‹ Le commandeur de Malte (volume 2)Chapitre 30 sur 54 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

DÉcorvEp.Ti:.

Pog (Hait trop vivoment piéoccu|i('' de la position fiiclieuse oii se trouvaient ses iialèrcs, pour avoir prêté beaucoup d'attention aux dernières paroles d'Hadji. Un des spahis ramassa le coffret, et le porta dans la chambre de Pog, où ce dernier descendit bientôt , après avoir laissé au pilote le commandement^ela galère.

Cette chambre était entièrement tendue d'une grossière étoffe de laine rouge. Sur cette tenture, on voyait çà et là une grande quantité de croix noires tracées à la main avec du charbon. Parmi elles, on remarquait aussi quelques croix blanches marquées à la craie, mais en petit nombre.

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Une lampe de cuivre jetait dans cette pièce une lueur blafarde el sépulcrale.

On y voyait, pour tout ameublement, un lit recouvert d'une peau de tigre, deux chaises et une table de bois de chêne à peine équarrie.

Lorsque le Maure eut mis le premier appareil sur les blessures de Pog, il se retira.

Celui-ci, resté seul, s'assit, appuya son front sur sa main, et réfléchit aux événements de la nuit.

Sa vengeance n'était qu'à demi satisfaite.

Sa retraite précipitée humiliait son amourpropre, et soulevait en lui de nouveaux ressentiments.

Néanmoins, on songeant an mal qu'il avait fait, il sourit d'un air sinistre, et se leva en disant :

— C'est toujours cela ! Ma nuit n'aura pas été perdue...

Puis, il prit un morceau de charbon, et fit plusieurs croix noires sur la tenture...

De temps à autre il s'arrêtait, en ayant l'air de rassembler ses souvenirs... 11 venait de tracer une (Ici'iiicie croix, lorsqu'il se c!it ;i luimêiTif :

— Ce baron des Anbiez est tué! je le crois, je l'espère... A la sourde vibration du manche de ma masse d'armes dans ma main , j'ai cru sentir que le crâne était brisé ; mais le baron avait un casque.... la mort n est pas sûre. N'augmentons pas faussement le nombre de mes victimes.— Après cette plaisanterie lugubre, il effaça la croix; et il se mit à compter les croix blanches.

— Onze, dit-il, onze chevaliers de Malfe... morts sous mes coups... Oh! ceux-là sont bien morts... car je me serais mille foisfait tuer sur leurs cadavres, plutôt que de leur laisser un souffle de vie...

Pog resta plongé dans un nouveau silence... Debout, les bras croisés sur sa poitrine, la tête baissée, il dit ensuite avec un profond soupir :

— Depuis plus de vingt ans je poursuis ma vengeance.... mon oeuvre de destruction.... Depuis vingt ans... ma douleur a-t-elle diminué? mes regrets sont-ils moins désespérés? Je ne sais... sans doute... J'éprouve comme une horrible joie en disant à l'homme : — Souffre... meurs... Mais après... après 1 tou-

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