PENDANT LA GUERRE
Le 25 juin igi4, notre Comité fêtait avec éclat son cinquième anniversaire. Sous la présidence de M. Raymond Poincaré, président de la République, une assemblée exceptionnellement nombreuse et brillante, qui réunissait, autour des représentants du Gouvernement français et des membres du corps diplomatique et consulaire américain, l’élite de la société française et des colonies américaines de Paris, attestait, par sa présence, avec quel rare bonheur le Comité France-Amérique venait de franchir la première étape de son existence, quels remarquables concours et quelles amitiés précieuses il avait su s’attacher, et à quelles impérieuses nécessités avait répondu sa fondation.
C’est donc en plein essor que la guerre surprenait le Comité France- Amérique et l’obligeait à interrompre la marche habituelle de ses travaux. Allait-il donc rester inactif? La souplesse de son organisation lui permit heureusement d’adapter son action aux circonstances et, sous des formes nouvelles, de continuer son oeuvre.
I. — Son activité, au cours de la guerre, s’est exercée de diverses manières. Tout d’abord, il s’est fait un devoir d’encourager le grand élan charitable qui, dans le Nouveau Monde, s’est manifesté en faveur des éprouvés de la guerre en France. Ses Comités correspondants et ses amis d’Amérique ont admirablement répondu à son appel, et c’est ainsi qu’il est devenu un intermédiaire naturel entre les bienfaiteurs américains et les œuvres françaises de secours. Les résultats vraiment magnifiques obtenus à cet égard peuvent se résumer en un chiffre : du 8 août igi4 au 3i décembre 1919, les Sections du Comité central de Paris ont transmis aux diverses institutions charitables de notre pays, conformément aux indications et vœux des bienfaiteurs, pour 6.260.000 francs cfe dons en argent, provenant du Canada, des Etats-Unis et de l’Amérique latine. Nous avons été heureux de donner, dans nos différentes publications, un exposé de cet admirable mouvement de la bienfaisance américaine et d’en citer de nombreux témoignages.
IL — D’autre part, notre Comité a créé, en entente avec le Ministère de la Guerre, le « Service de Transports France-Amérique », qui fonctionne depuis avril 1917 et qui a pour objet d’obvier aux difficultés de transport des dons en nature envoyés d’Amérique à destination de la France. Le Service assure l’expédition de ces dons, sans frais d’aucune sorte, depuis un port quelconque du Nouveau Continent, et leur transmission à toute œuvre française légalement constituée que lui désigne le donateur. Il n’existe pas d’ailleurs d’autre organisation de ce genre.
Les marchandises transportées sont toutes, soit des objets neufs (vêtements, lainages, chaussures, matériel sanitaire, machines et instruments agricoles, automobiles, etc.), soit des denrées alimentaires (conserves de viande et de légumes, cacao, lait condensé, sucre, tabac, etc.), dont l’introduction en France, à titre de dons, évite une sortie d’argent français et procure des articles indispensables, que l’on ne pourrait obtenir dans notre pays, même à la valeur cotée. Le total global des dons en nature reçus par France-Amérique pour les oeuvres françaises s’élevait, à la fin de 1919, à 53.787 caisses, représentant, sans tenir compte du change, une valeur de 121.300.G00 francs environ.
III. — Parallèlement à cette activité née de la guerre, le Comité a poursuivi de la manière la plus heureuse le développement de ses organisations propres. Après une période de ralentissement imposée par les circonstances, il a repris, dès la fin de 1916, sa propagande générale et, depuis, il n’a cessé de l’étendre et de la perfectionner, au point que l’importance accrue de ses services l’a obligé de procéder à une nouvelle installation : 82, avenue des Champs-Elysées, au cœur même du « quartier américain » de Paris et dans un cadre lui permettant de recevoir dignement ses hôtes du Nouveau Monde. L’inauguration de ce nouveau siège social, le 4 juillet 1918, par le Président de la République, entouré des Présidents de la Chambre et du Sénat, et en présence de l’Ambassadeur des Etats-Unis et des Ministres de l’Amérique latine, fut l’occasion d’une imposante manifestation franco-américaine.
IV. — Fidèle à son programme, le Comité s’est employé de la façon la plus active, pendant les cinq années de guerre, à maintenir la bonne entente entre l’opinion publique des nations américaines et celle de notre pays. Avant tout, il a pensé qu’il importait de mettre clairement en lumière les sentiments qui inspiraient notre peuple : la certitude qu’en luttant pour sa liberté, il défendait celle de l’humanité tout entière et les principes mêmes de la civilisation. Les Sections du Comité, en même temps qu’elles entretenaient avec les particuliers ou organisations américaines une correspondance incessante, ont donc envoyé en Amérique du Nord et du Sud de nombreuses publications en français, anglais, portugais ou espagnol, où se trouvaient recueillis et commentés des faits, des documents, des témoignages d’une incontestable véracité. De plus, pour marquer aux bienfaiteurs américains la gratitude de la France, elles ont fait parvenir à chaque souscripteur ou donateur connu de nous une estampe ou une carte reproduisant un des meilleurs dessins inspirés par la guerre et portant quelques mots de remerciement d’un Français éminent, — témoignage auquel nos correspondants ont été très sensibles. Le nombre de ces envois dépase aujourd’hui 3oo.ooo.
V. — Par ailleurs, le Comité a estimé utile de renouer la tradition de ses réunions périodiques, dont chacune a un objet bien déterminé. Nous savons, en effet, que nos amis américains habitant Paris ou s’y trouvant de passage, comme les Français qui s’intéressent à 1 elle ou telle nation d’Amérique, goûtent vivement ces réunions, car elles leur permettent de se connaître et de garder aisément contact. Elles offrent en même temps, ainsi que nous l’avons dit, l’occasion d’accueillir comme il convient les personnalités du Nouveau Monde venant dans notre pays
à titre officiel ou privé et de les mettre en rapports avec les représentants de l’élite française dans les diverses branches d’activité. Aussi notre Comité est-il justement fier d’avoir, le premier, établi cette nécessaire liaison.
Citons, parmi nos hôtes de la guerre, Américains ou Français : le Président des Etats-Unis et Mme Wilson ; le Président du Brésil et Mme Epitacio Pessoa ; les nouveaux chefs des missions diplomatiques nord et sud-américaines à Paris ; les ambassadeurs des Etats-Unis et Mmes William G. Sharp et Hugh Campbell Wallace ; le ministre de l’Argentine et Mme Marcelo T. de Alvear ; le ministre du Brésil et Mme Regis de Oliveira ; le ministre du Chili et Mme M. Ibanez, etc., etc. ; le général Pershing ; Sir Arthur Currie, commandant en chef de l’armée canadienne ; le général et Mme Pau ; les ministres canadiens : Sir George Foster, Hon. et Mme T. Chase Casgrain, Hon. et Mme Rodolphe Lemieux ; Sir John Gibson, lieutenant-gouverneur de la Province d’Ontario ; les ministres uruguayens : M. Juan Antonio Buero, M. et Mme Gabriel Terra ; M. Paul Claudel, ministre de France au Brésil ; Mgr. Brent, délégué de l’Eglise épiscopale américaine ; le général d’Aché et la Mission militaire brésilienne en France ; le Dr Nabuco de Gouvea et la Mission médicale brésilienne ; les représentants des grandes œuvres américaines à Paris : American Relief Clearing House, American Ambulance, American Field Service, American Fund for French Wounded, Y. M. C. A., Y. W. C. A:, Chevaliers de Colomb, Mission Rockefeller contre la tuberculose, etc. ; la Mission économique canadienne en France, etc., etc.
VI. — Dans le même ordre d’idées, nous avons tenu à ne négliger aucune occasion de reconnaître publiquement les sentiments d’amitié ou de sympathie qu’ont témoignés à notre pays les diverses nations d’Amérique. C’est le but des grandes manifestations organisées en leur honneur par le Comité et qui — l’expérience le montre sans conteste — trouvent dans le Nouveau Monde un retentissement considérable éminemment propre à nous assurer la gratitude américaine.
Il nous est impossible, faute de place, d’en donner ici fût-ce une simple énumération. Nous ne saurions cependant passer sous silence quelques-unes d’entre elles, particulièrement significatives. Ainsi, la réunion organisée, le 23 janvier 1917, par notre Section France-Etats-Unis et au cours de laquelle M. René Viviani, .vice-président du Conseil, rendit un éclatant hommage aux Etats-Unis amis et charitables. Ainsi encore, l’imposante cérémonie qui a célébré, le 11 avril, en présence du Président de la République, l’entrée en guerre aux côtés des Alliés de la grande République nord-américaine.
De même, la Journée en l’honneur de l’Amérique latine du 28 mai 1917, qui réunit au Château de Versailles, dans un cadre grandiose, les représentants des Gouvernements français et alliés, nos amis de l'Amérique latine et 'l’élite de la société française, a laissé dans l’esprit de ceux qui en ont été les témoins des images inoubliables. L’effet moral en fut considérable dans toute l’Amérique latine, dont la presse publia les discours de MM. Léon Bourgeois, ministre du Travail, parlant au nom du Gouvernement français ; Maurice Barrés et Gabriel Hanotaux, de l’Académie française ; Louis Barthou, ancien Président du Conseil ; Georges Leygues, président de la Commission des affaires extérieures de la Chambre des Députés ; David-Mennet, président de la Chambre de Commerce de Paris.
Parmi nombre d’autres manifestations, indiquons enfin qu’en vue de témoigner publiquement la’ reconnaissance de la France pour les bienfaits de toute sorte que les éprouvés de la guerre dans notre pays ont reçus du Canada, des Etats-Unis et de l’Amérique latine, le Comité a organisé, au cours de l’hiver 1917-1918, dans un vaste immeuble des Champs- Elysées, une grande Exposition des- Dons américains, qui fut inaugurée par le Président de la République et le Ministre des Affaires étrangères et visitée par plus de, 2Ô.000 personnes. Pendant cette Exposition, eurent lieu de nombreuses conférences et réunions de propagande franco-américaine, au cours desquelles prirent la parole, notamment : MM. René Viviani, Louis Barthou, Brieux, A. Millerand, généraux de Lacroix et Malleterre, vice-amiral Besson, Louis Renault, Fernand Laudet, Me Henri-Robert, André Lebon, etc., etc.
VU. — Pour assurer à de. telles manifestations toute leur portée, nous avons créé en 1917 deux séries de publications nouvelles, servies à tous nos adhérents et largement diffusées dans les pays du Nouveau Monde. D’une part, le journal V Amérique, tiré sur papier de luxe, abondamment illustré, et donnant le compte rendu détaillé des réunions organisées par le Comité. D’autre part, la Petite Collection France-Amérique, composée de petits cahiers élégamment présentés et d’un format très commode, et reproduisant les discours ou articles qu’il importe particulièrement de faire connaître en Amérique. Dans cette collection ont paru des exposés de MM. Gabriel Hanotaux, Louis Barthou, René Viviani, Henri-Robert, Alfred' Croiset, etc.
VIII. — Suivant sa méthode habituelle, le Comité ne s’est pas borné à cette action publique. Il a saisi toutes les occasions qui s’offraient d’exercer son influence en faveur du rapprochement entre la France et les Etats d’Amérique. Et c’est ainsi que dans tous les domaines : politique, social, économique, intellectuel, il a pu jouer un rôle très efficace, quoique discret. Nos lecteurs comprendront toutefois que nous ne soyons pas en mesure de faire connaître dès aujourd’hui tout ce qui a pu être accompli par nous à cet égard.
IX. — Alors que le Comité central déployait en France une activité qui, on 3e voit, a été considérable, il s’efforçait d’agir en Amérique même par l’intermédiaire de ses Comités correspondants, et son rôle à cet égard n’a pas été d’une importance moindre. L’exposé du travail accompli par les Comités américains montrera, en effet, quels résultats particulièrement satisfaisants ont été obtenus dans les divers pays du Nouveau Monde, oriente son action nouvelle.