faire faire à ses frais lesdittes copier de toutes les chartes et anciens monumens que contiennent les archives de Saint-Beriin, mab
même de les faire imprimer toutes dans un recueil qui composera un grand nombre de volumes ; que le supliant espère que le Roy voudra bien faire placer dans le dépôt général des chartes fuhe des copies desdittes chartes, à TefTet d'y pouvoir être consultées dans tous les tenis par les savansqui s'appliqueront aux recherches de l'antiquité; mais qu'un projet si conforme aux vues de Sa Majesté ne peut s'exécuter sans sa protection, puisqu'elle peut seule, et par son autorité et par les précautions qu'elle croira devoir prendre, garantir à la postérité la fidélité et l'autenticité desdittes copies, qui ne pourront un jour supléer les originaux que dans le cas où Sa Majesté aurôit daigné s'assurer elle-même qu elles y seroicnt parfaitement conformes; requéroit à ces causes le sieur abbé de Saint-Bertin qu'il plût à Sa Majesté lui permettre : i° de faire procéder aux copies collationnées des chartes, diplômes et autres monumens que renferme son abbaye; a"* de faire imprimer l'universalité desdittes copies et d*en déposer un double au dépôt généial des chartes de Sa Majesté, ordonner à cet edet que par tels commissaires qu'il lui plaira de non^mer il sera procédé à la vérification et collation desdittes copies avec les originaux, et au surplus indiquer au supliant les formes et précautions que Sa Majesté jugera nécessaires pour les rendre aussi autentiques et laditte édition aussi fidèle qu'elles peuvent letre, sur lesquelles formes et précautions déclaroit le supliant qu'il s'en raporte en entier à ce qui lui sera prescrit et ordonné par Sa Majesté et son Conseil; vu laditte requête signée : D'Allesne, abbé de Saint* Bertin, oui le raporl, le Roy étant en son Conseil, voulant donner audit sieur abbé de Saint-Bertin des preuves de l'aprobation qu'il donne à une entreprise aussi utile et au zèle qui la lui inspire, a ordonné et ordonne ce qui suit :
Article premier. Il sera fait incessamment, par telles personnes capables que le sieur abbé de Saint-Bertin jugera à propos de commettre, deux copies de toutes les chartes, diplômes et titres étant dans le chartrier de laditte abbaye, en tête de chacune desquelles sera placée une description exacte de la forme extérieure du titre, un sommaire de son objet, ainsi qu'une indication de la layette où il est enfermé et de la place qu'il occupe dans ledit chartrier.
Art. 2. Lesditès copies seront figurées; la première ligne de chacune sera calquée sur l'original pouren représenter l'écriture, et au pied d'icelie
sera faite la description du sceau qui s'y trouvera, ou .mention qu'il en a été enlevé» ou qu'il ne s'y en est pas trouvé.
Art. 3. Le sieur Whitte, archiviste de laditte abbaye, mettra au pied de chacune desdittes copies son attestation qu'elle est conforme à l'original.
Art. 4. Pour vérifier et coHationner lesdtttes copies et leur procurer l'autenticité dont elles sont susceptibles, Sa Majesté a commis et commet les sieurs de Bréquigny , i*un des quarante de l'Académie françoise , et Ghérin, généalogiste des ordres du Roy, lesquels, après serment par eux préalablement pi*èté entre les mains du sieur Bertin, Mmistrê et Secrétaire d'Etat, ayant dans son département ie dépôt général des chartes , seront tenus de procéder à la collation desdittes copies avec les originaux qui leur seront représentés, ainsi que toutes les autres chartes, diplômes et inventaires d'iceux qu'ils croiront nécessaires à leur opération ; mettront et signeront lesdits sieurs commissaires au bas de chacune desdittes copies leur attestation quils les ont collationnées et les ont trouvées conformes aux originaux.
Art. 5. En cas qu'aucuns desdits titres ne pussent être transportés à Paris, lesdits commissaires pourront se transporter en laditte abbaye, si ledit sieur abbé le requiert, pour y procéder à leur vérification et collation.
Art. 6. Lesdittes copies figurées, ainsi vérifiées et certifiées, seront arrangées par ordre de dattes par lesdits commissaires en un ou plusieurs volumes, à TeSet d'être imprimées dans ledit ordre, et sera le présent arrêt imprimé à la tête de chaque volume.
Art. 7 . L'une desdittes copies sera déposée au chartrier de laditte abbaye , pour y avoir recours sans déplacer les originaux; et l'autre sera remise au dépôt général des chartes de Sa Majesté , pour y avoir recours par ceux qui voudront les consulter.
Art. 8. Lesdittes copies collationnées et certifiées pourront être produites en justice et y feront foi comme les originaux, sauf les moyens qui pourroient être allégués et les voyes de droit qui pourroient être prises contre l'original de chacune d'icelles.
Art. 9. Lorsque les susdittes opérations auront été finies ou à mesure qu'elles finiront, ledit sieur abbé de Saint-Bertin pourra faire imprimer et
débiter par tel imprimeur ou libraire qu ii lui plaira le recueil généra] desdites chartes, diplômes, titres et monumens de laditte abbaye, en se conformant toutes fois aux réglemens de la librairie, et en obtenant le privilège en tel cas requis. Fait au Conseil d'État du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 26 may 1775,
( De la main da Roi : ) Bon •
(Collection Moreau, n* 1097, fol. 3o.)
Hue de Miroihsnil.