PRÉPARATIFS DE C03IBAT
celui-ci lui ordonna, de la part du commandeur, de mettre sa polacre en panne, et de monter abord.
Luquin s'y rendit, voyant avec désespoir que le chebek d'Iladji, qu'il brûlait de combattre, lui échappait.
Les chevaliers étaient rassemblés sur le pont de la galère, qui avait fait, selon le langage niaritime de ce temps, armes en couverte^ ou branle-bas de combat, ainsi qu'on disait à bord des vaisseaux.
Lesrambades, qui formaient à la proue une espèce de château d'avant, où étaient en batterie les cinq pièces d'artillerie de la galère, furent revêtues de paillels * de plusieurs pouces d'épaisseur. Cette couverture devait amortir l'effet des projectiles ennemis.
On avait ensuite, dans le cas d'un abordage, établi et élevé un retranchement appelé ^a*tion, qui s'étendait dans toute la large de la galerie, à la hauteur du quatrième banc de proue.
* Sortes de grofse» toiles mat«la.s'*ées et lemboiinées d'étoiipc.
2ai LE COAI.MAM;LLll DE MALTl-.
Ce rctianclieinenl était construit de poulies et de traverses, dontles interstices étaient remplis de vieux cordages et de débris de voiles. Cet ouvrage haut de six pieds du côté de la poupe, n'avait que cinq pieds du côté de la proue, vers laquelle il s'abaissait en forme de glacis jusqu'au niveau des rambades.
Ce bastion devait empêcher l'artillerie ennemie de prolonger la galère par des feux d'enfilade.
Les bas officiers et les soldats étaient armés de niorions d'acier, de buffle et de hausse-cols de fer. Les mèches fumaient près des canons et des pierriers; les mâts avaient été désarborés et placés dans la coursie ; car les galères ne se battaient jamais à la voile, mais à la rame.
Les esclaves qui composaient la chiourme regardaient ces préparatifs du combat avec une terreur muette ou une insouciance stupide.
Ces malheureux, enchaînés à leurs bancs, n'étaient pas autrement comptés que comme puissance locomotive. La manœuvre de force à laquelle ils étaient assujetlis ;*< bord de la
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galère, bien qu'horriblement fatigante, leur laissait le calme nécessaire pour enviï^ager le péiil.
Leur position était doublement cruelle ; spectateurs bâillonnés * et passifs d'un combat acharné, ils ne pouvaient même, pour s'étourdir au milieu du danger, assouvir celte ardeur animale et féroce que l'instinct de conservation éveille toujours chez l'homme à la vue du carnage, ardeur ou courage qui fait rendre coup pour coup, ou tuer pour ne pas être tué.
Les esclaves n'avaient pas non plus l'espoi" d'une félicitalion banale après la victoire. Si leur bâtiment était vainqueur, ilscontiimaienl de ramer à son bord; s'il était vaincu, ils ramaient à bord du vainqueur.
Placés pendant l'action entre les boulets de l'ennemi et les pistolets des argousins, qui les tuaient au moindre refus de voguer, les gens (lo la chiourme n'avaient (ju'un moyen d*é-
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chappei'à une mort certaine, c'était de s'exposer à une mort moins certaine ; comme après tout chaque boulet n'arrivait pas en pleine galère, et que le pistolet de l'argousin élait appliqué en pleine poitrine, les esclaves se résignaient et voguaient.
Dans tous les cas, ils étaient indifférents à la victoire, et souvent intéressés à la défaile, car, selon que les vainqueurs étaient Turcs ou Arabes, ils délivraient souvent leurs nationaux ; quand aux renégats, toute chiourme leur était bonne. Aussi les foiçats de la galère noire, sachant qu'on allait combattre contre la Gallione rouge, étaient-ils assez insouciants du succès de l'engagement.
On se préparait au combat dans le i)lus profond silence.
La physionomie austère, tranquille, des soldats de la croix, montrait qu'il n'y avait lien de nouveau pour eux dans ces npprêts.
Les chevaliers inspectaient soigneusement les différents services dont ils étaient chargés ; tout se passait avec un culme grave. Ou eût dit qu'il s'agissait des pré[»aratii's de ([uehjuc solennité reliuicusc.