TOME I
rouge, lui montaient au-dessus du genou. Ses cheveux noirs encadraient son visage maigre , hâlé , mais trèsintelligent.
II tenait à la main une espèce de guitare à manche d'ébène, précieusement incrusté d'écaille de nacre et d'or ; à son extrémité supérieure, le manche formait une sorte de palette , au milieu de laquelle on voyait une petite plaque ronde en or ciselé, ressemblant au couvercle d'un médaillon.
Nous insistons sur la richesse de cet instrument , parce qu'il paraissait au moins très-étrange qu'un bohémien vagabond en fût possesseur.
Stéphanette elle-même en fut frappée, et s'écria:
— Mais je ne vous avais pas encore vu cette belle guitare, chanteur!
Ces mots attirèrent rattenlion de Reine ; aussi surprise que sa suivante , elle dit au bohémien :
— En effet , pour un artisan voyageur, voici qui est bien riche?
— Je suis pauvre , mademoiselle ; j'ai quelquefois manqué de pain. Eh bien ! je serais mort de faim plutôt que de vendre celle guzla. Mes bras sont faibles, mais il« deviendraient d'airain pour défendre cette guzla... On ne me la ravirait qu'après ma mort... C'est mon trésor le plus précieux... J'ose à peine en jouer... Mais la rose des Anbiez a voulu m'entendrc ; tout ce que je désire maintenant, c'est que ma chanson soit digne de Tinstrument et de celle qui m'écoute.
Le bohémien parlait assez purement le français,