DANS LA CONFERENCE TENUE CHEZ M. LE CHANCELIER DE MAUPEOU
la jain 1769.
Messieurs, mon collègue vient de Vous rendre compte de ce qui a été arrêté dans les conférences chez M. le Chancelier de Lamoignon , concernant la manière de couper les chroniques et les autres monumens de ^otre histoire, en divisant la troisième race en différentes époques. On y est convenu, par rappoii aux volumes- sui vans, que Ton donneroit de suite les chroniques et les autres monumens qui appartiennent aux règnes de Philippe I^, de Louis VI et de Louis VII, ce qui embrasse un espace de lao ans, à compter depuis 1060 jusquà 1 180.
Cette méthode, à laquelle dom Bouquet s*e8t conformé littéralement pour les monumens de la première race et pour les règnes des successeurs de Charles le Chauve jusquà la fm de la seconde, parolt exiger de nous quelques modifications par rapport à la préface et à la table chronologique qui sont ordinairement placées à la tâte de chaque volume.
Partie historique de la préface. Nous avons divisé la préface du dernier volume en deux parties, dont la première contient la notice des auteurs et des monumens qui y sont rassemblés , et la seconde des observations sur les loix, coutumes, mœurs et usages de la nation sous les règnes de Hugues Gapet, Robert et Henri I*'. Nous donnerons, à la tète de chaque volume de Tépoque fixée , la notice des monumens qu il renfermera. Mais nous pensons que, quant à la partie historique de la préface, il seroit mieux de la réserver pour le dernier volume de Tépoque déterminée. Eu effet, ce tableau
(*) C'est la prédease oolieclion des principaux chroniqiiears des croisades, publiée par Bongars, Hanau, 1611-1619, a vol. in-fol.
du gouvernement, des mœurs et des usages n étant que le résultat des traits remarquables contenus dans les monumens qui appartiennent à une même époque, il paroit convenable de ne le présenter qu'après avoir rassemblé tous les traits qui doivent le composer.
Table chronologique. Nous croyons aussi que la table chronologique doit être placée à la tête du dernier volume de Tépoque fixée. Cette méthode pourra paroftre une nouveauté. On est accoutumé à voir une table chronologique à la tète de chaque volume, et nous ne dissimulons pas que dom Bouquet en a ainsi usé par rapport aux monumens de la première race, et pour ceux de la seconde qui concernent les règnes des successeurs de Charles le Chauve.
Il y a cependant des raisons très-fortes pour s*écarter de la méthode de D. Bouquet, quand les monumens appartenans à une même époque contiennent plusieurs volumes. En effet, la table chronologique est composée d après les monumens de chaque volume. L*un contiendra les chroniques, le second YAppendix ex variis chroniciSf les poésies historiques, les vies des saints et autres monumens, les lettres historiques des princes, papes et évêques, les décrets des conciles et les ordonnances; le troisième renfermera les diplômes, notices et chartes importantes et remarquables.
Or, indépendamment de la difficulté qu il y a & fixer les dattes des événemens par années , en se bornant aux chroniques qui souvent se contredisent à cet égard, il est certain que Ion ne réussira jamais à fixer ces dattes sans combiner les chroniques non-seulement entre elles, mais encore avec les divers monumens renfermés dans les volumes suivans qui appartiennent à la même époque, comme ïAppendix ex variis chronicis, les vies des saints, les conciles, et surtout les lettres historiques et les diplômes. Ce qui peut se rencontrer de défectueux dans une espèce de monumens historiques se corrige par une autre. Et il ny a que ce moyen de perfectionner la table chronologique, qui est dun travail très-épineux, souvent ingrat et le plus pénible de Touvrage. Les critiques ont reproché à dom Bouquet beaucoup de négligences dans ce genre; mais outre que personne ne peut se flatter d'éviter toutes les fautes dans ce travail, il est vraisemblable que dom Bouquet en eût évité une grande partie, s'il eût attendu à composer sa table chronologique que tous les monumens appartenans à une même époque fussent imprimés. Il paroit donc convenable de ne placer les annales ou la table chronologique qu à la tête du dernier volume appartenant à la même
époque. Cette méthode réunit un autre avantage qui n est pas indifférent pour les gens de lettres, c'est quil suffira d*ouvrir un volume pour y lire la suite des faits contenus dans plusieurs volumes, au lieu qu autrement il faudroit, pour une même époque, consulter plusieurs tables chronologiques à la fois, ce qui seroit beaucoup plus embarassant. âu reste, on s*en rapporte aux lumières de rassemblée et de son illustre chef.
Cartes géographiques. Suivant le plan arrêté chez M. le Chancelier Daguesseau , on devoit mettre une carte géographique au commencement de chaque race. On n'en a point mis au commencement de la troisième , mais cela peut se réparer, et Ton espère du zèle de Monseigneur le Chancelier pour la perfection de ce grand ouvrage qu'il voudra bien donner les ordres nécessaires à cet égard. Mais on ne peut se dispenser d'observer qu'une seule carte géographique ne suffit pas pour la troisième race. II paroit nécessaire d'en mettre une au commencement du dernier volume de chaque époque. Nous inclinons pour le dernier volume, plutôt que pour le premier, parce qu'à mesure qu'on ramasse des monumens et qu'on les combine avec les premiers d'une même époque, on acquiert des lumières et on réforme des erreurs. Cependant , par cette considération , on pourroit placer à la tête du premier volume d'une époque la carte géographique qui représenteroit l'état du Royaume, non pas pendant cette époque, mais à la fin de l'époque précédente : par exemple, rien n'empêcheroit de mettre à la tête du douzième volume une carte géographique qui représenteroit la France telle qu'elle étoit pendant les règnes de Hugues Capet, de Robert et de Henri I*, et par conséquent au commencement de celui de Philippe I*, qui doit &ire la matière de l'époque suivante, avec les règnes de Louis VI et de Louis VII.
(Collection Morean, n* 307, fol. 31.)