EUGÈNE SUE. — TOME II
Chacune de ses lettres si confiantes , si tendres , si nobles , me porte un coup mortel... Hier je lui ai annoncé la fatale nouvelle. . . encore un mensonge. . . Combien il va souffrir !... il L'aime déjà tant...
Ah! c'est affreux... affreux.!... mais cette lutte aura une fin prochaine... oui , je le sens, bien prochaine...
Pierre... je voudrais pourtant vous voir avant que de mourir... c'est plus qu'un pressentiment... c'est une certitude... Je vous dis que jamais je ne le reverrai, lui.
J'en suis sûre, si je le revois je le sens... sa
présence me tuera.
Il faut que demain vous quittiez la France.
Quand ce pauvre enfant pourra vous être confié, s'il survit à sa triste jeunesse, Pierre, aimez-le, aimez-le.. . il n'aura jamais eu de mère... je voudrais, s'il était digne de cette sainte vocation et si elle convenait à son âme et à son caractère... je voudrais qu'il fût prêtre... Un jour... vous lui apprendriez le terrible secret de sa naissance...
Il prierait pour vous... pour moi... et peut-être le ciel entendrait-il ses prières... Jemesens faible... bien faible... une fois encore Pierre... je vous reverrai... Ah ! nous expions bien cruellement quelques jours de folle ivresse...
Tenez, ce qui me fait le plus de mal... c'est sa confiance... oh ! je vous dis que sa vue me tuera... je me sens mourir.... »
On voyait encore la trace des larmes qui avaient