‹ Le commandeur de Malte (volume 3)Chapitre 31 sur 47 · LETTRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE DEUXIÈME

13 décembre . minuit.

t II nie croit... lisez... lisez... je me sens mourir... lisez... que cette lettre soit notre supplice ici-bas, en attendant celui que Dieu nous réserve...

Maintenant j'ai honte de vous... de moi... nous avons été lâches... lâches comme des traîtres que nous sommes...

Ce mensonge infâme... jamais je n'oserai le soutenir devant lui... jamais je ne lui laisserai croire que cet enfant... ah! c'est un abîme de désespoir.

Soyez maudit. . . parlez. . . partez. . .

Jamais ma faute ne m'a paru plus épouvantable que depuis cet exécrable mensonge fait à sa noble confiance pour nous assurer l'impunité.

Que le ciel préserve ce malheureux enfant.. .

Sous quels horribles auspices il naîtra... s'il naît, car je le sens... il mourra dans mon sein... je ne survivrai pas aux tortures que je souffre... pourtant mon mari va arriver... jamais je ne lui mentirai... Que faire ? non , ne partez pas. . . ma pauvre tète s'égare , au moins... vous... ne... m'abandonnez pas... non, non, ne partez pas... venez

« Emilie. »

Pog (M. de Monlrcuil) , ainsi que la suite va le démontrer, en découvrant que sa femme était coupable , n'avait pu , ni à cette époque , ni depuis , connaître le séducteur de la malheureuse Emilie!

I! avait aussi toujours ignoré qu'Érèbe fût l'enfant de celte liaison adultère.

Un moment il fut accablé par les émotions les plus diverses.

Quoique , après tant d'années passées , un tel ressentiment semble puéril, la rage de Pog fut à son comble, en voyant que celte lettre, écrite autrefois par lui, dans l'ivresse de son bonheur, et remplie de ces confidences de l'âme qu'on n'ose épancher que dans

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