Le Comité "France-Amérique"
Lepère. — LA FRANCE, de Rodin, gravée Bur bois, en deux couleurs, tirage sur Chine
à 130 exemplaires numérotés, montés sur bristol . 100 »
EN L’HONNEUR DE M. ET Mme CARNEGIE, plaquette d’amatenr de 30 pages,
tirée à 200 exemplaires numérotés, avec 2 gravures hor6-texte . 10 fr. »
G. Hanotaux, L. Barthou, R. Bazin, d’Estournilles de Constant, E. Lamy, Général Lebon. Vidal DE LA Blaohe, etc. — LA MISSION CHAMPLAIN AUX ÉTATS-UNIS ET AU CANADA (avril-mai 1912), avec 23 portraits hors-texte de Cormon, 2 planches hors-texte de Lepère, dessins dans le texte de M. et Mmc , G. Hanotaux fils. Tiré à 230 exemplaires numérotés ( Cette édition n'est pas mise dam le commerce.)
Envoi contre mandat-poste représentant la valeur de l’ouvrage, plus les frais de port (S % France, 10 % Etranger ).
Réduction de 25 % pour les membres du Comité France-Amérique.
Pourquoi a-t-il été fondé?
Développer les rapports de tout ordre entre la France et les Amériques : tel est le dessein que s'est proposé le Comité France- Amérique. Voyons pourquoi il a été fondé.
Dès que la France se fut relevée, après la guerre de 1870, plusieurs devoirs urgents s'imposaient à elle au dehors.
Tout d'abord, elle devait reprendre son rang de grande puissance et en finir avec cette espèce de discrédit entretenu, depuis ses défaites, par le travail persévérant de ses adversaires. Qu'on se souvienne des paroles prononcées par M. Tisza quand il exposait, devant les Délégations, les raisons pour lesquelles V Autriche-Hongrie refusait de participer officiellement à l'Exposition de 1889. La reconstitution de son armée et Faction de sa diplomatie rétablirent l'équilibre : les puissances, même les plus fières, comprirent qu'il fallait compter désormais avec la France. Le dénigrement systématique prit fin L'équilibre européen était rétabli.
Vers le même temps, la planète, découverte pour ainsi dire une secondefois depuis Vasco de Gama et Christophe Colomb, s'ouvrait à l'expansion coloniale. La question qui se posait était de savoir si la France assisterait impuissante au partage de l'Univers, ou si elle y réclamerait le lot que sa haute mission civilisatrice devait lui réserver. Dès i88i-i885, un premier pas avait été fait par l'occupation de la Tunisie ; mais Jules Ferry n'avait pu que tracer les cadres au Tonkin, à Madagascar, au Niger, au Congo. Si la France voulait se maintenir au rang des grandes puissances mondiales, il fallait qu'elle prît un parti et que, malgi’é les difficultés inhérentes à de si vastes entreprises, malgré l'opposition déclarée de ses concurrents, elle sût agir par la diplomatie et par les armes. Le dessein fut arrêté et exécuté avec une vigueur et une promptitude qui surprirent les puissances rivales et le pays lui-même. L'Indo-Chine portée jusqu'au Mékong ; Madagascar conquise ; la colonie du Congo étendue dans toute la largeur du continent africain jusqu'au bassin du Nil , la colonie du Sénégal rejoignant celle de la Côlei'Ivoire et, par le Niger, couvrant les territoires du lac Tchad; le modeste point d'atterrissement d'Obock devenant la porte de l'Abyssinie; la Tunisie
délivrée du demi-internationalisme que lui imposaient les traités signés par les Beys : telles furent les réalisations qui firent, décidément, de la France une a plus grande France ». L’Empire colonial africain fut constitué par les conventions de 1889 et de 1898. Il enserrait le Maroc qui devait infailliblement être englobé : ce fut la seconde étape.
Il en restait une troisième à parcourir. Lai France, absorbée par ces grandes tâches, s’était détachée de ses contacts antérieurs avec les peuples jeunes auxquels l’avenir appartient : l’Amérique, notamment, après avoir gardé si longtemps la mémoire des longues amitiés fidèles, s’accoutumait à l’oubli. Une abondante émigration venue des divers pays européens fondait des colonies nombreuses, entretenant le culte de leurs mères-patries. Une polémique savamment entretenue ne manquait nulle occasion de cultiver le préjugé anti-français. L’heure était venue de réagir
Telle fut la raison de la création du Comité France-Amérique. On trouvera plus loin le tableau de sa fondation et de ses initiatives. Il est maintenant en pleine activité, en pleine prospérité.
Assurer les relations cordiales entre le nouveau continent et la France : voilà son programme. L’Amérique jouait déjà un rôle considérable dans les affaires du monde ; depuis son intervention dans la guerre actuelle, ce rôle prend une telle importance qu’il faudrait un véritable aveuglement pour ne pas lui réserver une place éminente dans les préoccupations d’un grand peuple.
Auprès des démocraties américaines, un noble passé plaide pour la France. Mais, si on envisage l’avenir, quelles préparations étaient amorcées ? Aucune. Le canal de Panama a été arraché à ses premiers constructeurs par la complicité des passions et des fautes. En perçant les deux isthmes de l’Afrique et de l’Amérique, la France a transformé la carte du m.onde et ce n’est pas elle qui en a recueilli le bénéfice. Combien de conceptions grandioses ou ingénieuses -, nées chez nous, ont ainsi profité à d'autres : Sic vos non vobis... L’idée de Champlain, qui rêvait d’une grande domination française reliant les lacs au Mississipi, a été reprise et développée par la persévérance anglo-saxonne et a donné le jour aux Etats-Unis d’Amérique. Cette admirable colonie française du Canada vit et prospère sous un autre drapeau...
Ces faits sont accomplis, nous n’avons pas à y revenir ; mais il reste, sur le continent américain, assez de bonnes semences françaises pour que nous puissions espérer encore d’abondantes moissons.
On l’a bien vu, du reste, dans cette guerre, lorsque le Canada, sans hésitation, répondit à l’appel du gouvernement britannique. Certes, il s’agissait de combattre pour l’Angleterre; mais c’était sur la terre de France, auprès de ces soldats français dont le type le plus admirable est fixé, dans la mémoire du peuple canadien, par la figure légendaire de Montcalm, le digne adversaire de Washington et de Wolf.
En même temps, nos amis des Etats-Unis accouraient en France. Les premiers d’entre eux, les précurseurs en quelque sorte, nous rendaient ainsi ce que La Fayette et Rochambeau avaient fait en volant au secours de l’indépendance américaine ; les volontaires américains gagnèrent une gloire immortelle par leurs exploits. Cependant, la grande démocratie des Etats- Unis paraissait bien la plus éloignée de la guerre. En apparence, elle pros-
pérait du malheur des autres ; elle n'avait qu'à se laisser vivre ; la maîtrise du monde lui arriverait par surcroît : aux deux groupes épuisés par une guerre atroce , elle dicterait sa loi. Au cours de cette période précédantl’alliance, la bienfaisance prépara le chemin. Le « secours américain » habitua les plus hautes clairvoyances du nouveau continent à se pencher sur les grandes souffrances provoquées par cette guerre. Le cri de la justice a monté jusqu’à eux. Nos ennemis n'avaient pas compté avec la voix du devoir... Le peuple américain S’entend en lui ; et lui, si fier, il obéit. Avec une docilité quasi religieuse, il quitte son foyer tranquille et vient se ranger parmi les combattants.
Après les Etats-Unis, d'autres peuples américains se sont inscrits, ne * voulant pas manquer à la liste qui sera le tableau d’honneur de la future humanité. De même que les oiseaux migrateurs, quand le plus fort et le plus résolu s'est levé, les autres s'envolent et forment avec lui le triangle , ailé qui fend l’espace, de même les Républiques du Sud, ouvrant l'aile, sont parties l’une après l'autre... Maintes d'entre elles sont sorties de la neutralité, proclamant la guerre ou rompant les relations diplomatiques avec l’Allemagne. Si d'autres se sont tenues aux différents stades du mouvement. l'orientation suivie fut partout la même : de sorte que, sur tout le nouveau continent, depuis l’Alaska jusqu'à la Terre de Feu, la conception du droit des peuples s'est révélée identique, s'opposant à celle des doctrines pangermanistes.
Nous avons donc bien le droit de dire, nous, membres du Comité France- Amérique, qui, depuis douze ans, dans un pieux souci du passé et une claire vision de l’avenir, avons consacré nos efforts au développement des relations amicales entre la France et les nations américaines, nous , avons le droit de dire que nos vœux sont comblés et que, jamais, ces vieilles, solides et inébranlables amitiés n'ont, reçu plus éclatante consécration.
La France reste fidèle à elle-même et à ses méthodes du passé : elle risque toujours sa vie pour la défense des nobles causes. Atlantique et méditerranéenne à la fois, elle relie les deux mondes : l’Occident et l'Orient ; puissance d'équilibre, située au carrefour des routes européennes, elle a lutté, au cours de sa longue histoire, contre toutes les hégémonies et contre toutes les barbaries, qu'elles vinssent du Midi ou qu'elles vinssent du Nord. » Ce peuple vaillant, brave et désintéressé, sème sans s’inquiéter de la
récolte de gratitude ; elle lui viendra par surcroît. A l'Amérique, nous ne demandons qu'une seule chose en retour : c'est qu'elle nous accorde, avec une fraternelle largesse, l’amitié, la confiance et la foi.
Gabriel HANOTAUX,
de V Académie française,
Présider i du Comité France-Amérique.
Son activité de 1909 à 1920
Il y aura bientôt douze ans, quelques Français se réunissaient dans le bureau de M. Gabriel Hanotaux et échangeaient leurs vues sur les relations entre notre pays et les nations américaines. Si, en 1920, il n’est pas un Français clairvoyant qui ne comprenne ou ne pressente le rôle économique et politique que ces nations vont désormais jouer, il en était tout autrement en cet été de 1909.
Sans doute, des initiatives particulières et des bonnes volontés isolées pouvaient alors être signalées, d’autant plus méritoires qu’elles se trouvaient moins soutenues; mais il n’est pas exagéré d’affirmer qu’aucun effort coordonné, méthodique et réalisé sur tous les terrains n’existait encore pour relier la France et les deux Amériques. Chez celles-ci,, il importait de cultiver de vieilles amitiés, de réveiller des souvenirs assoupis, de grouper les personnalités « amies de la France ». En France même, l’attention n’était pas portée vers les choses américaines; il fallait l’attirer et la retenir, montrer l’importance de ces jeunes Etats dans la vie internationale de demain, et tirer de cette constatation les résolutions opportunes. . jj
Un tel travail exigeait une ténacité patiente, guidée par une vue d’avenir. Ce qu’il a été, les pages suivantes en donneront un aperçu qui permettra d’apprécier le développement continu de notre Comité, son expansion dans le Nouveau Monde, ses principaux modes d’activité, ses initiatives nouvelles en voie de réalisation.
Nous voulons, dans la paix, aider au développement des divers pays du Nouveau Monde, de toutes nos forces nationales : politiques, économiques, financières, sociales, intellectuelles, artistiques, avec la conviction que les échanges ainsi établis seront également favorables de part et d’autre. Cette réciprocité de services, que justifient une conception analogue de la vie publique et sociale et des amitiés anciennes, assure à l’avenir de notre œuvre une vitalité qui ne se démentira pas.
Nous voulons dresser ici, en quelque sorte, le procès-verbal des résultats obtenus à ce jour par le Comité France- Amérique, — procès-verbal intentionnellement sec et précis, comme un rapport de Conseil d’administration. Nous examinerons tout d’abord l’œuvre accomplie en France, par le Comité central, au cours des cinq premières années de son existence, depuis sa création jusqu’en 1914, et nous montrerons sous quelles formes s’est exercé son effort pendant la guerre. Puis , nous exposerons le travail fécond réalisé, parallèlement au sien, par ses Comités correspondants en Amérique du Nord et du Sud. Enfin, nous indiquerons dans quel sens il oriente son action nouvelle .