EUGÈNE SUE. — TOME H. A
Au lieu d'avoir l'air farouche , sombre ou accablé, leur physionomie exprimait une grossière insouciance ou une impudence cynique. Ils paraissaient robustes et faits pour endurer les plus rudes fatigues , mais les craintes qu'inspirait leur caractère indiscipliné se trahissaient par l'énergique appareil de répression dont on les entourait.
Deux fauconneaux et plusieurs espingoles à pivot, continuellement braqués sur la chiourme , étaient disposés de telle façon qu'ils pussent balayer la galère d'un bout à l'autre.
Les spahis ou soldats d'élite chargés de surveiller la chiourme portaient toujours de longs pistolets à leur ceinture et une hache d'armes à la main.
L'uniforme des spahis se composait de cabans rouges, de guêtres de maroquin brodées, et d'une cotte de maille par- dessous leur veste verte galonnée de jaune. Leur fez écarlate était entouré d'un turban de grosse mousseline -blanche roulée à la négligente, mode antique qui remontait, diton, aux hommes d'armes de Hai-Reddin- Barberousse.
Le costume de la chiourme n'était pas uniforme ; le pillage lui venait merveilleusement en aille pour remplacer ses vêtements usés.
Les uns portaient des chausses et des pourpoints où l'on voyait encore la trace des galons d'or ou d'argent qui les avaient ornés et que le reis ( capitaine ) avait fait enlever à son profit.