LES LETTRES
le cœur d'une femme aimée, que cette lettre avait été lue, moquée, peut-être, par le commandeur dos Anbiez.
Il songea, dans sa fureur, au sanglant ridicule dont il avait dû paraître couvert aux yeux de cet homme, en parlant avec tant d'abandon, avec tant d'amour, avec tant d'idolâtrie , d'un enfant qui n'était pas le sien , et de cette femme qui l'avait si lâchement trompé.
Les blessures les plus profondes , les plus douloureuses, les plus incurables sont celles qui atteignent à la fois le cœur et l'amour-propre.
L'excès même de sa fureur , sa soif ardente de vengeance ramena, pour ainsi dire, Pog à une pensée religieuse. Il vit la main de Dieu dans le hasard étrange qui aurait jeté sur sa route Erèbe, le fruit de ce criminel amour.
Il tressaillit d'une joie sauvage , en songeant que ce malheureux enfant , dont il avait perverti l'âme , qu'il avait conduit dans une voix si funeste, allait peutêtre porter la désolation et la mort dans la famille des Anbiez.
11 vit dans ce rapprochement fatal un châtiment terrible... providentiel.
Le premier mouvement de Pog fut d'aller poignarder Erèbe.
Mais , poussé par une curiosité dévorante , il voulut pénétrer tous les mystères de cette sombre aVenlure.
Il continua donc de lire les lettres renfermées dans le coffret. Celte autre lettre de madame de Montreuil était aussi adressée au commandeur des Anbiez.