DÉCOUVERTE. 1 " I
La croix de Malte damasquinée sur le couvercle frappa sa vue et le fit tressaillir.
Il rejeta brusquement le coffret loin de lui, l'écharpe se dénoua, il s'ouvrit.
Un assez grand nombre de lettres roulèrent sur le parquet avec deux médaillons et une longue tresse de cheveux blonds.
Pog était assis sur son lit , les médaillons étaient tombés à une assez grande distance de lui.
La lumière qui éclairait sa cbambre était pâle , vacillante.
Par quel prodige de l'amour , de la haine , de la vengeance, reconnut-il à l'instant des traits... qu'il n'avait jamais oubliés?
Cet événement était si foudroyant que Pog se crut d'abord le jouet d'un rêve.
Il n'osait faire un mouvement.
Le corps à demi penché , les yeux ardemment fixés sur ce médaillon , il craignait à chaque instant de voir évanouir ce qu'il prenait pour un fantôme de son imagination exaltée...
Enfin , tombant à genoux , il se précipita sur ces objets comme s'ils avaient encore pu lui échapper...
Il saisit les portraits.. .
L'un d'eux représentait une femme d'une éclatante beauté...
Il ne s'était pas trompé... il l'avait reconnue...
L'autre représentait une ligure d'enfant.
Le pirate laissa tomber le médaillon à terre, et resta pétrifié...
Il venait de reconnaître Érèbe!... Érèbe , tel qu'il était , du moins lorsque, quinze ans auparavant , il l'avait enlevé sur les côtes du Languedoc !
Pog , doutant encore de ce qu'il voyait , sortit de cet anéantissement passager, ramassa le médaillon, rappela bien ses souvenirs pour se prémunir contre toute erreur, regarda de nouveau le portrait avec une anxiété dévorante... C'était bien Érèbe... c'était Érèbe à l'âge de cinq ans.
Alors , Pog se jeta sur les lettres et les lut à genoux sans songer à se relever
Cette scène offrait quelque chose de terrible...
Cet homme , pale , ensanglanté , agenouillé au milieu de cette chambre lugubre , lisait avec avidité ces pages qui lui révélaient enfin le sombre mystère qu'il cherchait depuis longtemps.
IIAI'ITKE XXXII
l,LS LETTRES.
Nous mettrons sous les yeux du lecteur les lettres que lisait Pog avec une si douloureuse attention.
La première avait été écrite par lui-même, environ vingt ans avant l'époque dont nous parlons. On y verra un contraste si frappant entre sa vie d'alors, vie heureuse, calme, riante, vie si complètement opposée à sa vie de pirate et de meurtrier, que peutêtre aura-t-on quelque pitié pour ce malheureux en comparant ce qu'il avait été et ce qu'il était.
Peut-être même le plaindra-l-on en voyant de quelle élévation il était tombé.
Ces lettres dévoileront aussi quel lieu mystérieux
unissait le commandeur des Anbiez , Erèbe et Pog auquel nous restituerons son véritable nom, celui du comte Jacques de Monlreuil , ancien lieutenant des galères du roi.
M. de Montreuil (Pog) avait écrit la lettre suivante à sa femme au retour d'une campagne de huit ou neuf mois dans la Méditerranée.
Cette lettre était datée du lazaret de Marseille.
La galère de M. de Montreuil ayant touché à Tripoli de Syrie où la peste s'était déclarée devait , suivant l'usage , subir une longue quarantaine.
Madame Emilie de Montreuil habitait, près de Lyon, une maison de campagne située sur les bords du Rhône.