‹ Le commandeur de Malte (volume 4)Chapitre 25 sur 29 · LA LONGUE-VUE · texte numérisé non relu

LA LONGUE-VUE

commerce dont l'aspect n'offrait rien de menaçant.

En suivant la manœuvre et la marche de ce navire à l'aide de sa lunette , il la braqua machinalement sur la masse assez importante de la Maison-Forte de Raymond V, et sur une partie de la grève absolument découverte qui touchait aux rochers où s'élevait le château.

Il distingua bientôt Reine des Anbiez, montée sur sa haquenée et suivie de maître Laramée. La jeune file allait sans doute au-devant du baron sur la route de la Ciotat.

Quelques blocs de rochers surplombaient et masquaient la grève, Peyrou perdit de vue pendant quelque temps mademoiselle des Anbiez.

A ce moment le guetteur entendit un bruit assez fort, sentit l'air agité au-dessus de lui ; son aigle s'abattit à ses pieds. Elle venait réclamer , sans doute, sa nourriture accoutumée, car elle poussa quelques cris rauques et impatients.

Le guetteur carressa l'oiseau avec distraction, un nouvel incident venait d'éveiller l'attention du vieillard.

Sa vue était si perçante qu' en cherchant l'en-

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droit de la côte où devait reparaître mademoi» selle des Anbiez, il distingua confusément dans le creux d'un rocher un homme qui semblait s'y cacher avec précaution.

Braquant aussitôt sa lunette sur cet homme, il reconnut le bohémien.

A son grand étonne ment, il le vit tirer d'un petit sac un pigeon blanc et lui attacher au col un sachet dans lequel il glissa une lettre.

Évidemment le bohémien se croyait à Fabri de tout regard. Grâce à la forme, à l'élévation du rocher où il s'était blotti , on ne pouvait , en effet, l'apercevoir ni de la côte, ni de la Maison-Forte.

H fallut la prodigieuse élévation du cap de l'Aigle qui dominait tout le rivage de la baie pour que maître Peyroû pût découvrir le bohémien.

Après avoir regardé de côté et d'autre avec inquiétude, et comme s'il craignait d'être remarqué malgré ses précautions, le vagabond assura de nouveau le sachet autour du col du pigeon et le laissa s'envoler.

Sans doute l'intelligent oiseau savait la direction qu'il devait prendre.

LA LOXGUE-VIF.. 50!

Une fois en liberté il n'hésita pas ; il s'éleva presque perpendiculairement au-dessus du bohémien , puis se dirigea rapidement vers Test. Par un mouvement aussi vif que la pensée, Peyroû prit son aigle et tâcha de lui faire apercevoir le pigeon qui déjà ne paraissait plus que comme un point blanc dans l'espace.

Pendant quelques secondes , Taigle ne pa rut pas voir l'oiseau; mais, poussant tout-àcoup un cri rauque, il ouvrit violemment ses larges ailes et se mit à la poursuite de l'émissaire du bohémien.

Soit que le malheureux ])igeon fût averti par son instinct du danger qui le menaçait , soit qu'il entendît les cris farouches de son ennemi, il redoubla de vitesse et tila avec la rapidité d'une flèche.

Une fois il tenta de s'élever au-dessus de Faigle, peut-être pour tacher de lui échapper en disparaissant dans les nuages sombres et bas qui voilaient l'horizon ; mais l'aigle d'un seul coup de son aile puissante atteignit à une telle hauteur, que le pigeon, ne pouvant lutter avec son adversaire, se laissa rapidement tomber à quelques pieds de la surface de la mer ,

otrasale sommet dos vagues alors tiès-élevées.

5n7/â5w/^ le suivit encore dans cette nouvelle manœuvre.

Le guetteur était partagé entre le désir de voir se terminer la lutte de Taigle et du pigeon et la curiosité d'examiner la contenance du bohémien.

Grâce à sa lunette, il vit ce dernier, dans un état d'agitation extraordinaire , suivre avec anxiété les chances diverses de perte ou de salut qui restaient à son messager.

Enfin le pigeon tenta un dernier effort ; reconnaissant sans doute que le terme de son voyage était trop éloigné pour pouvoir l'atteindre, il voulut revenir sur ses pas et regagner la côte, afin d'échapper à son terrible ennemi.

Malheureusement ses forces le trahirent, son vol devint pesant, en s'approchant trop près des vagues il fut inondé d'eau et d'écume.

L'aigle profita de Tinstant où le pigeon reprenait péniblement un essor embarrassé pour

fondre sur lui avec la rapidité de la foudre ; il le saisit dans ses fortes serres, s'éleva rapidement dans la direction du promontoire et vint

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