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Les ehevaliers rassemblés à la poupe examinaient la position des deux galères des pirates.
Lorsque Luquin Trinquetaille arriva sur le pont, le conjilc lui ordonna d'attendre le commandeur, (fui allait bienlôt monter.
Pierre des Anbiez, agenouillé dans sa chambre, priait avec ferveur. Depuis son dépait de la Maison-Forte, de noirs, (!c funestes piessenlimentsavaientassailli son esprit. Dansl'axaltalion de ses remords, il avait vu une coïncidence providentielle entre son retour et les affreux désastres qui venaient d'accabler sa famille.
Il s'accusait d'avoir, par son crime, appelé la vengeance céleste sur les siens.
Son imagination, surexcitée par lesviolcnles émotions qui venaient de l'assiéger, évoqua des fantômes élranges.
En jetant un regard sombre et craintif sur le portrait de Pog (M. de Montreuil), qu'il avait suspendu dans sa chambre, il lui i)aiut que les yonx de ce portrait biillaient d'un éclat surnaturel.
Deux lois il s'apiMoiliadu cadre pou^s'a^su-
rer qu'il n'était pas le jouet d'une illusion, deux fois il recula épouvanté, sentant son front baigné d'une sueur froide, ses cheveux se hérisser sur sa tête.
Alors il fut frappé de vertige, sa raison l'abandonna-, il ne vit plus rien... Des objets sans nom passèrent devant ses yeux avec une effrayante rapidité ; il lui sembla qu'il était emporté dans le même tourbillon.
Peu à peu il revint à lui ; celte aberration cessa, il se retrouva dans la chambie de la galère, face à face avec le portrait de Pog.
Pour la première fois de sa vie, en songeant au combat qu'il allait livrer contre les pirates, le commandeur éprouva un pressentiment sinistre. Au lieu d'aller à la bataille avec l'inipétuosilé sauvage qui lecaractérisail,au lieu de songer avec une sorte de joie farouche au tumulte de la mêlée, dont les mille voix furieuses pouvaient seules étouffer un instant la grande voix de ses remords, le commandeur eut des pensées de mort.
Il tressaillit en se demandant si son âme pouvait paraître devant le Seigneur... si les austérités qu'il s'imposait depui.s tant dan-
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nées suffisaient h l'expiation de son crime.
Effrayé, il se jeta à genoux, et se mit à prier avec ferveur, suppliant Dieu de lui donner lo courage et la force d'accomplir sa dernièje mfssion, peut-être de faire encore une fois triompher la croix, et d'enlever Reine des Anbiez à ses ravisseurs.
Le commandeur terminait sa prière lorsqu'on frappa à sa porte.
Pierre se releva.
Le canonnier, maître Huges, parut.
— Que veux-tu ?
— Un homme, envoyé par ces mécréants, vient en parlementaire dans un canot. Monsieur le commandeur, faut-il le couler d'un coup de pierrier, ou le faire monter à bord!
— Fais-le monter.
— Où le condunai-je ?
Pierre des A.nbiez crut pénétrer le sujet de cette démarche. Les pirates, ayant Reine des Anbi<^z en otage, voulaient sans doute tiaiter de sa rançon.
Le maître cîUHUiirn'r icvinl suivi dn ixiliémien.
— Que vcux-tu ? — lui dit le commandeur.
— Faites retirer cet homme, monseigneur ; vos oreilles seules doivent entendre ce que ma bouche va dire.
— Tu es bien impudent — reprit Pierre des Anbiez, en jetant un regard perçant sur Hadji.
Puis il ajouta, en s'adressant à maître Hugcs : — Laisse-nous, va-t'en.
— Seulavec ce bandit, monsieur le commandeur ?
— Nous sommes trois — dit Pierre des Anbiez en montrant sa masse d'armes accrochée à la cloison.
— Me prends-tu donc pour un assassin ? — dit Hadji avec fierté.
Le canonnier haussa les épaules, et sortit presque avec regret, quoique la haute taille et les membres robustes de son capitaine, comparés à la stature grêle du bohémien, eussent dû le rassiH'cr.
— Parle... puisque je veux bien ne pas te faire crucifier encore à l'avant de ma galère — dit Pierre des .Vnbicz au bohémien.
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Celui-ci consei'vanl soiiaudaceaccoutumée, répondit :
— Qi'î^nd mon lunic viendra elle me trouvera. Pog-Keis, maître de la Gallione rouye, m'envoie vers vous, monseigneur. C'est bien lui qui, cette nuit, a attaqué laCiotat; c'est bien lui qui a Reine des Anbiez en son pouvoir.
— Assez, assez, misérable ! ne te vante pas plus longtemps de tes crimes, on je te fais arracher la langue ! Que viens-tu demander? J'ai hâte d'alkr châtier tes complices et d'en faire un terrible exemple. Si tu viens parler de grâce et de rançon , écoute bien le sort qui attend toi et les liens : qu'ils tentent ou non de se défendre, ils seront tous conduits enchaînés à la (iiotat, et brûlés au milieu de la place de la inaison-de-ville... Entends-tu bien?
— J'entends bien — dit le vagabond avec nu imperturbable sang-froid. — Pog-Heis ne s'oppose pas à ce que vous fassiez brûler son équipage.
— Que veux-lu dire? Qu'il me livre ses complices, si je lui laisse la vie sauve? C'est juste, tant de barbaiie doit cacher une ignoble là-
rO-2 r.K CO.M.M.WfM I K 1)1 M.MTI..
«helé. S'il en est niiisi : je mo ravise. Les deux capitaines de galère et toi, vous serez écartelés tous trois avant que d'être brûlés , et cela lors même que vous me livreriez vos complices pieds et poings liés pour subir le supplice qu'ils méritent... Ainsi, va-t'en... va-l'en dire cela aux tiens ; va-t'en ! mon sang bouillonne en songeant à cette malheureuse ville , à mon frère ! va-t'en , je ne veux pas souiller mes mains du sang d'un bandit , et je veux que tu ailles prévenir tes complices du sort qui les attend !
— Je ne suis pour rien dans le massacre de la ville, monseigneur.
— Finiras-tu?
-- Eh bien ! monseigneur, Pog-Reis et l'autre capitaine vous proposent un combat singulier à vous et à un de vos chevaliers, deux contredeux, à l'épée espagnole et au poignard. S'il est tué , vous attaquerez ses galères après le combat singulier , et vous les enlèverez plus facilement encore , car ce seront deux corps sans tète. Si vous êtes tué, votre lieutenant attaquera les galères de Pog-ïleis. Le désir de venger votre mort donnera une nouvelle ar-
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doiu' à vossoldiits cl nul doute qu'ils n'offrent en holocauste Pog-lleis et sou équipage à vos aiùnes ! Cela ne change doue rien à vos projets ; seulement le capitaine de la Gallione rouge veut se trouver face à face avec le capitaine de la galère noire. Le tigre et le lion peuvent bien s'affronter.
Le commandeur avait écouté cette proposition aussi insolente qu'inouïe dans le silence de la stupéfaction.
Lorsque le bohémien eut cessé de parler , Pierre des Anbiez dans sa colère ne put s'empêcher de le prendre à la gorge, et s'écria : — Comment, misérable ! c'est là le message dont tu es chargé.. . Oser venir me proposer de croiser mou épéeavec un assassin tel que Pog-Reis ou un de ses bandits... Sainte-Croix !.. — ajouta le commandeiu" en repoussant si vivement le bohémien qu'il alla trébuchera Tautre bout de la chambre — pour te punir de ton imprudence, je veux te faire donner vingt coups de fouet sur le coursier avant que de te livrer au supplice.
Le bohémien lan^a un icgard de tigre sur Pierre des Anbiez, serra convulsivement dans
sa rage ses mâchoiies ruiie contre l'autre; mais, voyant qu'il aurait le dessous dans une lutte contre le commandeur, il se contint et reprit :
— Pog-Reis , monseigneur , avait compté sur un premier refus ; pour vous décider, il m'a dit de vous rappeler que la fille de votre frère était en son pouvoir. Si vous refusez sa proposition , si vous attaquez ses galères de vive force, Reine des Anbiezet tous les captifs que nous avons f;ii(s seront à l'instant mis à mort...
— Misérable!..
— Si au contraire vous acceptez le combat et que vous m'en donniez pour gage votre gantelet... Reine des Anbiezseraà l'instant amenée à votre bord, et vous sera rendue sans rançon... ainsi que les prisonniers que Pog-Reis a emmenés de la Ciotat ..
— Je ne ferai jamais de conditions avec de pareils meurtriers... Va- l'en.
— Songez-y monseigneur, Pog-Reis, si vous l'attaquez, se défendra vigoureusement. S'il a le dessous, il fera sauter sa galère; vous n'aurez ni lui, ni Reine des Anbiez, ni les captifs, tan-
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dis que vous leiulrez coite jeune fille h son père et les captifs à leur ville, en acceptant ce combat.
— T;ns-toi... — (lit le commancleur qui ne put s'empêcher de icflcchirà ce que cette proposition avait d'avantageux malgré son audacieuse insolence.
— Enfin — dit Hadji, comme s'il eût gardé cette dernière considération comme la plus décisive— enfin l'esprit mystérieux veut lecombat que Pog-Reis vous propose... Oui, ce matin, après l'attaque de la Ciolat , Pog-Reis épuisé de fatigue s'est endormi , il a ou un songe : une voix lui a dit (ju'un combat singulier entre lui et un soldat de la croix devait aujourd'hui expier un grand crime.
Ces derniers mots du bohémien frap]>èrent le commandeur; il tiessaillit. Déjà il croyait dans l'exaltation de ses remords que son crime avait attii'é sur sa famille les maux affreux qui veïiaiontdel'accablor. Quand ilontondit TIadji parler de l'expiation d'un grarul crime, il crut lire la volonté de Dieu dans ces i)aroles dites an hasard.
— Q»e\ songe? quel songe?... Piirle... —