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promettant de lui dévoiler un jour ce sanglant mystère.
Rien n'était plus faux. Pog n'avait aucune notion sur les parents de cet orphelin ; mais il voulait pour ainsi dire perpétuer en lui la haine invétérée qu'il portait aux chevaliers de la religion.
Érèbe combla ses vœux ; un ardent désir de vengeance se développa dans sa jeune âme contre les soldats du Christ qu'il croyait les meurtriers de sa famille.
Sous d'autres rapports, Erèbe donnait moins de satisfaction à Pog. La férocité à fioid le révoltait, il se sentait quelquefois douloureusement ému h la vue des souffrances humaines.
Pog avait remarqué que l'ironie était une arme puissante et infaillible pour combattre l'élévation naturelle du caractère d'Érèbe.
En le com[)arant à un clerc, à un chrétien tonsuré, en Taccusant suitout de faiblesse et dv lâcheté, il poussait souvent le malheureux enfant à des actes coupables.
La scène des roches d'Ollioules, où Erèhe vit Reine pour la prcnjièrc fois, est une preuve frappante de cette lutte constante entre ses
bons penchants naturels et les mauvaises passions que lui inspirait Pog.
Le premier mouvement d'Érèbe avait été de courir au secours de Raymond V, et de répondie avec une vénération presque filiale à l'élan de graiitude de ce vieillard, de se croire enfin payé de sa généreuse conduite par !a satisfaction de sa conscience, par le regard reconnaissant de la jeune fille...
Une arnère raillerie de Pog, une grossière plaisanterie de Trymalcion , changèrent ces nobles émotions en une velléité sensuelle, en un dédain profond pour la courageuse action dont il venait de s'honorer.
Malgré les plaisanteries cyniques des deux pirates, l'image enchanteresse de Reine fil une profonde impression sur Érèbe.
Il n'avait jamais aimé, son cœur n'avait jamais pris part aux grossiers plaisirs qu'il avait cherchés parmi les esclaves que le hasard de la guerre jetait entre ses mains.
Pog et Trymalcion ne furent p.is longtemps sans s'apercevoir d'un certain changement dans le caractère d'Krèbe.
Quelques [laioles indiscrètes apprirent à
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Pog combien ce premier iuiiour prenait d'influence sur ce jeune homme ; le pirate craignit les suites de cette passion ; en élevant le cœur tl'Érèbe, l'amour pouvait le faire rougir de l'abominable vie qu'il menait, et réveiller en lui de généreuses passions. Pog résolut donc de tuer cet amour par la possession , et proposa à Krèbe d'enlever Reine de vive force.
Il rencontra chez le jeune pirate une vive résistance. Ércbe trouvait ce rapt odieux, il voulait être aimé ou se faire aimer.
Pog proposa un moyen terme ; il flatta outre mesure l'amonr-propre d'Êrèbe, il lui prouva (|u'il devait avoir fait une profonde impression sur le cœur de la jeune tille , mais qu'il fallait par des moyens mystérieux entretenir, exalter le souvenir (juclle garderait nécessairement du sauveur de son père. Puis, quand trèbe aui-ail la certitude d'être aimé, il paraîtrait, offrirait à la jeune lille de Penlever, et se retirerait si elle n'acceptait pas ses offres.
Ce plan, que Pog se proposait de modifler à l'endroit du déuoûment, satisfit Érèbe. Nous
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avons vu qu'il fut en partie exécuté à la Maison-Forte.
Un iMaure qui avait accompagné sur mer le jeune pirate depuis son enfance, et qui lui était très attaché, dut s'introduire mystérieusement dans le château des Anbiez.
Cet homme était le bohémien qu'on a vu à la Maison Forte; il accompagnait Érèbe lors de Taudacieux voyage des trois pirates en Provence. Lorsque ceux-ci eurent regagné le port de Cette, où ils avaient laissé leur chebek, ils s'embarquèient et rejoignirent leurs galères mouillées aux îles Majorques, alors ouvertes à tous les pirates de la Méditerranée.
Là , Érèbe , Pog , Trymalcion et Hadji ( tel était le nom du bohémien ) concertèrent leurs plans.
Le jour même de Taventure des gorges d'OUioules, Hadji avait dépeint à ses hôtes de Marseille le vieux gentilhomme et la jeune fille qu'Érèbe venait de sauver; chacun lui avait nommé Raymond V et sa fille , car le baron des Anbiez était bien connu en Provence.
Durant son séjour à Majorque, l^rèbe qui,
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pendant ses loisirs, s'était perfectionné dans l'art de la peinture, fît de souvenir la miniature dont nous avons parlé ; un orfèvre habile avait émaillé la petite colombe sur quelques objets destinés à Reine. Enfin, Érèbe ajouta un portrait de lui, qui fut placé dans le médaillon ornant la gnzla du bohémien.
Les préparatifs terminés , le Maure partit , emportant, comme moyen de correspondance avec les pirates, deux pigeons élevés à bord du chcbek d'Érèbe, et habitués à chercher et à reconnaître ce bâtiment, qu'ils regagnaient à tire d'aile dès qu'ils l'apercevaient à une distance que l'œil de Fhomme ne pouvait atteindre.
Au bout de quinze jours, les deux galères et le chebek devaient aller croiser et louvoyer en vue des côtes de Provence.
On l'a dit, le mois de décembre était le mois sombre de Pog, le mois où ses cruels instincts s'exaspéraient jusqu'à une monomanie féroce.
Il n'avait osé se présenter sous un faux nom ;» M. le maréchal de Vilry que pour examiner ù loisir l'étal de la cote et des fortiiications de Marseille , ayant l'îiudacieux dessein de sur-
sa i.E coMMAxnrxiî f>r mai tf.
pi'fndi'o rot(o villo, de la i-avagor et d'iiicoii- (iior son port. Il comptait sur ses iulelligeiicos avec quelques Maures établis dans Maiseille pour se rendre maître de Ja chaîne du [)ort.
Quoiqu'elle paraisse presque insensée, celte attaque on plutôt celte surprise pouvait réussir : Pog n'en désespérait pas. Si les intelligences qu'il s'était ménagées manquai enta son signal, s'il se voyait obligé de renoncer à cette entreprise , il était sûr au moins de pouvoir désoler une côte sans défense ; et la petite ville de la Ciotat , i\ cause de son voisinage de la Maison-Forte, devait, en ce cas, subir le sort de Marseille.
Pendant le tumulte de la bataille, Reine des Anbiez serait facilement eidevée.
On a vu que les manœuvres du bohémien réussirent.
Longtemps caché au milieu des rochers qui avoisinaient la Maison -Forte, il avait {)lusieurs fois vu Reine au balcon de la fenêtre de son oratoire, et avait remarqué que celte fenêtre restait souvent ouverte. Grâce à son agilité, le bohémien s'y était introduit deux fois le soir; la première, avec le verre de cristal ren-
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ferniaiit une amaryllis do Perse . plante bulbeuse, qui fleurit en très peu de jours ; la seconde fois, avec la miuialure.
Certain d'avoir assez bien établi ces mystérieux antécédents, destinés à irriter la curiosité de Reine et à la forcer de s'occuper d'Érèbe, Hadji, croyant pouvoir se présenter à la Maison-Forte, sans éveiller les soupçons, s'était rendu chez Raymond \,et avait rencontré, sur sa route, le greffier Isnard et sa troupe.
Quinze jours après son arrivic :i la Maison- Forte, le chebek, au coucher du soleil, devait veiiircroiserau hv^e. Hadji lui envoyait alors un des pigeons porteui- d'une lettre , qui apjnc'uait à Érèbe s'il était aimé, et à Pog s'il pouvait tenter un débarquement dans le cas où il aurait renoncé à surprendre Marseille.
L'aigle du guetteur empêcha cette correspondance, en dévorant le messager. Malheureusement Hadji avait un double émissaire. Le lendemain, au coucher du soleil, le chebek parut encore, et une lettre portée par le second jiigeon, annonça à Érèbe (|u"il était aimé, et à Pog que le moment le plus favorable pour luie descente à la (liolal étnil le jour de Noël, épo-