CHAPITRE raVIH
PRÉPARATIFS DE COMRAT.
Le vent était favorable à la galère noire et à la polacre ; après avoir dépassé l'île de Lcrol , les deux bâtiments ralentirent leur marche.
Luquin Trinquetaille visita les différents havres de la côte, sans rencontrer les bâtiments pirates, qu'il devait signaler au commandeur par un coup de pier-
ner.
^ Vers le soir, au moment où le soleil commençait à s'abaisser à l'horizon , la galère noire et la polacre arrivèrent en vue des îles Sainte-Marguerite, au moment où le chebek d'Hadji était, ainsi que nous l'avons dit, sorti de la rade par ordre de Pog, pour aller à
"25<i LE COMMANDEUR DE MALTE.
la rencontre des bâtiments îles chrétiens, et les attirer à sa poursuite.
Le capitaine Trinquetaille signala le chebek, et fit force de voiles pour le rejoindre.
Le bohémien ralentit au contraire sa marche , et l'attendit.
Le fiancé de Stéphanette, à l'aide de sa longue-vue, reconnut Hadji , qui gouvernait lui-même son petit navire.
Le digne capitaine de la Sainte-Epouvante des Moresques frémit de rage à celte rencontre ; il eut besoin de tout son empire sur lui-même pour ne pas aller attaquer celui qu'il croyait l'auteur de l'enlèvement de Stéphanette ; mais, fidèle aux ordres du commandeur, il doubla la pointe de Lerol, et vit bientôt la Gallione rouge et la galère de Trymalcion mouillées dans la baie , très-proche l'une de l'autre.
Ayant ainsi connaissance certaine des pirates , il rallia la galère noire pour annoncer cette découverte à Pierre des Anbiez , pendant que le chebek d'Hadji rentrait sous toutes voiles dans la baie.
Lorsqu'il arriva à poupe du bâtiment de la religion pour donner cette nouvelle au pilote , celui-ci lui ordonna , de la part du commandeur, de mettre sa polacre en panne, et de monter à bord.
Luquin s'y rendit , voyant avec désespoir que le chebek d'Hadji , qu'il brûlait de combattre, lui échappait.
Les chevaliers étaient rassemblés sur le pont de la
galère , qui avait fait , selon le langage maritime de ce temps , armes en couverte, ou branlebas de combat, ainsi qu'on disait à bord des vaisseaux.
Les rambades, qui formaient à la proue une espèce de château d'avant , où étaient en batteries les cinq pièces d'artillerie de la galère, furent revêtues de paillets (t) de plusieurs pouces d'épaisseur. Cette couverture devait amortir l'effet des projectiles ennemis.
On avait ensuite , dans le cas d'un abordage, établi et élevé un retranchement appelé bastion, qui s'étendait dans toute la largeur de la galerie , à la hauteur du quatrième banc de proue.
Ce retranchement était construit de poutres et de traverses, dont les interstices étaient remplis de vieux cordages et de débris de voiles. Cet ouvrage , haut de six pieds du côté de la poupe, n'avait que cinq pieds du côté de la proue, vers laquelle il s'abaissait en forme de glacis jusqu'au niveau des rambades.
Ce bastion devait empêcher l'artillerie ennemie de prolonger la galère par des feux d'entilade.
Les bas officiers et les soldais étaient armés de morions d'acier, de buffle et de hausse- cols de fer. Les mèches fumaient près des canons et des pierriers; les mâts avaient été désarborés et placés dans la coursie; car les galères ne se battaient jamais à la voile , mais à la rame.
(I) Sorte de grosses toiles matelassées et rembourrées d'étoupe.