‹ Le Comité "France-Amérique"Chapitre 2 sur 20 · AVANT LA GUERRE · texte numérisé non relu

AVANT LA GUERRE

I. — En 1909, il n’existait aucune organisation ayant pour dessein unique de travailler à resserrer les liens entre la France et toutes les nations américaines. Notre premier soin fut donc de réunir Tes personnalités françaises s’intéressant spécialement aux Amériques. Des appuis précieux et des concours dévoués nous furent promptement acquis et nous permirent de former notre Comité de Patronage et notre Conseil de Direction, dont on trouvera la liste dans la présente brochure.

II. — Dès 1910, nous avons entrepris une propagande active et méthodique : elle a eu pour objet et pour résultat de constituer un noyau d’Adhérents, versant des cotisations régulières, qui, par sa progression incessante, a donné à l’œuvre une base particulièrement solide. Ces souscriptions, nos seules ressources, ont d’ailleurs été la mesure de notre succès.

III. — La même année, un Centre d’action fut donné au Comité et son siège social établi 21, rue Cassette; c’est là qu’il fonctionna jusqu’en 1918 et que se constituèrent ses archives et sa bibliothèque.

IV. — En même temps était publié le premier numéro de notre revue mensuelle « France-Amérique )), qui, d’année en année, s’est améliorée et développée. Elle comporte actuellement des livraisons trimestrielles, (( France-Amérique Latine » et « France-Canada », et paraît sur une cinquantaine de pages de grand format, avec des gravures et des cartes en planches hors texte. Cette revue, que reçoivent tous les membres du

Comité, les tient au courant de la vie des nations américaines, dans toutes ses manifestations, par des articles, chroniques et documents groupés sous trois rubriques : la vie économique , commerciale et financière, — la vie politique et internationale, — la vie intellectuelle, sociale et artistique. Il suffit, du reste, pour se rendre compte de 'l’énorme documentation originale ainsi réunie, et qui ne trouve pas ailleurs son équivalent, de parcourir l’Index des dix premières années, - véritable répertoire de la vie du Nouveau Monde pendant cette période.

Les milieux compétents savent aujourd’hui que toute personne désireuse de suivre les questions américaines, soit à un point de vue général, soit pour des études particulières, soit en raison des intérêts qu’elle possède en Amérique (valeurs mobilières, participation commerciale ou industrielle, propriété foncière, immeubles, etc.), trouve le plus sérieux profit à consulter nos publications. Celles-ci sont la propriété exclusive du Comité, et leurs lecteurs sont donc assurés d’y trouver, sous la plume des spécialistes français les plus compétents et de correspondants américains qualifiés, des informations impartiales, présentées avec une entière indépendance et un absolu désintéressement. Aussi leur influence et le nombre de leurs abonnés sont-ils allés croissants.

V. — Depuis 1913, la revue est complétée par l’édition des livres qui forment la Bibliothèque France-Amérique ; celle-ci appartient également au Comité, qui fait bénéficier ses membres d’une réduction de 25 % sur le prix des volumes. Les ouvrages qui la constituent sont publiés chez un grand éditeur de Paris : la Librairie Félix Alcan, et, par leur valeur comme par leur présentation, ils ont mérité aussitôt la faveur du public. On en trouvera la liste complète en tête de la présente brochure; indiquons ici simplement qu’ils se répartissent en quatre collections : Histoires des Nations américaines, — Pays d’Amérique , — Littérature et arts d’Amérique, — Questions américaines, donnant sur chaque sujet une étude complète et originale.

VI. — Nous avons voulu assurer l’efficacité de cette action intellectuelle par le développement de rapports personnels directs entre les élites française et américaine. Il nous a paru, en effet, d’un intérêt capital de prendre contact avec les hommes influents du Nouveau Monde et d’assurer la permanence de ce contact par des relations particulières. Il importe, avant tout, de se rencontrer et de causer pour se mieux comprendre, et c’est ainsi que, de part et d’autre, se forme une opinion publique exactement renseignée. Dès 1911, cette préoccupation a été au premier plan de notre activité. Inspiré par la pensée d’assurer l’appui américain à la France dans l’éventualité déjà probable d’un conflit européen, le Comité s’est tourné tout d’abord vers les pays les plus rapprochés de nous et, en mai 1912, il a envoyé aux Etats-Unis et au Canada la Délégation du tri- centenaire de Champlain, présidée par M. Gabriel Hanotaux et composée de personnalités telles que MM. Etienne Lamy, René Bazin, Louis Barthou, baron d’Estournelles de Constant, comte de Rochambeau, comte de Chambrun, général Lebon, l’aviateur Blériot, etc., qui portèrent aux Etats de New-York et Vermont « La France » de Rodin, offerte par souscription publique. La venue des délégués fut partout l’occasion d’éclatantes manifestations de sympathie pour notre pays, et leur passage, comme on a pu le constater, a laissé un souvenir durable et fécond.

Seuls, les événements n’ont pas permis l’envoi de missions semblables à l’ouverture solennelle du Canal de Panama, qui devait avoir lieu en igi5, et à l’Exposition de San-Francisco, de même qu’aux cérémonies du centenaire de l’indépendance de la République Argentine, en 1916.

VII. — D’autre part, le Comité, en toute circonstance, reçoit les personnalités américaines qui viennent à Paris. Il y avait, à cet égard, une grave lacune à combler : alors, en effet, qu’en d’autres pays, et notamment en Allemagne, ces personnalités étaient traitées avec honneur et même avec faste, trop souvent, en France on les ignorait. La différence d’accueil déterminait, même chez les plus sympathiques, une différence d’impressions, grosse parfois de conséquences politiques et économiques. Qu’il soit utile, par conséquent, d’entrer en rapports avec de tels hommes, de les entretenir des questions opportunes et de faire en sorte qu’ils puissent garder de 'la France le souvenir que notre pays mérite, qui le contesterait?...

C’est ainsi que le Comité a invité et reçu des Présidents de République comme ceux du Brésil : maréchal Hermès da Fonseca et M. Nilo Peçanha; de l’Argentine : M Roque Saenz Pena ; du Mexique : général Porfïrio Diaz et M. Francisco L. de la Rarra; de Colombie : général Reyes; — le premier ministre du Canada : Sir Robert Borden, et celui de la province de Québec : Sir Lomer Gouin ; — les chefs des (missions diplomatiques nord et sudaméricaines à Paris, notamment : les ambassadeurs des Etats-Unis, MM. Robert Racon et Myron T. Herrick; le ministre de l’Argentine, M. Enrique Rodriguez Larreta ; le ministre du Brésil, M. Olyntho de Magalhaes ; le ministre du Chili, M. F. Puga Rorne ; le ministre du Costa Rica, Marquis de Peralta ; le commissaire général du Canada, Hon. Ph. Roy, etc.; — M. Andrew Carnegie; — M. Jorge Tibiriça, ancien président de l’Etat de Sao Paulo ; — P amiral Peary ; — l’ambassadeur D.-J. Hill ; — , des présidents d’Universités américaines : Dr. Lawrence Lowell, de Harvard; Dr. Nicholas Murray Butler, de Columbia; Dr. John Finley, de New-York; — l’Hon. Raoul Dandurand, ancien président du Sénat canadien; — ainsi qu’un très grand nombre- de personnalités du Nouveau Monde. Il n’est pas inutile, à ce propos, de souligner que la présence à nos réunions de beaucoup de dames de la société américaine et française leur confère un caractère de distinction et un agrément qui sont bien de nature à favoriser les relations personnelles entre élites, que nous visons à établir.

VIII. — Pour faire porter tous leurs fruits à ces initiatives, il était nécessaire de créer en Amérique des Comités correspondants permanents qui, avec leur constitution et leurs ressources propres, puissent exercer dans leurs pays respectifs la même influence que le Comité central en France. Il fallait, par ailleurs, éviter tout double emploi avec les différentes organisations : Chambres de Commerce, Cercles, Sociétés diverses, etc., qui répondent aux besoins des colonies françaises d’Amérique. Nous avons donc suivi, pour l’institution de nos Comités correspondants, une politique bien définie : ce sont des Comités nettement américains placés, dans chaque pays, sous -la présidence d’honneur de l’ambassadeur ou du ministre de France, et leur Conseil de direction est composé de personnalités jouant, dans la vie des nations d’Amérique, un rôle analogue à celui des membres de notre propre Conseil, en France. En un

mot, nous avons voulu susciter la création de groupements d’Américains amis de notre pays. Dans quelle large mesure nous y avons déjà réussi, on s’en rendra compte par l’exposé que nous publions plus loin.

IX. — La collaboration entre le Comité central et les Comités d’Amérique embrasse un champ immense. Les résultats obtenus jusqu’ici sont considérales et permettent d’augurer favorablement de l’avenir. Dans un autre chapitre de cette brochure, nous indiquons les grandes lignes de l’œuvre réalisée à cet égard; mais nous devons prier nos lecteurs de ne pas perdre de vue qu’à côté de cette activité, publique en quelque sorte, tout un travail intérieur, non moins important, a été accompli au moyen de démarches opportunes et d’interventions amicales, rendues possibles par les liens personnels ainsi créés entre Américains et Français éminents. Nous ne signalerons, à titre d’exemple, que ce service, dont on saisira toute l’importance, rendu aux éditeurs français : lors de la dernière révision du tarif douanier aux Etats-Unis, notre président, M. Gabriel Hanotaux, a pu obtenir, par l’entremise de M. Elihu Root, la suppression d’un amendement établissant des droits d’entrée sur les bvres et, par conséquent, très préjudiciable à notre commerce d’exportation de librairie.

Entre les Comités correspondants et le Comité central, le contact est assuré ; ils reçoivent nos compatriotes, qui trouvent auprès d’eux concours ou appui, et nous accueillons ici leurs membres et amis.

X. — Afin de compléter son effort notre Comité a créé ensuite, sous le nom de Ligue Française de Propagande, une organisation pour la défense des intérêts français en Amérique. Elle est présidée par M. Emile Heurteau, délégué général du Conseil d’administration des Chemins de fer Paris-Orléans, et elle réunit, non pas des personnes mais des établissements : sociétés commerciales, industrielles et financières, Universités et grandes Ecoles, groupements artistiques et touristiques, qui s’intéressent directement aux rapports économiques ou intellectuels entre notre pays et les nations du Nouveau Monde. Les plus importants ont délégué un représentant au Conseil de la Ligue, et celui-ci s’est constitué en quatre Commissions, qui se répartissent méthodiquement le travail afin de pouvoir répondre aux besoins les plus divers.

La Commission de l’Enseignement, placée sous la présidence de M. Alfred Croiset, doyen honoraire de la Faculté des Lettres de l’Université de Paris et membre de l’Institut, a publié une brochure destinée à faire mieux connaître en Amérique nos grands établissements d'enseignement. Tirée en quatre langues : français, anglais, espagnol, portugais, elle a été distribuée à 10.000 exemplaires dans tous les Etats du Nouveau Monde, avec le concours de nos correspondants dans ces pays. Nous avons reçu d’Amérique les plus vives marques d’approbation pour ces envois, qui permettent aux jeunes Américains de se renseigner d'une façon précise et détaillée sur les possibilités d’études qui leur sont offertes en France. En raison des services rendus par cette publication, une deuxième édition, entièrement remaniée, est actuellement en préparation.

La Commission des Beaux-Arts, que préside M. François Carnot, président de l’Union centrale des Arts décoratifs, a dirigé l’organisation et concouru à l’heureuse réalisation de l’exposition d’art français qui, sur l’initiative de notre Comité correspondant de Sao Paulo, a eu lieu

dans cette ville quelques mois avant la guerre. On verra plus loin quelles furent l’importance et la portée de cette manifestation.

La Commission d’industrie et Commerce, présidée actuellement par M. Paul Templier, président de la Chambre Syndicale de la Bijouterie de Paris, a organisé avec succès une campagne de publicité commerciale collective dans dix-sept journaux de3 Etats-Unis, — publicité effectuée sous nos auspices et d’après nos études.

La Commission du Tourisme, sous la direction de M. Edmond Chaix, président de la Commission du Tourisme de l’Automobile Club, s’est particulièrement occupée de la distribution d’albums, cartes et notices sur les diverses régions de France, et elle a prêté son concours à cet effet, notamment aux Syndicats d’initiative, Compagnies de chemins de fer et municipalités. En 1913, elle la préparé, avec (l'Office national des Universités et grandes Ecoles, un voyage, organisé par notre Comité de New York, d’étudiants et étudiantes américaines en France ; un second voyage, en igi4, fut interrompu par la guerre. Cette question a d’ailleurs été reprise depuis, sous la forme élargie du Bureau d’Accueil et de Tourisme dont nous parlerons ultérieurement.

XI. — Afin de mettre nos membres en rapports avec nos compatriotes venant d’Amérique, qui leur communiquent le résultat de leurs expériences et de leurs observations, nous avons institué des réunions périodiques auxquelles ont pris la parole, entre autres : MM. Gabriel Hanotaux, Etienne Lamy, Henri Bergson, Emile Boutroux, Henri Roujon, René Doumic, de l’Académie française ; M. Paul Deschanel, président de la Chambre des Députés ; MM. Léon Bourgeois et Louis Barthou, anciens présidents du Conseil des ministres ; Stephen Pichon, Pierre Baudin, Joseph Thierry, Jean Dupuy, Paul Doumer, André Tardieu, ministres ; Anatole Leroy-Beaulieu, de l’Institut ; Liard, recteur de l’Université de Paris ; François Carnot, Paul Adam, Alfred Roll, etc., etc. Le nombre et la qualité des convives ont témoigné du remarquable succès de cette initiative.

XII. — Enfin, des Sections nationales ont été formées à Paris pour aider au développement de nos relations avec les diverses parties de l’Amérique.

C’est ainsi que la Section France-Etats-Unis, — dirigée par un bureau qui comprend l’Ambassadeur des Etats-Unis, M. Alexandre Millerand, le président de la Chambre de Commerce américaine, MM. Edward Tuck, Emile Boutroux et baron d’Estournelles de Constant, — a organisé une série de dix conférences sur les rapports historiques, intellectuels, artistiques et sociaux des Etats-Unis et de la France. Ces conférences, qui furent suivies avec un vif intérêt, ont été réunies en un ouvrage de la Bibliothèque du Comité.

Signalons également les concours littéraires institués par des membres de la Section : M. James H. Hyde, qui a offert un prix de 1.000 francs, attribué à M. Firmin Roz, et M. Donald Harper qui a offert deux prix de 1.000 francs et deux de 5oo francs, dont le premier a été décerné à M. Léon Riotor.

Nous exposons ci-après quelle a été, dans ses grandes lignes, l’activité de nos Sections pendant la guerre.

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