Les événemens dont l’influence funeste a diminué
la valeur des exportations , sont : la guerre de 1763 et le traité désastreux qui la termina ; la guerre d’Amérique , la révolution et la lutte sanglante , qui , pendant vingt-cinq ans , a complètement anéanti notre commerce extérieur ; enfin récemment la concurrence de l’Angleterre et des États-Unis dans les marchés des deux hémisphères.
4.0 Les exportations de la France étaient, en 1820, au terme le plus élevé qu’elles aient atteint dans une période de 5o ans ; leur valeur était alors quadruple de celle qu’elles avaient au commencement du dernier siècle ; et presque double de leur montant en 1763. Elles excédaient de 100 millions ou de deux neuvièmes , celles de l’ère républicaine et celles du régime impérial. Elles n’étaient inférieures que de 8 millions aux exportations qui eurent lieu en 18 lia, au rétablissement des communications; elles étaient moindres de 100 millions que celles de l’année moyenne , prise entre 1783 et 1788 ; mais la balance qu’elles donnaient était en notre faveur de 92 millions , tandis que celle des exportations de la période, finissant en 1788, était à notre désavantage de près de 80 millions , ce qui constitue une différence de 172 , dont l’époque la plus récente l’emporté sur la plus ancienne.
5.° En examinant la série entière des bénéfices donnés h la France, par la balance de son commerce extérieur, on trouve que leur acquisition s’étendit de 1716 à 1 776 , sans autre interruption que celle du retard de leur accroissement, par l’effet des guerres maritimes de 1739, 1755 et 1762.
G.0 Mais, depuis le commencement de la guerre amé-
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ricaine jusqu’en îyqS, la valeur des exportations fut constamment au-dessous de celle des importations ; et il est évident que les avantages du commerce de la France avaient déjà commencé à péricliter dix-sept ans avant que la révolution n’éclatât,
7,0 Dans les 60 années du dix-huitième siècle, favorables à notre commerce, la balance s’éleva jusqu au triple des bénéfices que les exportations nous avaient donnés primitivement; elle fut d’abord de 25 à 24 millions chaque année ; elle monta au milieu du siècle à plus de 74 J et dans le cours entier de cette période de prospérité, la France s’enrichit par ses seules transactions extérieures de beaucoup plus de 5 milliards.
8.° Malgré l’apparence de splendeur , qu’offrit notre commerce après la paix de 1784» la balance, qui, dès 1 7 77 » avait tourné h notre désavantage , ne cessa point de nous être défavorable jusqu’en 1793. Il y eut d abord une différence de 8 millions entre nos importations et nos exportations ; ce déficit devint annuellement de 74 à 78 millions après le traité de commerce avec 1 Angleterre , et en 1789, il approchait de i5o millions , dont nous étions tributaires chaque année envers l’étranger.
q,° En 1792, à la fin de cette période, le commerce de la France avait perdu-, en seize années, près de i3oo millions , ou environ la moitié de la richesse que soixante ans de travaux prospères lui avaient fait acquérir.
1 o.° De 1793 h 1812, nos transactions commerciales furent entièrement soumises aux chances de la guerre • leur balance varia de 4° millions en notre faveur, au double ou au triple de celte somme, à notre détriment ,,
selon la puisssance des événemens politiques et militaires , et l’habileté de ceux qui tenafcnt les rênes du Gouvernement.
ii.° De 1 8 1 5 à 1825, la paix a rétabli la prépondérance de nos exportations , dont la valeur a excédé , pendant huit années sur neuf, celle des objets étrangers importés en France. Le minimum des bénéfices a été de 1 o millions , leur maximum de 200 , leur terme moyen de 98, réduits à 85 par une année de perte ; leur masse totale est de 7 85 millions; elle monterait à la fin de 1824 à près d’un milliard, pour les dix années, depuis la Restauration, s’il n’y avait eu un déficit de 41 millions, en 1822, et un décroissement de valeur qui a commence en 1821 et dont les effets s’étendent vraisemblement jusqu’à ce jour.
12.0 Nonobstant cet échec, qui provoque sans doute la sollicitude du Gouvernement , il faut reconnaître que les bénéfices du commerce français sont depuis neuf ans moitié plus considérables , et conséquemment sa prospérité moitié plus grande que pendant la période de ses plus grands succès , pendant soixante années du dix-huitième siècle , puisqu’alors la différence entre 1 exportation et l’importation n’étant , par un terme moyen , que d’environ 5o millions , par an , un bénéfice d un milliard ne pouvait être obtenu que par les transactions de vingt années , tandis qu’il résulte maintenant des opérations de notre commerce , pendant un espace de temps moitié moins long.