DÉCOUVERTE
jours le regret... toujours!!... Et pourtant je n'ai pas de remords, non ; il me semble que je suis l'aveugle instrument d'une volonté toute puissante... Oui, cela doit être... Ce n'est pas la cupidité qui me guide... c'est un besoin impérieux, un besoin insatiable de vengeance... Où vais-je? Quel sera le réveil de cette vie sanglante, qui me semble quelquefois un songe horrible? Quand je pense à ce que fut autrefois ma vie, à ce que j'étais moi-même... c'est à devenir fou... commeje le suis... oui, il faut que je sois fou... car quelquefois j'ai des moments où je me demande : Pourquoi tant de cruautés? Cette nuit par exemple... que de sang., que de sang.. Ce vieillard! cesfemmes! Oh! je suis fou... fou furieux... C'est épouvantable. Que m'avaient-ils fait?
Pog caclia sa tête dans ses mains. Après <|uclques moments de morne réflexion, il s'éfiia d'une voix terrible :
— Kh ! que lui avais-je fait, moi, à celui (jui m'a précipité du ciel dans l'enfer? Rien... je ne lui avais rien fait! Que lui avais-je fait à elle... à >a complice? Je l'avais entourée de toute l'adoration , de toute Tidôlalrie (jue
su LIi COMMAADtUR DE MALTE.
l'homme peut ressentir ici-bas pour la créature... Et pourtant!! Oh...! celte douleur... sera-t-cUe donc toujours saignante? Ce souvenir sera-t-il donc toujours affreux? toujours brûlant comme nii fer cliaud?... Oh! rage! oh! misère! Oh! l'oubli! l'oubli... je ne demande que l'oubli I...
En disant ces mots, le pirate tomba la face sur son lit , froissa la peau de tigre entre ses mains crispées et fit entendre une espèce de rugissement sourd et étouffé...
Le paroxysme de cet accès dura quelque temps, une morne stupeur lui succéda.
Pog se redressa bientôt, le teint plus pâle encore que de coutume , les yeux ardents, les lèvres contractées.
Il pass;\ sa main sur son front, pour raffermir le bandage de sa plaie qui s'était dérangé. En lais.sant retomber son bras avec accablement, il sentit près de la cloison un objet qu'il n'avait pas remarqué.
C'était la cassette quiladji avait jetée à bord de la GaUione rouge et que l'un des hommes du Poii avait descendue dans sa chambre.
DECOUVtKTE. 2iS
Le piiate prit machinalement ce coffret et le mit sur ses genoux.
La croix de Malte damasquinée sur le couvercle frappa sa vue et le fit tressaillir.
li rejeta brusquement le coffret loin de lui , l'écharpe se dénoua, il s ouvrit.
Un assez giand nombre de lettres roulèrent sur le parquet avec deux médaillons et une longue tresse de cheveux blonds...
Tog éUiit assis sin* son lit, les médaillons étaient tombés à une assez grande distance de lui.
La lumière qui éclairait sa chambre était pâle, vacillante.
Par quel prodige de l'amour, delà haine, de la vengeance, reconnut-il à l'instant des traits... qu'il n'avait jamais oubliés?
Cet événement était si foudroyant que Pog se crut d'abord le jouet d'im rêve.
Il n'osait faire un mouvement.
Le corps à demi penché , les yeux ardemment fixés sur ce médaillon, il cinignait à chaque instant de voir évanouir ce qu'il prenait pour un fant^^me de son imagination cNallée...
iiltî LE CO.MMANDLUU b\L MALTE.
iMifiii, tombant à genoux, il se précipita sur ces objets comme s'ils avaient encore pu lui échapper...
Il saisit les portraits...
L'un d'eux représentait une femme d'une éclatante beauté.
11 ne s'était pas Irompé il l'avait reconnue...
L'autre représentait une figure d'entant.
Le pirate laissa tomber le médaillon à terre, et resta pétrifié...
Il venait de reconnaître Êrèbe!.. Érèbe, tel qu'il était, du moins lorsque, quinze ans auparavant, il l'avait enlevé sur les côtes du Languedoc !
Pog, doutant encore de ce qu'il voyait, sortit de cet anéantissement passager , ramassa le médaillon, rappela bien ses souvenirs pour se prémunir contre toute erreur, regarda de nouveau le portrait avec une anxiété dévorante... C'était bien Érèbe... c'était Érèbe à l'âge de cinq ans.
Alors, Pog se jeta sur les lettres et les lut à ^cnctux sans songer à se lelever.
DÉCOlVtHTE. '217
Celte scène offrait quelque chose de terlible...
Cet homme, pâle, ensanglanté, agenouillé au milieu de cette chambre lugubre , lisait avec avidité ces pages qui lui révélaient enfin le sombre mystère qu'il cherchait xlepuis si longtemps...