POG ET ERÈBE. !Î
gea sa course, seulement contre les bâtiments français et surtout contre les galères de Malte , commandés par des chevaliers de noire nation.
Plusieurs l'ois il ravagea impunément les côtes du Languedoc et de Provence. Il faut dire que cette fureur de pillage et de desluuction ne s'emparait de Pog, pour ainsi dire , que par accès.
Sa rage semblait atteindre son paroxysme vers la fin du mois de décembre.
Pendant ce mois , il se montrait sans pitié , et on racontait en frémissant que plusieurs fois il avait fait égorger un grand nombre de captifs, épouvantable et sanglant holocauste qu'il offrait sans doute à quelque terrible anniversaire.
Ce mois passé, son esprit obscurci par une folie sanguinaire redevenait plus calme.
Rentrant à Tripoli , s'enfermant dans sa solitude , il restait quelquefois un ou deux mois sans reprendre la mer.
Puis, d'effroyables ressentiments se soulevant de nouveau dans cette âme désespérée , il remontait sa galère et recommençait le cours de ses férocités.
Parmi les captifs français qu'il avait faits lors de sa première expédition avec Kemal-Reis , et qu'il abandonna généreusement à ce corsaire ( à la seule condition de ne leur jamais rendre la liberté) , parmi ces captifs , disons-nous , il en avait gardé un , c'était un enfant de quatre à cinq ans, enlevé sur la côte de Lan-
guedoc , avec une vieille femme, qui mourut pendant la traversée.
Cet enfant d'une beauté accomplie était Érèbe.
Pog le nomma ainsi , comme s'il eût voulu par ce nom fatal prédestiner ce malheureux au rôle que lui réservaient ses ténébreux desseins.
Dans l'exaspération de sa haine contre l'humanité , Pog eut l'infernale fantaisie de perdre l'àme de cet infortuné , en lui donnant la plus funeste éducation. Il se mit à l'œuvre avec une détestable persévérance. A mesure qu'Érèbe avançait en âge, Pog, sans pouvoir se rendre compte de l'élrangeté de ces contrastes, ressentait tour à tour pour cet enfant , tantôt une aversion furieuse , tantôt des mouvements de sollicitude involontaire, les seuls bons sentiments qu'il eût éprouvés depuis bien des années. Peu à peu ces rares accès de sympathie diminuèrent ; Pog enveloppa bientôt Erèbe dans la commune exécration dont il poursuivait les hommes , et resta fidèle à sa fatale résolution. Loin de laisser inculte l'esprit d'Érèbe , il s'était au contraire appliqué à développer son intelligence. Parmi les nombreux esclaves que la course renouvelait sans cesse , Pog-Reis trouva facilement des professeurs de toutes sortes; il achetait à d'autres corsaires ou se procurait par d'autres moyens ceux qui lui manquaient.
Ainsi , ayant su qu'il existait à Barcelone un célèbre peintre espagnol , nommé Juan Pelièko, il usa de stratagème pour l'attirer hors de la ville , le lit enlever et