‹ Le commandeur de Malte (volume 4)Chapitre 26 sur 29 · LA LO\GUE-VUE · texte numérisé non relu

LA LO\GUE-VUE

avec sa proie se léfugier dans son aire , situé sur un rocher peu éloigné de la logette du guetteur.

Celui-ci se leva vivement pour lui arracher Toiseau ; il ne put y parvenir. Le naturel sauvage de Brillante reprit le dessus, elle hérissa ses plumes, poussa des cris aigus, et se montra disposée à défendre vigoureusement sa proie déjà sans vie.

Peyroii craignit qu'en irritant l'aigle , elle n'allât s'abattre dans quelque rocher inaccessible ; il la laissa donc tranquillement dévorer le pigeon , ayant remarqué que le sachet qu'il portait au col était composé de deux petites plaques d'argent, et attaché au moyen d'une chaînette de même métal.

Le guetteur n'avait donc pas à craindre la destruction de la lettre qu'il y savait renfermée.

Pendant que l'aigle dévorait en paix l'émissaire du bohémien, Peyroû revint à la porte de sa logette, reprit sa longue- vue, et interrogea en vain les roches de la côte pour découvrir le vagabond : il avait disparu.

En se livrant à cette nouvelle investigation,

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le gnetteur vit sur la plage le carrosse de Rayinoiid V ; le baron avait pris la monture de Laramée, chevauchant à côté de Reine, et regagnait sans doute avec elle la Maison-Forte.

Croyant que Taigle avait fini sa curée , le guetteur se dirigea vers son aire.

Brillante n*y était plus, mais, parmi les plumes et les os du pigeon, il vit le sachet, l'ouvrit, et y trouva une lettre de quelques lignes écrites en caractères arabes.

Malheureusement , Peyroii ne connaissait pas cette langue. Seulement, dans ses fréquentes campagnes contre les barbaresques , il avait remarqué dans les lettres (Je marque de ces corsaires la configuration du mot Reïs^ qui signifie capitaine, et qui suivait toujours le nom du commandement des bâtiments.

Dans la lettre qu'il venait de surprendre, il retrouva trois fois le mot Reïs...

Il pensa que le bohémien pouvait être le secret émissaire de quelque pirate barbaresqui* dont le navire, embusqué dans une des baies désertes de la côte , attendait, sans doute , un signal convenu pour débarquer. — Le bohémien avait dû quitter ce navire pour venir à la

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Maison-Forte, en emportant son pigeon, et Ton sait avec quelle intelligence ces oiseaux retrouvent les lieux qu'ils ont coutume d'habiter.

En relevant la tête pour jeter un nouveau coup-d'œil à l'horizon, le guetteur vit au loin, sur la ligne azurée qui séparait le ciel de la mer, des voiles trians^ulaircs d'une hauteur démesurée, qui lui semblèrent suspectes; il braqua sa lunette ; un nouvel examen le confirma dans la pensée que le chebek en vue pouvait appartenir à quelque pirate.

Il suivit pendant quelque temps la manœuvre du bâtiment.

Au lieu de s'avancer vers la côte, le chebek semblait courir des bordées , et louvoyer malgré la violence croissante du vent, comme s'il eût attendu un pilote ou un signal.

Le guetteur tâchait de relier dans sa pensée l'envoi du pigeon à l'apparition de ce navire de mauvais augure , lorsqu'un léger bruit lui fit lever la tête.

Le bohémien était devant lui.

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