LETTRE DE DOM CLIÊMENT AU GARDE DES SCEAUX
i6 juillet 1787.
Monseigneur, je reçois comme un ordre très-respectable l'invitation que Votre Grandeur veut bien me faire de lui apprendre où en est la collection des historiens de France, dont je suis chargé depuis 17 ans, et quels sont mes associés soit pour cette entreprise, soit pour ma troisième édition de ¥ Art de vérifier les dates. Je n'en ai aucun, à proprement parier, pour celle-ci. Mais j'entretiens des correspondances avec divers savans des pays étrangers, qui me fournissent d'excellens mémoires ou qui prennent la peine de revoir ceux que je leur envoyé sur les grands feudataires des provinces qu'ils habitent. C'est avec leur secours que j'espère débrouiller le cahos de l'histoire féodale des Pays-Bas, de l'Allemagne et de l'Italie.
A l'égard de la collection des historiens , j'ai , depuis environ 1 5 ans , pour collègue dans cette tâche dom Brial^^^ qui, étant dans la force de l'âge et joignant l'amoiur du travail aux talens , est en état de fournir et d'éclaircir les monumens de plusieurs règnes. C'est avec lui que j'ai publié les XII* et XIII* volumes, qui embrassent, sous une période de 1 30 ans, les règnes de Philippe I*', de Louis le Gros et de Louis le Jeune. Ces mêmes règnes doivent
^*) Dom Michd-Jean-Josepli Bréal, né à Perpignan en 1743, mort à Paru le ad mai 1828, collaborait alors avec dom Gément aux tomes XII et XJR du Becneil des historiens de France, etc.
encore nous occuper dans le XIV* volume, où nous nous proposons de faire entrer tout ce qu'il y a sous cette période de relatif à notre histoire et au droit public dans les actes des conciles, dans les vies des saints, dans les bulles des papes , dans les diplômes de nos Rois , dans les lettres des hommes illustres, dans les poésies du tems, etc. Une pièce importante, par où ce volume doit souvrir et qu*on nous fait attendre depuis longtems de Rome , où nous l'avons plusieurs fois fait demander, nous tient en échec. Si de nouvelles sollicitations ne sont pas mieux acceuillies, nous serons obligés, pour fobtenir, de recourir à votre puissante recommendation , qui ne manquera sûrement pas de produire son effet. Tel est Tétat que Fobéissance m'engage à vous rendre de nos travaux littéraires, heiureux de pouvoir les continuer sous vos auspices.
Daignez agréer, etc.
Fr. Franc. Clément, bénédictin.
(CoEection Moreav, n* 307, loi. 90.)
EXTRAIT D^UN RAPPORT DE MOREAU SUR L^iTAT DfiS TRAVAUX LITTÉRAIRES '''.
i*' mars 1788.
Ces deux ouvrages sont les deux plus importaus peut-être que la congrégation de Saint-Maur ait entrepris.
VArt de verrier les dates est dû aux soins de dom Clément. U ne forma originairement qu'un volume in-quarto ; plus que doublé dans la deuxième édition, qui fut dédiée au Roy en 1 770, il fit un très-gros in-folio. La dernière édition , qui a été prodigieusement augmentée , renferme trois volumes in-folio; mais tous les monumens ne sont pas ehcor épuisez et, à l'aide de ses correspondances, ce savant religieux, qui espère bientôt avoir un adjoint pour cet ouvrage, compte, si Dieu lui donne la vie, débrouiller le cahos de l'histoire féodale des Pays-Bas, de l'Allemagne et de l'Italie. Cet ouvrage mérite vraytnent les soins et la protection du Gouvernement.
La Collection des historiens de France est desjà composée de 1 A volumes, dont les deux derniers renferment, sous une période de cent vingt ans, les règnes de Philippe I^, de Louis le Gros et de Louis le Jeune. Commencée par
^) Remis à Lamoîgnon le 1* mars 1788.
dom Bouquet, elle est, depuis longtems, continuée par dom Clément, qui a, depuis quinze ans, pour adjoint et associé dom Brial, qui seul en est chargé actuellement.
Le Roy souscrit pour un certain nombre d'exemplaires de cet ouvrage, et ils sont distribuez à mesure qu ils paroissent.
Dom Clément, par sa lettre du 16 juillet 1787, rend compte à Monseigneur de ces deux ouvrages, quil recommande à sa protection, et, tous les ans, aura Thoueur de lui faire part de leurs progrès.
(Cdlection Moreaii, n* 307, fol. 75.)
iHrataBaii «Arrowiti.